‹ Poésies (volume 2)Chapitre 8 sur 31 · LA FAYETTE · texte numérisé non relu

LA FAYETTE

Ije brick au vol agile a déployé ses ailes : Sur le liquide azur mollement applani

Il recueille en ses flancs fidèles

Un triomphateur , un banni.

De Washington l'auguste élève

Va toucher le sol révère Où dans ses jeunes mains étincela le glaive : Transfuge de l'Europe , où l'échafaud s'élève Pour la noble Amérique , où l'autel est paré.

Eh ! qui sait les nouveaux orages Qui pouvaient assaillir le déclin du héros ?

Qui sait ce que les rois lui réservaient d'outrages ! Olmutz n'a point encor comblé ses noirs cachots.

Sa voile à peine est reconnue,

Qu'une longue acclamation ,

Se prolongeant de nue en nue ,

Annonce en tous lieux la venue

De l'Ilote de la nation.

Sur les rives américaines ,

Cent mille voix républicaines Percent au loin les cicux de ces cris répétés : « Il vient , fuyant l'Europe et ses fanges immondes Il vient mourir ici, le héros des deux mondes ,

Vétéran de deux libertés. »

0 vous que des tyrans la faveur environne ,

Répondez ! qu'ont de précieux

Tous ces bienfaits capricieux , Humilians trésors jetés du haut d'un trône ,

Au prix de la noble couronne Que décerne un grand peuple à la face des cienx'

De graves souvenirs préoccupant son âme , Du passé fugitif il ressaisit la trame ;

Il songe aux temps évanouis ,

Lorsque jeune il quitta la France ,

Et qu'à ses regards éblouis

Tout se colorait d'espérance.

Modeste en son noble maintien , 11 marche vers l'asile où Washington repose , Détache sa couronne , et , confus , la dépose Au tombeau du soldat demeuré citoyen.

« Salut ombre à jamais bénie ,

Dit le vieillard agenouillé ; A tes nobles travaux bien jeune associé , Tu daignas me chérir; et l'âge et le génie

Disparut devant l'amitié.

Ici nos deux noms s'allièrent;

Ici nos glaives s'échangèrent; Voilà les beaux sillons qu'ont trempé nos sueurs ! Au moins , quand l'avenir épaissira son voile ,

De ta resplendissante étoile Je réfléchirai les lueurs. »

Et voyant de ses yeux une larme qui tombe ,

Le peuple, immobile à l'écart , Ainsi que La Fayette à l'aspect de la tombe ,

Se prosterne aux pieds du vieillard.

Bien qu'à jamais séparé d'elle ,

Par-delà les immenses mers , Conserve à ta patrie un souvenir fidèle. Esclave, je le sais, mais toujours noble et belle , Tes vertueux dédains lui seraient trop amers. Par d'indignes liens aujourd'hui piofanée, L'Eternel sans retour ne l'a point condamnée ; Livrée au vil fardeau d'un inquiet sommeil , Des songes généreux hâteront son réveil. Si de la liberté touchant enfin la cîme , En s'élançant trop haut , il tomba dans l'abîme ; L'abîme à tout jamais ne retient pas encor Ce peuple impatient d'un plus rapide essor :

Et dos tyrans , d'ailleurs , confondant la science , Celui qui tient leurs cœurs en ses puissantes mains ,

A ces arbitres des humains

Dieu prescrivit l'imprévoyance.

Et qu'importe , après tout , l'éclat dont aura lui

Un fatal et vain diadème ?

Le peuple impérissable , ainsi que Dieu lui-même ,

A l'éternité devant lui.

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