‹ PoésiesChapitre 20 sur 33 · A UN MAIRE, SUR LA DIGNITÉ ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

A UN MAIRE, SUR LA DIGNITÉ ADMINISTRATIVE

DÉFAITES-VOUS d'abord de cet air trop affable , Qui sans vous faire aimer vous rendrait méprisable Marchez la tête haute et les yeux enfoncés , La figure eiôbrunie et les sourcils froncés.

Etes- vous dans la rue ,

Ne saluez jamais ; attendez qu'on salue.

Chez vous , soyez rêveur , prenez des airs distraits ,

Souriez rarement et ne riez jamais.

Prenez-y garde au moins : ce rire populaire

Serait un contre-sens sur les lèvres d'un maire.

<iardez en écoutant un silence douteux ,

Tantôt approbateur et tantôt dédaigneux.

Puis , lorsque vous voyez , malgré votre air sauvage ,

La conversation s'animer davantage,

Fouillez dans votre poche , et , tirant un brouillon ,

Sur la marge tracez quelques mots au crayon. Par-là vous ravirez toute la compagnie ; Et chacun aussitôt se dira : quel génie ! Dans votre cabinet empressé de courir , Enfermez-vous souvent fut-ce pour y dormir.

Parlez peu »^ mais toujours impérativement : La parole facile , et l'air sec et tranchant. Si de vous réfuter on avait l'insolence , Retranchez-vous soudain dans un noble silence Et qu'un regard apprenne au bavard interdit Que vous ne parlez pas pour être contredit.

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