LE SUICIDE
Quand Platon autrefois, saisi d'une ardeur sainte, lin haut du Sunium, el par delà l'enceinte
Dé rimmense horizon, \u\ disciples, en cercle assemblés pour L'entendre,
Montrait du doigt ce inonde OÙ notre àme doit tendre Kl que voit la liai-. ai :
L'un d'eux, tout enivré des paroles du maître, Désormais ne pouvant du terrible petit-être
Porter l'anxiété, Pour finir un tourment que chaque instant prolonge, Honte sur m: rocher, s'en précipite, et plonge
Dans l'immoi talité.
Par un désir moins pur, par un moins beau délire. Désenchanté de vivre, et fatigué délire \u livre d'ici-bas,
l Cette pièce s'est trouvée depuis insérée (sans qu'on s'explique comment) dans les Poésies posthumes d'Imbert Gallois [Genève, 1854): nous la maintenons à Joseph Delorme. il suffirait d'en remarquer les rimes scrupuleuses et presque superstitieuses d'exactitude, pour y reconnaître le nouveau converti à la rime; Gallois n'a pas du tout le même système, lue strophe, chez lui, a été altérée ; c'i -t celle où Ch nie est à la lin du \> i s. Comme, dans sa version, le nom d'Arthur a été substitué partout à celui de Charles, il lui a fallu changer a cet endroit deux vers, et, si l'on compare, il est ('vident, par la faiblesse et l'impropriété des termes, que l'altération est de son côté. Le nom de Charles qui se trouve dans la pièce de h Delorme n'esl autre que le nom même du très-humble éditeur. On nsiste a regret; mais il tant se mettre en garde contre le- injurieux soupçons des Saumaise futurs; cette pauvre madame Des Houliéres a bien usée d'avoir volé ses Montons.
Charles, sans espérer là-haut un meilleur inonde, Gravissait, pour mourir, un roc que l'air et l'onde Minent de leurs combats.
Sous mille traits charmants il s'était peint la vie Aux jours où la jeunesse en songes est ravie ;
Mais ces jours sont passés ; Mais il comprend enfin, il raille sa chimère, Et, prêt à la briser, il tient la coupe avnère,
En disant : C'est assez.
Sa main, du bien, du mal, n'a point pesé la somme : L'œil bon de l'Eternel, veillant d'en haut sur l'homme
Comme sur un enfant, .N'est pour lui qu'un œil morne, une éteinte prunelle Où jamais n'a brillé de l'âme paternelle
Un rayon échauffant.
Il n'a point de son être entendu le mystère; Et dès lors en son cœur une voix solitaire,
Implacable remords, Sphinx caché qui punit une erreur comme un crime, Pour un sens mal compris le condamne à l'abîme
Et le pousse à la mort.
11 y va; mais, du roc près d'atteindre la crête, Il se tourne pour voir, monte encor, puis s'arrête,
Jette encore un regard :
En ces lieux tant maudits un charme se révèle ; Ils ont pris à ses yeux une teinte nouvelle
A l'heure du départ.
Derrière un voyageur, s'arrondit et s'incline Par un penchant plus doux, et se chaoge en colline Un aride coteau ;
Après qu'on l'a franchi, l'àpre sentier s'efface, Et le sol en fuyanl semble voiler sa face Sous un plus vert manteau.
L'aspect du mal souffert repose l'àme usée; La sueur de midi nous retombe en rosée,
Quand le .jour va unir ; Le passé s'adoucit aux yeux de la souffrance,
Autant qu'aux jeunes yeux où reluit l'espérance S'embellit l'avenir.
Un ciel plus pur déjà s'est entr'ouvert pour Charte; Sur son chemin de mort tout s'anime et lui parle
De bonheur et d'amour; L'autan fougueux n'est plus qu'un zéphyr qui caresse Le roc à peine fend la vague qui le presse
Et qui meurt alentour.
In Génie a passé sur ce désert sauvage,
lies bouquets d'orangers aux sablés du rivage
Mêlent leurs rameaux verts:
L'Océan au soleil se dore d'étincelles, Et d'écume il blanchit sous les mille nacelles
Dont ses bords sonl couverts.
Mais Charles toujours monte et s'avance à l'abîme ;
Il v touche : devant ce spectacle sublime,
La mer* les cieux, les buis, Il hésite un moment : puis, s'asseyanl au l'aile. \vaut i!e s",mi aller, il veut voir une Fête
Pour la dernière fois.
Ce n'esl pas un regret, un espoir qui l'enchaîne ; C'est pur désir de voir, curiosité vaine, Qui le ! etarde en 'or.
DE JOSEPH DELOIUIE. 41
Le cygne va partir, son aile se déploie ; Rien qu'un frêle ruban, un léger fil de soie, Ne retient son essor.
La brise, recueillant les trésors de la plage, Lui porte des parfums confondus en nuage
Avec des bruits charmants; Kt devant lui, pareils à des Ombres chéries, (dissent sur des Ilots d'or en des barques fleuries D'heureux couples d'amants.
Plus d'un, près du rocher, lout en passant, l'appelle Et, d'en lias lui lançant une gaieté cruelle,
Le convie au bonheur...
Jouissez du bonheur, vous que le Ciel protège, Qu'il aime, et dont jamais un rêve sacrilège
.Va traversé le cœur !
Il est pour les humains d'effroyables pensées; Les Ames qu'en tombant ces (lèches ont blessées
Ne sauraient en guérir ; La vie en est gâtée, et chaque heure trop lente Y laisse en s'écoulant une trace sanglante :
On n'a plus qu'à mourir.
Charles sourit d'en haut à la folie humaine; Ineffable sourire ! oli ! qu'il est pur de haine,
Qu'il esl plein de douceur !
Telle une sœur mourante, à l'agonie en proie, Sourit aux jeux naïfs, à l'innocente joie
De sa plus jeune sœur.
Cependant, à la lin, quelque vapeur légère, Quelque nuage errant, d'une ombre passagère Couvrira le tableau ;
il rotsiES
Le soleil un instant voilera son visage, El sans la rallumer laissera son image S'éteindre au fond de l'eau.
Ce sera l'heure alors... Et quand, d'un Uni docile Mollement ramenés vers un retour facile,
El poussés par le flux, Los joyeux promeneurs regagneront la terre, Celui que, le malin, ils virent solitaire,
Ils ne le verronl pins.