PROTESTATIONS CONTRE LA ROSE DE NATTIER
Dans ma chambre, où mon passé reste, Comme en mon àme, presque entier, J'entends chaque objet qui proteste Contre la rose de Nattier.
Faisant face à mon lit c'est d'abord la Joconde, Ma nourrice autrefois, qui maintenant me gronde a Dépravé tant qu'il vous plaira , Mon enfant, vous aurez beau dire, Sous mes traits vous avez su lire; L'art florentin vous sauvera. »
Sur ma table, debout, imitant Mona Lise, A son tour la Vénus de Milo moralise :
« Rcpcns-toi, traître aux dieux païens!
DERNIÈRES ELEGANCES l53
Courtisan des pures images, J'ai reçu tes premiers hommages ; Je t'ai souri, tu m'appartiens. »
Puis, dans le secrétaire où mes amours se cachent, Les médaillons mêlés aux billets doux se fâchent:
« Cœur ingrat qui vous abusez,
Rendez justice à vos maîtresses;
Vos vers, affamés de caresses,
Que vaudraient-ils sans nos baisers? »
Enfin, dans son coin noir, ma canne de touriste Lance ses souvenirs contre le faux fleuriste :
« Tu t'enlaidis, coureur des champs;
Je te suivais, mon camarade;
Sous tes frimes de mascarade
Confesse tes réels penchants. »
— « Lisa , Vénus, amours, voyages,
Rabattez-en plus de moitié ;
La rose menteuse, ô pitié!
Prime sur vous dans mes ouvrages. »
GALATEE
La trouvant si froide et si belle, Combien de fois j'ai dit aux dieux :
« Daignez, pour me la laisser telle, La rendre de marbre à mes yeux. »
Amant refroidi par la femme Dont le cœur ne sait rien donner, Je voudrais voir ce corps sans âme En pentélique rayonner.
Épris d'une idole d'élite, J'en ferais lentement le tour, N'admirant plus qu'un monolithe Et renonçant à mon amour.
DERNIERES ELEGANCES
« Femme, deviens ma Galatée Ta forme a droit au piédestal; Que ton indolence sculptée Pose du moins pour l'idéal ! »
Inédit.