‹ Poésies (volume 2)Chapitre 11 sur 31 · TABLEAU DE VERNET · texte numérisé non relu

TABLEAU DE VERNET

3. ensive encore , et recueillie Entre le passé , l'avenir , L'espérance , le souvenir , La joie et la mélancolie , La voilà seule en son boudoir , Cette Emma , qui , dès son jeune âge, Vouée aux langueurs du veuvage , Trois mois , du matin jusqu'au soir , S'attristant , comme c'est l'usage , Voulut suivre au dernier manoir L'époux dont j'aperçois l'image ,

Mais , grâce au temps , devient plus sage , Et gémit... devant son miroir.

A ses pieds déjà l'encens fume; Et cet encens , au doux parfum , Ne brûle pas , je le présume , Pour flatter le nez du défunt.

A quelques pas je vois le buste De ce fantôme conjugal, Et , posé sur sa tt-tc auguste , Le dirai- je ! un bonnet de bal.

Jeune Emma , dans quelle espérance

Votre œil , de pleurs long-temps baigné ,

Revoit-il , sans indifférence ,

L'écrin si long-temps dédaigné ?

Cette harpe , trois mois muette ,

Qui devait se taire à jamais ,

Est-elle aujourd'hui l'interprète

De vos légitimes regrets ?

Non ! des pleurs la source est tarie ,

Et ces amours mystérieux

Qu'effrayait une ombre chérie, S'en vont reparaître à vos yeux, Ainsi que des bannis joyeux, Qui retournent dans leur patrie.

Nature , eh ! qui peut te changer ?

Telle est du ciel la loi très-sage :

En créant le plaisir léger, Il fit le désespoir volage.

Donnant , abrégeant les regrets , Cruel ensemble et salutaire , Le même souffle sur la terre Sèche le myrte et le cyprès.

Dieu veut que la sombre tempête Des fleurs courbe un instant la tête , Et menace de les flétrir ; Mais il permet qu'après l'orage , Les fleurs , promptes à rajeunir , Rouvrent leur calice au zéphir , He) jljf-r.t leurs parfums au bocage.

Fuyez de nos climats sensés Des Bramines décrets infâmes !

Et. que rien ne force nos femmes A brûler pour les trépassés.

Le jour où la vie expirante Décroit , ainsi qu'un pâle feu , Le jour où , d'une voix mourante , L'époux dit pour toujours : Adieu !

D'abord on jure de le suivre ; Puis sur sa tombe on veut errer ; On rougirait de lui survivre ; Puis on survit pour le pleurer ; Puis le temps seelic enfin les larmes ; Le temps apaise la douleur ; On se souvient qu'on a des charmes , On sent que l'on possède un cœur ; On se dit que les morts défendent Des amours , hélas ! superflus , Et que si ces messieurs entendent , Au moins ils ne répondent plus ; Enfin l'illusion féconde

( «7 ) Vient dissiper la nuit profonde Où l'on restait enseveli , Et la machine de l'oubli Fait doucement aller le monde.

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