‹ PoésiesChapitre 68 sur 177 · TRADUIT DE MOSCHUS · texte numérisé non relu

TRADUIT DE MOSCHUS

Sous un souflle apaisé quand rit la mer sereine,

Tout mon cœur s'enhardit, et pour L'humide plaine

La terre est oubliée : ô mer, je viens à loi !

Mais qu'un grand vent s'élève et réveille l'effroi,

Que l'écume du flot blanchisse et fasse rage,

Tout mon amour alors se reprend au rivage;

Je ne veux que les bois, et l'ombre et les gazons :

Le pin, par un grand vent, rend encor de doux sons.

Pêcheur, que je te plains, dans ta nef pour demeure,

Chassant ta proie errante au péril de chaque heure !

À moi le bon sommeil sous un platane épais !

A moi les jours couchés au sein d'un antre frais,

El la source au long bruit, qui, roulant sous la voûte,

Charme et ne peut troubler le pasteur qui récoule !

Pan aimait Écho, sa voisine,

Qui pour le Satyre brûlait,

Et le Satyre aimait IN'érine;

Leur flamme, à tous trois, se brouillait.

Jeu bizarre, et pourtant le nôtre !

Ce qu'un amant inflige à l'autre,

2tiO POÉSIES

D'un autre il l'éprouve à son tour :

Le talion est loi d'amour.

Or voici ma leçon ; que le novice entende : « Rends l'amour à qui t'aime, afin qu'on te le rende.

Quittant Dise et ses jeux, Alphée au Ilot d'argent

Cherche à travers les mers Aréthuse en plongeant ;

Et dans son sein il porte à la nymphe adorée

L'olivier des vainqueurs et la poudre sacrée.

Profond, pur, et chargé des amoureux cadeaux,

Il fend le flot amer sans y mêler ses eaux ;

Et le grand flot dormant ne sent rien, et l'ignore,

Et l'a laissé passer. Ah ! c'est Amour encore,

Le mauvais, le perfide et le rusé songeur,

C'est lui dont l'art secret lit du Meuve un plongeur!

Page 1