ET DE LA HOLLANDE
vtloire et longs souvenirs à ce jour solennel Qui , sous l'abri sacré d'un sceptre paternel, Vit le Belge au Batave unir sa destinée , Et deux peuples grandir par un noble hyménée !...
Seul, dans l'ombre , évoquant les siècles d'autrefois, Des temps qui ne sont plus j'interrogeais la voix; Et mon œil, parcourant ces vieux tableaux du monde , Du passé ténébreux perçait la nuit profonde.
Dans le même berceau places par les destins , Deux peuples , échappés aux forêts des Germains , M'apparurent alors. Un chant d'indépendance De songes belliqueux enivrait leur enfance. Dans leurs sombres vallons, de sapins couronnés , Au pied du même autel je les vis prosternés; Je les vis , dans la paix de leurs bois solitaires , Du vieux Druide ensemble adorer les mystères , Et, glacés d'épouvante à l'aspect de leurs Dieux, Baisser, pâles d'horreur, un front religieux.
Dans son rapide essor , l'aigle des sept collines , Fier de planer au loin sur de vastes ruines , A de l'altier Romain précédé les drapeaux, Et du peuple indomptable alarmé le repos. Au bruit lointain encor et des fers et des armes , La Gaule s'épouvante et jette un cri d'alarmes, Et l'écho du désert prolonge au loin sa voix. A ce cri materne] accourus à la fois , Les enfans des Germains ont uni leur querelle ; La terrible framée en leurs mains étincelle;
Ils marchent ; et , pareil au tourbillon du nord , Rugit , au haut des airs , le de'mon de la mort. Jours fameux , où Ton voit les Belges , les Bataves , Noblement séparés des nations esclaves , Ensemble repoussant et la honte et les fers , De leurs glaives amis confondre les éclairs !
Et lorsque Rome enfin , éteignant son tonnerre ,
Le son poids gigantesque eut délivré la terre ,
Dans l'Orient, tous deux , brûlant d'un feu nouveau,
Courent, vengeurs du Christ, rendre à Dieu son tombeau.
Je les vois , de retour , offrir à la patrie
Les saints lauriers , mêlés aux palmes de Syrie.
Dans ce temps de carnage et de calamité
Où se voila le ciel d'un crêpe ensanglanté ;
Quand ce monstre royal , dont l'implacable histoire
A l'horreur éternelle a livré la mémoire ,
Chaque jour , chaque instant , sous le fer des bourreaux ,
Versait, calme et joyeux, le pur sang des héros;
Quand la tête d'Egmont , au glaive abandonnée ,
Roulait sur l'échafaud , de lauriers couronnée; Unis par le malheur , ces peuples généreux Sur les mêmes revers avaient gémi tous deux ; Tous deux, nobles martyrs de la cause commune , Long-temps associés à la même infortune, Ont enfin , s'animant d'un désespoir plus beau , De leurs fers tout sanglans rejeté le fardeau; Aux flammes des bûchers s'allume la vengeance. Nassau frappe les airs du cri d'indépendance ; Et de la liberté les rayons bienfaiteurs Déjà dans tous les yeux ont séché tous les pleurs.
Mais pourquoi du passé les lugubres annales ? Montre-nous , Waterloo, tes plaines triomphales : Champs d'honneur et de deuil , où deux peuples fameux De leur saint hyménée ont resserré les nœuds , Et, dans un noble jour , unissant leur'vaillance , De leur sang confondu scellé leur alliance.
Alliance immortelle ! et quels bienfaits nombreux Ne réserves-tu point à nos derniers neveux ?
Vois ces lieux , où l'Amstcl égare en paix ses ondes! Le Belge industrieux de ses moissons fécondes Y porte les trésors. Le Batave à son tour Acquitte le tribut d'un fraternel amour. Pour prix de ses bienfaits , il donne ù la patrie Sa patience active et la noble industrie Qui jadis en spectacle offerte à l'univers, Combattait à la fois les tyrans et les mers. Déjà sa flotte, au loin fendant l'onde écumante, Des tissus précieux que la Belgique enfante Se charge avec orgueil , et va sur d'autres bords Déposer leur richesse , oisive dans nos ports ; Et de là , nous ramène , agile messagère , De vingt peuples lointains l'opulence étrangère.
Ah ! puisse dans ces jours d'abondance et de paix
La trace de nos maux disparaître à jamais !
Puisse leur souvenir s'effacer d'âge en âge ,
Comme un brouillard lointain , reste impur de l'orage
Puissions-nous oublier , dans ces nœuds fortunés ,
Quels nœuds sanglans , jadis nous avaient enchaînés!
D'un même maître alors souffrant la barbarie,
Ëtions-nous les enfans d'une même patrie ? Prosternés tous les deux sous le joug du vainqueur , Qu'avions-nous de commun? La honte et le malheur. Le Batave eût-il pu reconnaitre ses frères Perdus dans le troupeau des peuples tributaires? Et toi surtout , hélas ! dont la fécondité A de tant d'oppresseurs séduit l'avidité , Lorsque de l'étranger la brutale insolence A tes justes clameurs imposait le silence ; Tu n'es plus ce pays qu'en des jours désastreux Vingt tyrans affamés se disputaient entre eux. L'Europe qui longtemps, dans sa barbare joie Dévora de ses vœux une aussi belle proie , A l'abri des combats brûlant de respirer , Du nom de peuple enfin consent à t'honorcr; Elle te voit , rendue à ton indépendance , Placer un noble poids dans sa vaste balance.
Vous, qu'indigna longtemps l'oisiveté du port , Vaisseaux long-temps captifs , reprenez votre essor !
Le commerce affranchi brise enfin ses entraves. Belges , il en est temps , demandez aux Bataves Les sublimes leçons de l'art audacieux Qui , pour franchir les mers , interroge les deux ; Vous apprendrez alors à ces enfans de l'onde L'art qui soumet la terre et la rend plus féconde : Ainsi de l'avenir appelant les regards , Unissant à la fois vos talens et vos arts , Gloire , vertus , valeur , souvenirs , industrie , Offrez tout en hommage aux Dieux de la patrie.
La patrie est doublée. Un prince vertueux Veut au même bonheur vous admettre tous deux : Témoins ces deux cités , par son choix ennoblies , De son royal aspect tour à tour embellies; Tels deux fils généreux , objets du même amour , Sur le cœur paternel sont pressés tour à tour. De ces liens sacrés , que chaque instant resserre , Il a pris à témoin une ombre auguste et chère : LVmibrc du grand Nassau. Serment religieux , Un immortel burin t'a gravé dans les cieux !
Des peuples réunis les aïeux l'entendirent ,
Et, dans les vieux tombeaux, leurs ombres applaudirent.
Oui, ce jour où Nassau, ceint du bandeau sacré,
D'un cortège d'amour s'avançait entouré ;
Quand deux peuples unis tressaillaient d'espérance ,
Fiers de renouveler leur antique alliance ;
Au sein du temple auguste , où , dans son froid repos ,
Dort ce héros fameux , l'exemple des héros (i) ,
Dont la patrie en deuil, éperdue et voilée,
D'intarissables pleurs baigna le mausolée ;
Vers les ombres du soir , un long frémissement
Vint agiter , dit-on , le royal monument ;
Un rayon fugitif, en ces demeures sombres,
Du muet sanctuaire illumina les ombres ;
Et , troublaut du tombeau le silence éternel ,
Pareille au bruit lointain de l'orgue solennel ,
Sous le marbre glacé du sépulcre gothique,
S'éleva jusqu'aux cieux une voix prophétique.
(i) Le tombeau de Guillaume de Nassau à Delft.
Que dis-jc? Dans la paix des bois élysiens , Ces justes , dont la mort a brise les liens, Mais qui , charmes encor des songes de la vie , Forment toujours des vœux pour la douce patrie , Au fortune séjour de l'immortalité Ont appris les destins de leur postérité. Assise auprès d'Egmont, l'ombre du grand Maurice Salue avec transport cette union propice; Brûlant de retracer de si nobles tableaux , Rubens , l'œil enflammé , demande ses pinceaux ; Grotius , de ce jour éternisant la gloire , De ses fastes sacrés veut enrichir l'histoire ; Vondel , roi vénéré des chœurs mélodieux, Le sublime Yondel , barde inspiré des Dieux, Qui, dans de frais vallons habités du mystère, Poursuit ses nobles chants commencés sur la terre , Se lève; à ses accords, enchantés et ravis , Tressaillent les enfans des lumineux parvis ; Et cet hymne d'amour , aux célestes royaumes , De nos aïeux charmés réjouit les fantômes :
« Croissez , peuples heureux , trop long-temps désunis, » L'un sur l'autre appuyés, l'un par l'autre agrandis! » Tels deux fleuves rivaux , rois des plaines fécondes , » Pour doubler leurs trésors réunissent leurs ondes , » Et, portant l'abondance au sein des mêmes lieux, » Répètent dans leurs flots l'azur des mêmes cieux. » Puisse sur vos neveux s'étendre d'âge en âge » Du royal oranger l'héréditaire ombrage ! » Puissiez-vous , enchaînés par des nœuds éternels , » Ne jamais désunir vos destins fraternels! » Signe auguste et sacré de votre délivrance , » Le retour de Nassau vous rend à l'espérance. •>■) Ainsi, quand Jéhovah, rappelant le cliaos , a Sur la terre coupable eut déchaîné les flots, » Rendant l'espoir au juste échappé du naufrage, » D'une paix éternelle il fit briller le gage ; » Et l'arc aux sept couleurs, rayonnant dans les airs , » Du jour de la clémence avertit l'univers, n
LA MORT
DE