L'OEILLET DIS1URE
L'ŒILLET DISAURE
s 15el œillet que ma main arrose , Pourquoi sitôt L'épanouir ?
Le jour qui voit ta fleur éclose Bien souvent la voit se flétrir.
En vain'ta tige chancelante
Sut obtenir de mon secours
D une branche mince et tremblante
L'appui frêle comme tes jours.
Laisse , tranquille en ton calice , Des autans passer la fureur, Et que plus tard ta douce odeur Embaume ta libératrice. »
— C'est ainsi qu'Isaure un matin S'adressait à sa fleur chérie :
Son œil la vit le lendemain Briller radieuse et fleurie.
c« Hélas! dit-elle avec regret,
Je crains pour toi : l'affreux orage
S'embarrasse peu d'un œillet.
Il est si beau! dieu, quel dommage
Le lendemain , du vent mortel Frappée avant le tems , Isaure Dormait du repos éternel , Et son œillet brillait encore.
LA PRIMETERE.
LA PRIMEVERE,
Aimable et douce primevère , Pourquoi fleurir avant le temps ?
Charmante fille du printemps , Fourquoi devances-tu ton père|
Zephirc a quitte le vallon :
Un rayon d'hiver t'a déçue , Et tu livrées à l'aquilon Ta faible odeur inaperçue.
Avant peu , les froides vapeurs Viendront encor souiller ta tige ; Il finira , ton doux prestige !
Les soleils d'hiver sont trompeurs.
Vois! La rose , beaucoup plus sage, N'est pas même encore un bouton , Et de son obscure prison Elle attend que Mai la dégage.
Bientôt , dans un ciel plus serein , La jeune aurore de l'année , Hélas ! ne sourira qu'en vain A ta fleur, dès long-temps fanée.
Je fus imprudent comme toi ; Comme toi , mon jeune délire Crut , avant l'heure , au doux sourire Qui semblait me dire : aimez-moi.
D'une mensongère espérance Je connus aussi les tourments ; Tu vas éprouver les autans :
Moi, j'éprouvai l'indifférence ;
Et de mes souhaits insensés Lassant qui ne pouvait m'entendre , J'ouvrais une âme aimante et tendre A des cœurs trompeurs ou glace».
Lorsque plus rien ne me captive , Qnc plus rien ne peut m'éblouir ; Que l'illusion fugitive S'en va , pour ne plus revenir ,
En vain j'inspirerais encore Ce qui ne doit plus m'émouvoir ; Je fus debout avant l'aurore :
Dormons , sans attendre le soir.