‹ PoésiesChapitre 91 sur 101 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

« Plus de latin, mademoiselle!

Me voilà grand, je vous revoi.

Regardez bien : l'enfant fidèle

Qui dans vos bras cherchait pourquoi

Son cœur battait plus fort, c'est moi!...

Mais sur vos genoux, ô surprise!

Par un bébé ma place est prise.

— Monsieur, parlez bas, s'il vous plaît; Il souffre de ses dents de lait.

— Comme autrefois, belle voisine, Embrassez donc votre amoureux.

Pour un baiser, toujours câline,

Vous m'en rendiez chaque fois deux, — Innocence des premiers jeux ! . . .

Mais sur vos genoux, ô surprise!

Par un bébé ma place est prise.

— Veuillez, monsieur, parler moins fort ; La crise est passée, il s'endort.

— Me faisiez-vous lire une page; En épelant fable ou chanson, J'entrais un doigt dans le corsage, Et vous disiez : « Gentil garçon,

« Profite bien de la leçon... »

Mais sur vos genoux, ô surprise!

Par un bébé ma place est prise.

— Taisez-vous, monsieur l'indiscret, Ou l'enfant se réveillerait.

— « Sois sage, ajoutiez-vous, Sophie, « Et tu deviendras mon époux. »

J'ai doublé ma philosophie; De vos serments souvenez-vous, Et tenez-les : marions-nous!...

Mais répondez à ma surprise :

Par qui ma place est-elle prise?

— Quoi, monsieur, n'en savez-vous rien?

Ce nouvel enfant, c'est le mien.

- — Que m'apprenez-vous là, madame!

Alors le père est mon rival; Ce monstre m'a ravi ma femme.

Voyez, j'en pleure. Ah! c'est égal, Le bébé n'est vraiment pas mal...

Quelle abominable surprise ! Par un époux ma place est prise.

— Ne pleurez plus, petit mari;

Je suis veuve... Ah! vous avez ri! »

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