‹ PoésiesChapitre 17 sur 33 · IMITATION D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D'HORACE

l^CAKD sur la vaste mer les vaisseaux de l'Ida Conduisaient à Priam la fille de Léda , Neréc au ravisseur , enivré de son crime , Apparut tout-à-coup sur les flots mutinés.

Son bras enchaîna dans l'abîme Les vents impétueux , d'obéir indignés ; Et du sombre avenir fatal dépositaire,

Au sein des flots silencieux , Il chanta les destins que réservaient les dieux

A la cité de l'adultère.

Tremble! un courroux vengeur du ciel est descendu Tu fuis accompagné d'un efibyable augure.

Le sang effacera l'injure; •

Aux cris de Sparte en deuil la Grèce a répondu. Elle arme des héros qui , sous les murs de Troie , D'un hymen criminel iront troubler la joie.

Qu'il te coûtera cher son funeste retour,

0 Pergame! ô des dieux cité long-temps chérie !

Combien tu pleureras un jour L'asile qu'accorda ton imprudent amour

A ce fléau de la patrie !

Dieux ! quels chants de carnage et quels cris de terreur Je vois, je vois déjà l'appareil homicide, Les soldats , les chevaux , tout baignés de sueur , Et dans les cieux , Pallas préparant son égide , Son chai' et sa fureur.

Sur l'appui de Vénus en vain tu te reposes , Fugitif des combats par toi seul allumés ; En vain de tes cheveux que parsèment les roses Roulent, en vagues d'or , les anneaux parfumes; En vain au mol accent de la harpe légère ,

Des vierges d'Ilion chantant les doux appas ,

Tu crois échapper au trépas Et du rapide Ajax éviter la colère:

Ton triomphe est d'un jour : il s'éclipse à jamais

L'astre qui séduisit Hélène ; Et tes cheveux souillés, ensanglantant l'arène , Par un tardif opprobre expîront tes forfaits. Regarde : sur tes pas le voilà qui s'élance Cet Ulysse , l'horreur des enfans d'Ilion ; Du terrible Teucer vois-tu briller la lance ? Ici , vois-tu Nestor et plus loin Mérion ! Effaçant , jeune encor, la glaire paternelle, Dioméde le suit , l'œil ardent de courroux , Dans les champs du combat , formidable , il t'appelle Et réserve pour toi ses plus terribles coups.

Comme un daim léger et timide , A l'aspect imprévu du lion menaçant ,

Oubliant le feuillage humide , De rochers en rochers s'échappe en bondissant,

Tu fuis, palpitant d'épouvante ,

Sur ton front s'étend la pâleur:

Nobles essais de la valeur Que tu promis à ton amante !

Si le courroux d'Achille, éloigné de vos tours D'Ilion condamné retarde le supplice ,

Il faut que l'arrêt s'accomplisse , Et du sol phrygien, effacés pour toujours, Les orgueilleux palais de la cité complice Paîront l'appui coupable offert à vos amours .

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