GUILLAUME -FRÉDÉRIC
IVlmisTRES du Seigneur , préparez les cantiques ! Peuples , du temple saint inondez les portiques ; Des vapeurs de l'encens environnez l'autel ! Frémis , airain pieux ! que , dans l'auguste enceinte ,
L'orgue mêle au chant solennel
Sa mélodie antique et sainte :
Payons de ses bienfaits le monarque éternel !
Quand Dieu , de qui le bras et relève et terrasse , Veut des rois criminels anéantir la race ; Il commande; et soudain, de la stérilité Le fléau , dévorant cette famille immonde , Délivre la postérité
Des tyrans à venir qui menaçaient le monde. Dieu défend aux Nérons de revivre en leurs fils Présage épouvantable et fatal caractère
Dont il marque dans sa colère Les rois déshérités et les trônes maudits.
Alors , sur la tige épuisée , On voit se dessécher les fleurs ; L'aurore pour elle est sans pleurs , La nuit pour elle est sans rosée.
Flétri d'un soleil dévorant , Le triste et malheureux feuillage Offre à peine un stérile ombrage , Au pâtre , dans la plaine errant.
D'un vent contagieux sa verdure est souillée ;
L'œil étonné le voit jaunir, Au souffle du printemps qui ne peut rajeunir
Sa tête aride et dépouillée.
Le jour enfin arrive : aussi prompt que l'éclair , Le vent vient , s'acharne avec joie
Sur ces débris impurs dont le sol est couvert , Et. , sans abandonner sa proie ,
Dans sa course, avec lui, les emporte au désert.
0 toi , dont la tige sacre'e Des peuples, chaque jour, grandit plus honorée, Tel n'est pas ton destin , arbre chéri des dieux ! Sur tes branches en fleurs la main de la nature Suspend et fait mûrir des fruits dc:licieux ; Philomèle y gémit et l'abeille y murmure ,
Ivre d'un nectar précieux;
Et , las de porter le tonnerre ,
Sur ton sommet audacieux
L'aigle , dédaigneux de la terre ,
Tient s'abattre en quittant les cicux.
Lorsque sur la rive étrangère Jl marche seul et désolé ,
De ta fraîcheur hospitalière Le banni n'est point exile ; Et d'une illusion chérie Goûtant les transports ravissans, Au bruit des rameaux frémissans, Il dort , en rêvant la patrie.
Et moi , qu'ont si long-temps assiégé les revers, Je me disais , lassé d'un long pèlerinage : Oh! malheur au mortel qu'a jeté le naufrage Sur ce sol de l'exil dont les fruits sont amers !
A peine assis sous ton ombrage J'ai vu d'un long tourment s'écarter le nuage ,
Et , de mes maux heureux vainqueur , L'espoir aux doux rajons pénétrer dans mon cœur.
Bénis soient à jamais et ton ombre si belle , Et ton auguste tronc, et tes rameaux naissons, Et ce sol qui te porte , et ce peuple fidèle Dont tu couvriras les enfans !