LE MASSACRE DES ÏNNOCENS
TABLEAU DE NAVEZ.
Aux murs de la ville sacrée Le sang jaillit en longs ruisseaux; Le glaive au loin parcourt Sion désespérée Et se plonge au fond des berceaux.
Pour saluer l'enfant au monde entier propice , Des enfans à la vie ont fait un long adieu ;
Et ce lugubre sacrifice Atteste à l'univers qu'il vient de naître un Dieu.
Martyrs insoucians et calmes , N'ayant rempli du moins qu'un facile devoir , Ils viendront dans le ciel jouer avec des palmes
Qu'ils cueillirent sans le savoir.
Tandis que le Sauveur , dans un divin mystère , Confie à Bethléem ses jours encor obscurs , Le meurtre ici prélude aux massacres futurs Dont ce nom re'véré doit effrayer la terre.
Mais , loin du sinistre poignard , Cependant que la mort va planant sur la ville , Au fond d'un solitaire asile Qu'ai-je vu trembler à l'écart ?
Deux femmes ont paru : l'une immobile et pâle , Et sans pleurs et sans voix. Fardeau cruel et doux
Son fils, dépouille sépulcrale,
Repose , mort , sur ses genoux.
Il n'est plus, si j'en crois cette large blessure; Il n'est plus, ou du moins il ne saurait tarder. Elle , de son malheur craint pourtant d'être sûre , Et n'ose pas le regarder.
Mais l'autre peut trembler encore ; Sans cesse l'effroi veille en ses traits convulsifs ,
Et de la bouche qu'elle adore Elle éteint par pitié les murmures plaintifs.
« Pardonne-moi ma prévoyance , Toi, qui ne peux prévoir ton sort :
Silence ! a-t-dle dit , ô mon enfant , silence ! Tes cris iraient venir la mort.
Vainement qiand le glaive à tes yeux viendrait luire , Confiant ou tmide à l'aspect du trépas ,
Tu voudnis pleurer ou sourire ; Ton souris ni tes pleurs ne te défendraient pas.
Que dis-j: ? ô destinée étrange!
Tes attraits n*me , hélas ! causeraient ton malheur : Te voyait la beauté d'un ange , Ils te preidraient pour le Sauveur.
Ah ! si ledespote homicide , Par qui Jérualem se débat dans les fers , Crut vol dans un enfant timide L'usurpaeur de l'univers;
Que n'a-t-il , prévenant tant de larmes amèrcs , Hâté ce jour infortuné , Et déchiré le sein des mères Avant qu'un fils ne leur fût né!
Témoin des pleurs dont je m'abreuve , Dieu ! prends pitié de moi , prends pitié de mts jours , Prends pitié de mon fils ! prête-lui les secmrs Qu'obtint de toi Moïse errant sur le grand ieuve.
Je sais bien que nos jours une fois effacés Au-delà du cercueil un jour plus beau conraenec ; Mais ta mère , ô mon fils ! ne t'aime pas asez Pour consentir à ton absence.
Et l'enfant s'indignait de ne pouvoir crier ;
Et la mère éperdue et dévorant ses larmes
De loin , croyait ouïr le cliquetis des arme
Et le bruit d'un pas meurtrier
Honneur à l'immortel génie Qui , réveillant en nous de sublimes douleur ,
Nous rend visible l'harmonie , Fait palpiter la toile et pleurer les couleurs !
Que de fois le tableau fidèle , Où respire et gémit la douleur maternelle , Fixa d'un peuple entier le curieux essaim;
Tandis qu'inquiète et pensive, Une mère , au milieu de la foule attentive , Le montrait à sa tille en lui pressant la main.
IttOlGRÀU
ÉLÉGUQLES.