‹ Poésies (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · L'OEILLET DIS1URE · texte numérisé non relu

L'OEILLET DIS1URE

L'ŒILLET DISAURE

s 15el œillet que ma main arrose , Pourquoi sitôt L'épanouir ?

Le jour qui voit ta fleur éclose Bien souvent la voit se flétrir.

En vain'ta tige chancelante

Sut obtenir de mon secours

D une branche mince et tremblante

L'appui frêle comme tes jours.

Laisse , tranquille en ton calice , Des autans passer la fureur, Et que plus tard ta douce odeur Embaume ta libératrice. »

— C'est ainsi qu'Isaure un matin S'adressait à sa fleur chérie :

Son œil la vit le lendemain Briller radieuse et fleurie.

c« Hélas! dit-elle avec regret,

Je crains pour toi : l'affreux orage

S'embarrasse peu d'un œillet.

Il est si beau! dieu, quel dommage

Le lendemain , du vent mortel Frappée avant le tems , Isaure Dormait du repos éternel , Et son œillet brillait encore.

LA PRIMETERE.

LA PRIMEVERE,

Aimable et douce primevère , Pourquoi fleurir avant le temps ?

Charmante fille du printemps , Fourquoi devances-tu ton père|

Zephirc a quitte le vallon :

Un rayon d'hiver t'a déçue , Et tu livrées à l'aquilon Ta faible odeur inaperçue.

Avant peu , les froides vapeurs Viendront encor souiller ta tige ; Il finira , ton doux prestige !

Les soleils d'hiver sont trompeurs.

Vois! La rose , beaucoup plus sage, N'est pas même encore un bouton , Et de son obscure prison Elle attend que Mai la dégage.

Bientôt , dans un ciel plus serein , La jeune aurore de l'année , Hélas ! ne sourira qu'en vain A ta fleur, dès long-temps fanée.

Je fus imprudent comme toi ; Comme toi , mon jeune délire Crut , avant l'heure , au doux sourire Qui semblait me dire : aimez-moi.

D'une mensongère espérance Je connus aussi les tourments ; Tu vas éprouver les autans :

Moi, j'éprouvai l'indifférence ;

Et de mes souhaits insensés Lassant qui ne pouvait m'entendre , J'ouvrais une âme aimante et tendre A des cœurs trompeurs ou glace».

Lorsque plus rien ne me captive , Qnc plus rien ne peut m'éblouir ; Que l'illusion fugitive S'en va , pour ne plus revenir ,

En vain j'inspirerais encore Ce qui ne doit plus m'émouvoir ; Je fus debout avant l'aurore :

Dormons , sans attendre le soir.

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