‹ PoésiesChapitre 45 sur 101 · LE VOYAGE D'ITALIE · texte numérisé non relu

LE VOYAGE D'ITALIE

A un Peintre.

Nous voulions l'Italie ardente, illuminée De ses jours flamboyants les plus longs de l'année. Mai brille ; le soleil et nos vœux sont d'accord ; Fuyons dans le Midi le ciel voilé du Nord. Peintre ami, le voyage a pour cause première, Tu le sais, notre amour de la vive lumière ; Viens, nous rapporterons contre les noirs hivers L'éclat pour tes pinceaux, la flamme pour mes vers. — Enfin, nous l'atteindrons, le séjour que nos rêves Montraient comme un mirage à nos souhaits d'élèves, Si souvent poursuivi sur le livre et l'album, Des dômes de Saint-Marc aux temples de Poestum.

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Les monts suisses franchis, il faudra voir Venise,

Où l'Occident avec l'Orient fraternise :

Les moresques palais, les ponts, le Grand Canal,

Puis les coupoles d'or, les places, l'Arsenal,

Et partout Titien, partout ce Véronèse

Qui devant Jésus-Christ met l'histoire à son aise.

Tu vas, je te préviens, t'y griser de couleurs;

Quel faste, mon ami! Mais le charme est ailleurs.

Dans le duché toscan, où le fleuve Arno coule,

Cherchons la Renaissance et ses chefs-d'oeuvre en foule.

Florence nous tendra, comme un royal écrin,

Son trésor de peinture, et de marbre, et d'airain;

Nous irons de surprise en surprise, à chacune

Ravis, émerveillés, surtout dans la Tribune.

Peintre, tu trouverais ton compte aux Uffizi ; Tu t'écriras peut-être : « Arrêtons-nous ici!»

Quoi ! traître, et Raphaël qui t'a décoré Rome!

Courons vers le vieux Tibre adorer dans cet homme

Le type le plus pur de notre humanité.

Et nous rencontrerons l'auguste antiquité :

Immortels survivants d'un monde que j'admire.

Les dieux t'enseigneront ce que le Beau veut dire ;

Alors, tu m'entendras, — profites-en, chrétien, —

Exprimer un respect qui forcera le tien.

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Mais la Rome païenne évoque trop Vitruve Et pas assez la Grèce. Approchons du Vésuve ; Malgré les noms latins, par Pollux et Castor ! Tu verras le rivage helléniser encor.

Ah ! viens, plus près ainsi des âges homériques, A Pœstum nous asseoir sur les débris doriques, Et, de là, confesser que le premier des arts Fixa ses nobles lois dans ces temples épais. — Toi, Naples, qui t'ébats malgré tes Bourbons tristes. Hôtelière engageante, amuse les artistes. S'il te manque un pêcheur de force à t'affranchir, Reste, pour nous fêter, belle sans réfléchir : Que du Môle à Capri l'indolent qui nous passe, Récite aux étrangers l'Arioste et le Tasse; Que tes contadini dansent avec gaîté; Que tes femmes, le soir, regagnant la cité, Leur moisson sur la tête et les poings sur les hanches, Chantent le Cimarose en montrant leurs dents blanches ; Et quand nous aurons bu le vin de ton volcan A tes dieux grecs, plus grecs que ceux du Vatican, — Retenus par Eros sur la rive odorante, Nous donnerons la fin du voyage à Sorrente.

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