‹ PoésiesChapitre 56 sur 177 · A ELLE, QUI ÉTAIT ALLÉE ENTENDUE DES SCÈNES DE L'OPÉRA D'ORPHÉE · texte numérisé non relu

A ELLE, QUI ÉTAIT ALLÉE ENTENDUE DES SCÈNES DE L'OPÉRA D'ORPHÉE

Tandis que vous alliez ouïr les pleurs d'Orphée Et que Gluck vous ouvrait son royaume infini, Moi, j'allais égarant ma douleur étouffée, Et, par la sombre nuit, j'errais comme un banni.

Sous un croissant moqueur qui sourit avec ruse, Pareil au chien d'Hécate aboyant longuement, J'allais jetant ma plainte à la cité confuse, Et criant : Je suis seul et ne suis plus amant !

Ces pleurs que vous versiez sur la fable sacrée Et pour une Ombre vaine évanouie au jour, Je les ai demandés d'une lèvre altérée Au nom d'un véritable et d'un vivant amour.

Ce que l'art vous apprend et le chant vous révèle De ces veuves douleurs d'un cœur inconsolé, Cet obstiné sanglot d'une plainte immortelle, Je vous l'ai fait entendre, et n'ai rien éveillé.

En me voyant gémir, votre froide paupière M'a refermé d'abord ce beau ciel que j'aimais. Comme aux portes d'Enfer, à vos lèvres de pierre Vous m'avez opposé pour premier mot : Jamais!

Oh! ne le croyez pas que de tels mots s'oublient, Ni que l'amitié calme y fonde ses douceurs;

Ils sont âpres et durs les seuls nœuds qui me lient; Ils s'useront peut-être, et les Dieux sont vengeurs.

Mais ce n'est point vengeance ici que je réclame; Loin de moi de prétendre offenser ni loucher ! J'exhale amèrement la peine de mon âme, Je l'exhale sans charme, et me plains au rocher.

SONNET

Osons tout et disons nos sentiments divers : Nul moment n'est plus doux au cœur mâle et sauvage Que lorsqu'après des mois d'un trop ingrat servage, Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.

La flèche le perçait et pénétrait ses chairs, Et le suivait partout : de bocage en bocage Il errait. Mais le trait tout d'un coup se dégage : 11 le rejette au loin, tout sanglant, dans les airs.

0 joie ! ô cri d'orgueil ! ô liberté rendue ! Espace retrouvé ! courses dans l'étendue ! Que les ardents soleils l'inondent maintenant!

Comme un guerrier mûri que l'épreuve rassure,

A mainte cicatrice ajoutant sa blessure,

Il porte haut la tête et triomphe en saignant.

REl'IT

Otez, ôtez bien loin toute grâce émouvante, Tous regards où le cœur se reprend et s'enchante; Otez l'objet funeste au guerrier trop meurtri ! Ces rencontres, toujours ma joie cl mon alarme, Ces airs, ces tours de tête, ô Femmes, votre charme; Doux charme par où j'ai péri !

Page 1