A UN MAIRE, SUR LA DIGNITÉ ADMINISTRATIVE
DÉFAITES-VOUS d'abord de cet air trop affable , Qui sans vous faire aimer vous rendrait méprisable Marchez la tête haute et les yeux enfoncés , La figure eiôbrunie et les sourcils froncés.
Etes- vous dans la rue ,
Ne saluez jamais ; attendez qu'on salue.
Chez vous , soyez rêveur , prenez des airs distraits ,
Souriez rarement et ne riez jamais.
Prenez-y garde au moins : ce rire populaire
Serait un contre-sens sur les lèvres d'un maire.
<iardez en écoutant un silence douteux ,
Tantôt approbateur et tantôt dédaigneux.
Puis , lorsque vous voyez , malgré votre air sauvage ,
La conversation s'animer davantage,
Fouillez dans votre poche , et , tirant un brouillon ,
Sur la marge tracez quelques mots au crayon. Par-là vous ravirez toute la compagnie ; Et chacun aussitôt se dira : quel génie ! Dans votre cabinet empressé de courir , Enfermez-vous souvent fut-ce pour y dormir.
Parlez peu »^ mais toujours impérativement : La parole facile , et l'air sec et tranchant. Si de vous réfuter on avait l'insolence , Retranchez-vous soudain dans un noble silence Et qu'un regard apprenne au bavard interdit Que vous ne parlez pas pour être contredit.