CHANSON
« Plus de latin, mademoiselle!
Me voilà grand, je vous revoi.
Regardez bien : l'enfant fidèle
Qui dans vos bras cherchait pourquoi
Son cœur battait plus fort, c'est moi!...
Mais sur vos genoux, ô surprise!
Par un bébé ma place est prise.
— Monsieur, parlez bas, s'il vous plaît; Il souffre de ses dents de lait.
— Comme autrefois, belle voisine, Embrassez donc votre amoureux.
Pour un baiser, toujours câline,
Vous m'en rendiez chaque fois deux, — Innocence des premiers jeux ! . . .
Mais sur vos genoux, ô surprise!
Par un bébé ma place est prise.
— Veuillez, monsieur, parler moins fort ; La crise est passée, il s'endort.
— Me faisiez-vous lire une page; En épelant fable ou chanson, J'entrais un doigt dans le corsage, Et vous disiez : « Gentil garçon,
« Profite bien de la leçon... »
Mais sur vos genoux, ô surprise!
Par un bébé ma place est prise.
— Taisez-vous, monsieur l'indiscret, Ou l'enfant se réveillerait.
— « Sois sage, ajoutiez-vous, Sophie, « Et tu deviendras mon époux. »
J'ai doublé ma philosophie; De vos serments souvenez-vous, Et tenez-les : marions-nous!...
Mais répondez à ma surprise :
Par qui ma place est-elle prise?
— Quoi, monsieur, n'en savez-vous rien?
Ce nouvel enfant, c'est le mien.
- — Que m'apprenez-vous là, madame!
Alors le père est mon rival; Ce monstre m'a ravi ma femme.
Voyez, j'en pleure. Ah! c'est égal, Le bébé n'est vraiment pas mal...
Quelle abominable surprise ! Par un époux ma place est prise.
— Ne pleurez plus, petit mari;
Je suis veuve... Ah! vous avez ri! »