‹ Poésies (volume 2)Chapitre 5 sur 31 · REGNAULT DE SAINT-JEAN D'ANGELY · texte numérisé non relu

REGNAULT DE SAINT-JEAN D'ANGELY

(^uel est, aux rives de la Seine, Quand pâlit la clarté des deux , Ce mortel que la nuit ramène Sous ses voiles mystérieux?

Est-ce toi , victime innocente , Qui de l'amitié gémissante Viens terminer enfin le deuil :

Ou, vers le déclin du jour sombre, N'aurions-nous revu que ton ombre Ravie à l'exil du cercueil ?

Dans sa douloureuse agonie , Un épais nuage a couvert Ces yeux brûlans que le génie Armait de son rapide éclair.

De ses amis troupe pieuse , Près de sa couche douloureuse, Devancez le réveil du jour, Ou, dans ces funestes murailles, Demain le glas des funérailles Vous instruira de son retour.

Là , dans cette même demeure Où tu fus long-temps attendu , L'amitié te revoit, et pleure A l'aspect d'un ami rendu !

Tel, fuyant le sombre royaume, Un livide et muet fantôme, Triste, apparaît quelques momens ; Et, quand l'orient se colore, De l'infortuné qui l'implore Trompe les vains embrassemens.

Jouet d'une avare clémence , Il respire enfin, le banni!

Mais l'hymne du trépas commence Quand le chant d'exil a fini.

C'en est fait : de sa triste vie , Le doux soleil de la patrie N'a point rallumé le flambeau ; Et , dans cette France si chère , La pitié, tardive et sévère , N'a pu lui rendre qu'un tombeau.

Que de fois , dans sa rêverie ,

Au bord d'un rivage inhumain ,

D'une solitude chérie

Son âme a repris le chemin !

Combien de fois à sa pensée

La douce image retracée

Offrit ses tableaux mensongers;

Jusqu'à l'heure où l'aube naissante,

Dissipant la patrie absente ,

Lui r'ouvrait des cieux étrangers!

Au moins , quand la douce lumière

Échappe à ses yeux expirans ,

Qu'il soit la victime dernière

Offerte au courroux des tyrans.

Beaux lieux qu'ont invoqués ses plaintes ,

Est-ce pour des cendres éteintes

Que vos chemins sont aplanis ;

Et, bornant là notre espérance ,

Veulent-ils ne r'ouvrir la France

Qu'à l'ombre seule des bannis?

Toi , qui dérobant ma misère

Aux mépris des indifférens ,

Sous ton abri , longs-temps prospère ,

Recueillis mes destins errans;

Que de ton ombre désolée ,

Ces chants d'une musc exilée ,

Calment un instant la douleur;

Muet aux jours de ta puissance,

J'ai gardé ma reconnaissance

Pour ta cendre et pour ton malheur.

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