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QUERELLES

Souvent ma mie et moi nous sommes en querelle.

Je me défends d'aimer les vieux meubles; mais elle,

Elle irait dénicher le chêne vermoulu,

Plus loin que Dagobert. Ne m'a-t-il pas fallu,

Coulant cette fois-là, pour la paix du ménage,

Souffrir dans notre alcôve un grand lit moyen-âge

Décoré des revers de ce pauvre Abélard !

Ou bien, l'on murmurait : « Tu peux dormir à part. »

Rêvez-vous donc, la nuit, couché sur de l'ivoire

Où l'on a peint Vénus et sa galante histoire,

Pour trouver au réveil, sur le chevet sculpté

Un confrère en amour de la sorte amputé!

Il m'agace à la fin, ce lit par trop gothique :

Volontiers je le brusque; et dame! elle se pique.

N'eut-elle pas un jour le front de le venger En fourrant un pétrin dans la salle à manger! Pensez si je boudais. « Quelle humeur détestable! » Fit-elle; et depuis lors nos mets viennent sur table Dans les plats rocailleux de Bernard Palissy. J'ai beau me plaindre, on dîne à la rustique ici.

— Qui nous verrait vanter sans jamais nous entendre, L'un ses bronzes romains, l'autre ses grès de Flandre, Jugerait malsonnants nos aigres-doux propos.

Que sert de raconter la fable des deux pots? L'exemple n'y peut rien : la canette de terre Se risque étourdiment contre l'airain austère.

— Certes, les délicats sont des gens malheureux. — Aujourd'hui cependant s'annonce en amoureux :

La finaude alanguit ses airs, fait la madone, Et m'appelle cher ange. Aussi, Dieu me pardonne, Je la mène acheter, ô vandale, un bahut. Triomphez désormais, suppôts de Belzébut : Crapauds, chauves-souris, couleuvres, salamandres, Souillez nos meubles d'art de vos hideux méandres!

— Est-ce tout?Non : ma dame attenddemes bons soins Deux lézards empaillés, pour occuper deux coins. J'objecte la vermine, et ça sent la momie.

« Nous camphrerons, dit-elle. — Assez, machèreamie !

Je déménage, adieu! sans prendre ton avis,

Je m'en vais sous la frise habiter vis-à-vis.

De là, sur le balcon où tu vois des acantes,

Je crîrai vers le tien : Voisine qui brocantes,

Ton bahut, ton pétrin, tes plats, ton lit surtout,

— Cherche aprèsleslézards! — sont debien mauvaisgoût. »

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