‹ PoésiesChapitre 134 sur 177 · EN REVENANT DU CONVOI DE GABRIELLE · texte numérisé non relu

EN REVENANT DU CONVOI DE GABRIELLE

Quand, de la jeune amante, en son linceul couchée, Accompagnant le corps, deux Amis d'autrefois, Qui ne nous voyons plus qu'à de mornes convois, A cet âge où déjà toute larme est séchée;

Quand, l'office entendu, tous deux silencieux, Suivant du corbillard la lenteur qui nous traîne, Nous pûmes, dans le fiacre où six tenaient à peine, L'un devant l'autre assis, ne pas mêler nos yeux,

Et ne pas nous sourire, ou ne pas sentir même Une prompte rougeur colorer notre front,

(1) Gabrielle Dorval, fille de la célèbre actrice de ce nom et l'amie du poète Fontaney. Celui-ci l'enleva de sa famille, l'emmena en Angleterre; ils y vécurent quelques mois ensemble, de travail, de misère et d'amour; ils en revinrent tous deux mortellement atteints. Ils moururent à six semaines l'un de l'autre, Gabrielle la première. A son convoi, je me trouvai avec V. H. dans la même voiture.

Un reste de colère, un battement suprême D'une amitié si grande, et dont tous parleront ;

Quand, par ce ciel funèbre et d'avare lumière, Le pied sur cette fosse où l'on descend demain, Nous pûmes jusqu'au bout, sans nous saisir la main, Voir tomber de la pelle une terre dernière;

Quand chacun, tout fini, s'en alla de son bord, Oh! dites! du cercueil de celte jeune femme, Ou du sentiment mort, abimé dans notre âme, Lequel était plus mort?

SONNET

Page 1