A UNE PETITE DEMOISELLE
Déjà très grande artiste, encor petite fille,
Unique au piano, la première à l'aiguille,
Brodez un bonnet grec pour votre bon papa,
Et perlez pour grand'mère un rondeau sur Zampa.
La musique, ô fillette, et la tapisserie,
Quels joyeux passe-temps pour votre espièglerie!
Amusez-vous une heure avec un liseron
Dont les dessins, tracés par l'obligeant patron,
Enlacent tour à tour de leur fine arabesque
Un œillet chimérique, un pavot romanesque;
Et, quand votre appétit croira que c'est assez,
Venez goûter de crème et de biscuits glacés.
— Ensuite, harmonisez sur l'ivoire et l'ébène
Les accords, comme, avant, les couleurs sur la laine
Dans vos traits serpentins attirez le motif,
Parmi les agréments enfermez ce captif;
S'il échappe à travers le réseau des arpèges,
Lancez vite après lui vos rapides manèges;
Et, quand vos pieds mignons croiront qu'il faut sortir,
Allez dans le jardin voir les rosiers fleurir.
— Menant toujours ainsi deux talents virtuoses Vers les succès mêlés de biscuits et de roses, Oh ! n'oubliez jamais que ces arts enfantins, Ailleurs, bonne petite, ont de cruels destins. Chez de tristes parents les Parques filandièi es Tendent la même laine aux pauvres ouvrières; Mais là, dès le lever, sur la tâche on blêmit
En mangeant son pain sec quand l'estomac gémit. Chez d'autres la musique aussi fait ses merveilles ; Mais l'atroce instrument épuise dans les veilles, Et le matin on part, lasse déjà souvent, Courir l'humble cachet sous la pluie et le vent.
— Cela dit, que Clotho borne vos aventures A ravir grand'maman au son des fioritures,
A coiffer grand-papa, qui se pavane avec
Vos bouquets assortis autour d'un bonnet grec.