DE STATUAIRE A GRANDE DAME
Le sculpteur lui disait : « Sois nue, ose être belle;
Par moi tu deviendras de femme une immortelle.
Je te consacrerai l'immaculé paros :
Ce sang marmoréen des dieux et des héros
Te rendra sous mes doigts toujours jeune, aussi blonde,
Telle éternellement pour éblouir le monde;
Si bien que tes vingt ans, glorieux souvenir,
Dans un palais de l'art détiendront l'avenir.
J'irai plus loin : je veux que ton être s'incruste,
Surmoulé par l'amour, dans l'airain plus robuste;
Ton idole, à l'abri de l'austère métal,
Verra ramper les temps devant ton piédestal.
Pour le bronze crains-tu les pillardes armées?
Eh bien, je graverai ton image en camées :
Jusque parmi les morts, dans la paix des tombeaux, Les amants garderont tes traits sur leurs anneaux; Puis, les âges futurs pratiqueront des fouilles, Les bijoux quitteront les antiques dépouilles, Et, fiers de milliers d'ans, tes onyx, retenus Sur d'autres jeunes mains, s'appelleront Vénus. » — Que répondait la dame en écoutant ces choses?.., L'atelier demeura pour longtemps portes closes; Et, comme les sculpteurs ont leur jour au plafond, Portes closes — le ciel voit seul tout ce qu'ils font.