‹ PoésiesChapitre 19 sur 33 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DORSANGE, M>«e DORSANGE, LE CHEVALIER DE MURVILLE.

Mme DORSANGE.

C'est un charmant jeune homme, au moins, que ce Min-villc Avec lui , dans une heure , on connaît une ville.

C'est un torrent qui coule, et ne tarit jamais ; Tout est de son domaine : affaires et projets, Les nouvelles du jour , les intrigues secrètes, L'esprit des almanachs, l'essence des gazettes, Les faux pas de l'amour , les revers de l'hymen , Ce qu'on a fait hier , ce qu'on fera demain , A quelle heure , pourquoi , dans quelle circonstance ; D'où l'on vient, ce qu'on a, ce qu'on veut, ce qu'on pense : Il fait tout , il voit tout , il sait tout , il dit tout : C'est un jeune homme unique et je l'aime beaucoup.

MCEViiLE ( entrant ).

Madame, j'ai l'Iionncur

M™e D0RSA.KGE.

Monsieur.

MURVILLE

J'ai l'avantage, Monsieur le sous-prefet... , recevez mon hommage. Madame , ce matin , comment va la santé ?. . . Fort bien ! J'en suis ravi

M'"^ DOUSANGE.

Mais....

MUaVIILE.

J'en suis enchante.

Vous n'avez point sorti ?

M™G DORSANGE.

Moi , non. Quelle nouvelle ?

MURVILLE

Nos cuirassiers , hélas ! travaillent de plus belle. De leurs galants exploits ils poursuivent le cours : La ville retentit du bruit de leurs amours.

M"»e DORSANGE.

D'un chevalier Français tel est le caractère ,

Il faut toujours qu'il fasse ou l'amour ou la guerre.

'mdrviile.

Une dame d'honneur et que j'estime fort Doit donner un grand bal à tout l'etat-major.

Mme DORSANGE.

Peut-on savoir le nom ?....

MURVILLE

J'ai promis de le taire :

Ce bal n'est qu'un projet. Ce doit être un mystère, Jusqu'au jour

M"^ nORS.VÎÎGE.

Quelle ide'c! et pourquoi ce refus?

Myste'rieux ! qui, vous? je ne vous connais plus.

MURVILLE

Par un chef d'escadron sa fille est poursuivie ; En tout honneur

M^ie DORSAWGE.

Tant mieux , j'aime qu'on se marie.

MURVILLE

Le jeune homme est pressé ; mais sa mère , dit-on , Qui le croit assez vieux pour un chef d'escadron , Pour en faire un mari le croit trop jeune encore.

M"!" DORSATÎGE.

J'ai déjà devine.

MURVILLE

Le couple qui s'adore , S'est bien promis d'attendre; oui, mais en attendant...

La nature est bien faible, et l'ainoiir bien pressant. On dit que le jeune homme en son impatience , A sur ses droits futurs empiète par avance ; Ainsi parle le monde : a-t-il tort ou raison ? Moi , je ne dis pas oui , mais je ne dis pas non ; Et si le couple heureux , en dépit de la mère , Yeut prendre Tavant-goùt du bonheur qu'il espère, Que pourrait-on repondre ?

M™« DOnSAKGE.

Oh ! mon Dieu, presque rien.

MUaVILLE.

Tout ce qui finit bien , d'ailleurs , est toujours bien.

M'"« 1>0RSA>'GE.

Mais l'honneur de la fille ?

MURVILLE

Un rien vous embarasse !

Ne craignez rien pour lui ; c'est un honneur tenace , Qui plia bien souvent, mais jamais ne rompit. Par les faux pas, d'ailleurs , la vertu s'affermit. La sienne est éprouvée , et par plus d'un naufrage ; Cent fois coulée à fond , cent fois elle surnage ;

Véritable phénix , qui , sans jamais souffrir , Meurt toujours pour renaître et renaît pour mourir. La mère cependant pour fixer la conquête , A son gendre futur veut offrir une fête : Quelque chose de neuf, de joli, de galant. J'en suis l'ordonnateur : or écoutez mon plan. Je suspends en tous lieux des guirlandes fleuries. Des myrtes , des lauriers , et des allégories , Des nœuds entrelacés , des chiffres amoureux, D'un nœud plus doux encor gages mystérieux , Et des bouquets de lys et des touffes de roses , De la main du marchand nouvellement écloses.

Partout ces mots tracés : l'amouket la valeur

C e bal , sans me flatter , pourra me faire honneur : D'abord, comme aux beaux jours de la chevalerie , A la noble beauté que son cœur a choisie Chacun des aspirans doit, avec loyauté.

Prêter serment d'amour et de fidélité : Le tiendra qui pourra!... Le bal enfin commence : Quel tableau ravissant ! ah ! j'en jouis d'avance. Une furtive main fait battre plus d'un cœur.

Qui semble , en palpitant , reconnaître un vainqueur.

L'amour a coloré déjà plus d'un visage ;

On s'anime , on s'écliaufTe , on ose d'avantage :

Tiennent les doux aveux , et puis les doux refus ;

Puis on livre une main qui promet encor plus ;

Il est nuit.... les mamans s'endorment à leur place ;

Enfin ....

M"ie DORSAÎJGE.

Modérez-vous , du reste on vous fait grâce.

MUR VILLE

Nous que la nouveauté ne peut plus embellir , Ces brillans étrangers nous font un peu pâlir. Il faut se consoler ; et nous savons attendre : Faute de mieux, un jour, on pourra nous reprendre ; Notre tour reviendra. Ces astres éclatans , Météores d'un jour, ne brillent pas longtemps. De ces preux chevaliers respectant le servage , Nous accueillons en paix ces oiseaux de passage ; Nous respectons les droits de l'hospitalité , Nous fiant , pour le reste , à leur légèreté.

Le jour enfin arrive, où des ordres rigides

Arrachent nos Renauds des bras de leurs Armides :

On pleure les amans , qui , par précaution ,

Changent bientôt d'amour, comme de garnison.

Puis d'autres chevaliers vont consoler nos belles ;

Ils sont aussi galans , ils sont aussi fidèles ,

Et préparent comme eux , pour prix de leurs succis ,

Et de nouveaux plaisirs et de nouveaux regrets.

Mais vive l'habitude et la philosophie !

Chacune aime toujours , quoique toujours Irahio.

Ainsi s'écoule en paix leur innocent loisir :

L'état a des sujets , l'ofiicicr du plaisir;

De tous ces cliangeraens nos beautés se contentent ;

L'amour anime tout; les familles s'augmentent;

Et nous autres bourgeois nous venons, un bran jour,

Réparer par l'hymen les erreurs de l'amour.

On no peut niirux penser.

MDKVILLE.

C'est pure courtoisie.

Ici tous les guerriers ont droit de bourgeoisie. C'est un droit qu'à la porte ils prennent en entrant : C'est un droit qu'à la porte ils laissent en sortant. Laissons-leur ces succès , nous avons eu les nôtres ; Et quand j'étais hussard je n'en faisais pas d'autres.

M"" DORS.OGE.

On pre'tend cependant , peut-être sans raison , Que tous CCS paladins , héros de garnison , Grands hommes de boudoir , guerriers en espérance , Aux fatigues des camps préludant par la danse , Si le sort au combat les appellait un jour, Feraient fort mal la guerre....,

«">« DOBSAWGE.

Ils font si bien l'amour î

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