‹ PoésiesChapitre 10 sur 177 · RÊVERIE · texte numérisé non relu

RÊVERIE

A mon ami V. P. (victob pavj

Il est soir : la lune s'élance Sur son trône mystérieux; Les astres roulent en silence; Comme un lac immobile, immense Mou âme réfléchit les cieux.

Dans les ondes de la pensée, Dans ce beau lac aux sables d'or, La voûte des cieux balancée

A mps yeux se peint, nuancée De couleurs plus molles encor.

Amoureux de la grande image, D'abord j'en jouis à loisir; t Bientôt désirant davantage, Poëte avide, enfant peu sage.

J'étends la main pour la saisir.

Adieu soudain voûte étoilée, Blanche lumière, éclat si pur!

Au sein de mon âme ébranlée, Phébé tremblante s'est voilée ; L'image a perdu son azur.

Phébé, ne voile plus ta face !

Je renonce à mon fol espoir.

Lors, par degrés, le flot s'efface, L'âme s'apaise, et sa surface Des cieux redevient le miroir.

Irai— je, pour saisir l'image, De l'onde encor troubler le cours?

Non; mais penché sur le rivage.

Puisque la nuit est sans nuage, Je veux rêver, rêver toujours.

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