ACTE I", SCÈNE III. DORSANGE, BERTHAUT, son secrétaire
DORSANGE.
Qui frappe en ce moment ? Quel est le téméraire?...
Berthaijt , en dehors.
C'est moi , monsieur , qui vous....
DORSAKGE.
Qui?
Berthaut , ouvrant la poite.
A'otre secrétaire.
Mais de vous déranger je n'ai pas le dessein...
DOBSAKGE.
Entre , parle, et va-t'en.
Berthaut.
Hier , de grand matin , Pour vous cjitrctenir d'un objet d'importance , Trois maires sont venus demander audience j Vous déjeuniez alors....
DORSANGE.
Et que leur as-tu dit ?
Berthaut.
Mais.... que vous déjeuniez.
Dorsance.
Il a perdu Pesprit; L'animal !
BERTHAn.
Mais, monsieur, qu'aurais- je pu leur dire?
DORSANGE.
Que j'étais occupé : cela devait suffire.
Il est certains objets qu'on couvre du manteau ;
Il liuit qu'un sous préfet déjeûne incognito.
Berthaut.
Quelques heures après , vos campagnards reviennent.
DORSANGE.
Quelle obstination !
Berthatjt.
En causant , ils m'apprennent Qu'exprès pour vous parler , depuis quatre grands mois Ils voyagent en vain pour la sixième fois. Je vous fais , en leur nom , demander audience-
DORSANGE.
Poursuis.
Berthatjt.
Votre valet m'apprend , en confidence ,
Qu'ils sont venus sans doute ou trop tôt ou trop tard ,
Et que , dans ce moment , vous jouez au billard.
Dors ANGE.
Et qu'as-tu fait alors ?
Berthaut.
Poliment je les prie
D'attendre pour vous voir la fin de la partie;
Et j'ai cru ....
DoRSAWGE.
Peste soit de l'esprit à l'envers î
Berthatit.
Aurais-je, par hasard, répondu de travers ?
DORSAWCE.
Accable du fardeau qu'impose à sa grande âme L'amour du bien public, qui l'inspire et l'enflamme , Un magistrat prudent se permet quelquefois . Par un jeu modéré , d'en soulager le poids ; Mais ce délassement , devenu nécessaire , Pour le peuple grossier doit rester un mystère , Réponds aux importuns : « Monsieur , en ce moment , S'occupe d'un travail pour le gouvernement ; Il est seul; et , malgré son caractère affable, Dans ses jours de génie il est inabordable.»
Berthaxjt.
Un quart d'heure se passe ; un bruit s'est élevé : Des chevaux dans la cour ébranlent le pavé. « Monsieur le sous-préfet ne pourra vous entendre, Leur dis-je, vainement vous prétendez attendre ; Il sort en ce moment , pour cause de santé , Suivi de trois archers , pour plus de sûreté. 11 est sûr de l'amour que le peuple lui porte ;
Mais crainte d'accident , il préfère une escorte .
Si d'ailleurs un suspect se présente en chemin ,
Monsieur pour le saisir a ses gens sous la main :
Il appelle cela faire, en passant , justice.
Ce n'est point, comme on voit , un frivole exercice,
Et vers un but moral dirigeant ses loisirs ,
11 met tout à profit jusques à ses plaisirs. »
A huit heures enfin, je les vois reparaître.
« Monsieur le sous-préfet est visible peut-être ?
— Pas plus que ce matin. — Il n'est plus à cheval?
— Non, sans doute, messieurs ? — Où donc est-il ? — Au bal.
Faut-il , pour vous parler , qu'il laisse là son monde ? >^
DORSANGE.
Bavard , impertinent , que le ciel te confonde !
Berthaut.
Enfin ils sont partis , et tous trois , en sortant , M'ont remis ce paquet qu'ils disent important. Le voici....
Dors ANGE. .
Nous verrons.
Bebthaut.
Essayez la lecture :
Cela ne coûte rien.
DORSANCE.
Quelle horrible écriture Pas uu mot d'orthographe, ô ciel ! tu le liras.
Berthatjt.
Oui , monsieur ; mais ensuite ?
DORSANGE.
Eh bien ! tu répondras.
Berthaut.
Oui, monsieur; mais comment?
DORSANCE.
Dans le style ordinaire :
On pense ; on pourra voir; on attend ; on espère : Des mots à double sens , bien brouilles , bien confus ; Un espoir si lointain qu'il vaut presqu'un refus. Qu'un autre magistrat , au niveau de sa place , De l'étude des lois se charge et s'embarasse , D'un labyrinthe obscur fuyant le long détour,
Je ne lis pas de lois , j'en fais : c'est le plus court L'esprit vaste , fuyant une marche ordinaire, Doit chercher des sentiers inconnus au vulgaire.
Berthaut.
Mais son estime enfin...
DORSAKGE.
Je puis l'en dispenser Berthaut.
Mais que pensera-t-on ?
DORSATVGE.
Je défends de penser.