‹ PoésiesChapitre 29 sur 101 · DE STATUAIRE A GRANDE DAME · texte numérisé non relu

DE STATUAIRE A GRANDE DAME

Le sculpteur lui disait : « Sois nue, ose être belle;

Par moi tu deviendras de femme une immortelle.

Je te consacrerai l'immaculé paros :

Ce sang marmoréen des dieux et des héros

Te rendra sous mes doigts toujours jeune, aussi blonde,

Telle éternellement pour éblouir le monde;

Si bien que tes vingt ans, glorieux souvenir,

Dans un palais de l'art détiendront l'avenir.

J'irai plus loin : je veux que ton être s'incruste,

Surmoulé par l'amour, dans l'airain plus robuste;

Ton idole, à l'abri de l'austère métal,

Verra ramper les temps devant ton piédestal.

Pour le bronze crains-tu les pillardes armées?

Eh bien, je graverai ton image en camées :

Jusque parmi les morts, dans la paix des tombeaux, Les amants garderont tes traits sur leurs anneaux; Puis, les âges futurs pratiqueront des fouilles, Les bijoux quitteront les antiques dépouilles, Et, fiers de milliers d'ans, tes onyx, retenus Sur d'autres jeunes mains, s'appelleront Vénus. » — Que répondait la dame en écoutant ces choses?.., L'atelier demeura pour longtemps portes closes; Et, comme les sculpteurs ont leur jour au plafond, Portes closes — le ciel voit seul tout ce qu'ils font.

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