‹ PoésiesChapitre 90 sur 101 · LOINTAIN · texte numérisé non relu

LOINTAIN

Qu'il me plaît d'abriter, à l'ombre de ce livre,

Un souvenir Qu'une pâle élégie embaume et fait revivre

Pour l'avenir !

Sur les chemins du cœur sans repos je voyage;

J'ai beau marcher, Derrière, à l'horizon j'ai toujours ce village

Et son clocher

Et la simple maison couvant la solitude Dans son pourpris.

D'ici je vois cncor le signal d'habitude Au volet gris.

Le maître aurait bien pu transformer en parterre

La triste cour, D'un jardin dessiné comme ceux d'Angleterre

Parer l'entour;

Seuls les graves pommiers laissaient pendre leurs branches

Vers le sol dur, Seul un vieux cep donnant de pauvres grappes blanches

Ornait le mur.

Nulles fleurs! Si le vent avait semé par ruse

Un réséda, Vite un couteau tourné contre la plante intruse

L'ôtait de là.

Et pourtant un bouquet égayait une chambre,

Toujours nouveau, Qu'un vase entretenait, de janvier à décembre,

Toujours dans l'eau.

Ces roses du dehors pour qui fleurissaient-elles?

Qui les offrait?

J'avais quinze ans; l'amour croisa ses jeunes ailes

Sur mon secret.

Mais d'un premier désir qui perdrait la mémoire?

J'en tremble encor.

Ah! passez par mes vers sous une mante noire,

Vœux sans essor!

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