‹ Poésies (volume 3)Chapitre 8 sur 124 · QUI SE VEUT FAIRE AUSSI PETIT QUE LA GRENOUILLE · texte numérisé non relu

QUI SE VEUT FAIRE AUSSI PETIT QUE LA GRENOUILLE

Le bœuf que la grenouille avait pris pour modèle,

Tombé dans l'autre extrême et modeste à l'excès,

Se chapitrait devant la dépouille mortelle

De celle dont l'orgueil amena le décès :

« En honnêtes leçons ce mélodrame abonde ;

Un bœuf ne vaut pas plus que cette bête immonde. »

Et, citant l'Écriture avec humilité,

Le sophiste ajoutait : « Tout n'est que vanité ! »

Près de là, le ruisseau délice du pacage

Glissait sous une voûte et gagnait le village.

Le conduit ténébreux, par deux bornes serré,

Offrait un logement commode à la grenouille

Et non pas à ce bœuf bien nourri, bien membre ;

Mais lui, vient vers le trou, le front bas, s'agenouille

Et prenant ses amis brouteurs comme témoins :

«( Ce gîte est assez bon pour les gens de ma taille,

Leur dit-il, un plus fort s'arrangerait de moins. »

A fourrer son museau dans l'égout il travaille.

« Y suis-je, compagnons? — Non certes! — M'y voici?

— Vousn'yparviendrezpoint. — J'approche, Dieu merci ! »

Il pousse, pousse encore, engage tête et cornes,

Et l'imbécile en meurt, pris entre les deux bornes,

Tandis qu'à ses côtés les bœufs sains de raison

Savourent l'eau courante et le tendre gazon.

J'ai donné la contre-partie D'une fable raillant l'orgueil.

Tous les excès ont leur écueil ; On peut crever de modestie.

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