‹ PoésiesChapitre 29 sur 142 · A2 1>0£SI£S · texte numérisé non relu

A2 1>0£SI£S

Le calice était plein ; il fallut bien le boire. Et que dit à ce mot la pauvre eufant ? — L'histoire N'eu sait rien. — Et que fit Mardoche? — Pour changer D'amour il lui fallut six mois à voyager.

Septembre issd.

11 se fit tout à coup le plus profond silence,

Quand Georgina Smolense leva pour chanter.

Miss Smoleu est très-pâle. ^- Elle arrive de France,

Et regrette le sol qu^elle vient de quitter.

On dit qu'elle a seize ans. — Elle est Américaine ;

Mais, dans ce beau pays dont elle parle à peine.

Jamais deux yeux plus doux n'ont du ciel le plus pur

Sondé la profondeur et réfléchi Tazur.

Faible et toujours souffrante, ainsi qu'un diadème

Elle laisse à demi, sur son front orgueilleux,

En longues tressesil'or tomber ses longs cheveux.

Elle est de ces beautés dont on dit qu'où les aime

Moins qu'on ne les admire ; — un noble, un chaste cœur ;

La volupté, pour mère, y trouva la pudeur.

Bien que sa voix soit douce, elle a sur le visage.

Dans les gestes, l'abord, et jusque dans ses pas,

Un signe de hauteur qui repousse rhomm&^<&^

iUU POÉSIES.

Soit tristesse ou dédaiu, mais qui ue blesse pas. Dans un âge rempli de crainte et d'espérance, Elle a déjà connu la triste indifférence, Celte fille du temps. — Qui pourrait cependant Se lasser d'admirer ce front triste et charmant Dont l'aspect seul éloigne et guérit toute peine ? Tant sont puissants, hélas 1 sur la misère humaine Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur, Jeunesse de visage et jeunesse de cœur ! Chose étrange à penser, il paraît difficile Au regard le plus dur et le plus immobile De soutenir le sien. — Pourquoi? Qui le dira.^ C'est un mystère encor. — De ce regard céleste L'atteinte, allant au cœur, est sans doute funeste. Et devra coûter cher à qui la recevra.

Miss'Smolen commença ; — l'on ne voyak plus qu*dle. On connaît ce regard qu*on veut en vaîn cacher. Si prompt, si dédaigneux^ quand une femme est belle !. . Mais elle ne parut le fiiir ni le chercheré

Elle chanta cetjair qu'Une fièvre brûlante Arrache j comme un triste et profond soUwnirj D'un cœur plein de jeunesse et qtii se sent mourir | Cet air qu'en s' endormant Desdemona tremblante^ Posant sur son chevet son front chargé d'ennuisj Comme un dernier sanglot, soupire au sfein des ntiitS;

D'abord ses accents purs, empreints d'une tristesse Qu'on ne pc\U définir, ne semblèrent montrer

Qu^uiie faible langueur, et cette douce ivresse Où la bouche sourit, et les yeux, vont pleurer. Aiusi qu*uu voyageur couché dans sa nacelle, Qui se laisse au hasard empoiter au courant, Qui ne sait si la rive est perfide ou fidèle, Si le fleuve à la fin devient lac ou torrent; - Ainsi la jeune fille, écoutant sa pensée, Sans crainte, sans effort , et par sa voix bercée, Sur les flots enchantés du fleuve harmonieux S'éloignait du rivage en regardant les cieiix...

Quel charme elle exerçait ! Comme tous les visages

S'animaient tout à coup d'un regard de ses yeux !

Car, hélas ! que ce soit la nuit dans les orages.

Un jeune rossiguol pleui'ant au fond des bois.

Que ce soit Tarchet d'or, la harpe éolieune,

Un céleste soupir, une souffrance humahie.

Quel est l'homme, aux accents d'une mouranle \oi\,

Qui, lorsque pour entendre il a baissé la tête,

Ne trouve dans son cœur, même au sein d'une fêle,

Quelque larme à vei*ser, — quelque doux souvenir

Qui s'allait effacer et qu'il sent revenir ?

Déjà le jour s'enfuit, — le vent souffle, — silence! La ten'eur brise, étend, précipite les sons. Sous les brouillards du soir le meurtrier s'avance, invisible combat de l'homme et des démons ! A l'action, lago! Cassio meurt sur la place. Esl-ce un pécheur qui chante, esl-ce \e n^vA «^\ ^ibÀ^^"^. /. \^

Écoute, moribonde! U u'estpire douleur

Qu'uu souvenir heureux dans les jours de malheur.

Mais lorsqu'au dernier duiat la redoutable flanme Pour, la troisième fois vieot repasser sur i*àne Déjà prête à se fondre, et que dans ta frayeur Elle presse en criant sa harpe sur «on cœur... La jeune fille alors smtit que son génie Lui demandait des sons que la terre n*a pas ; Soulevant par sanglots des torrents d'harmonie, Mourante, elle oubliait l'instrument dans ses bras. ODieu! mourir ainsi, jeune et pleine de vie... Mais tout avait cessé, le charme et les terreurs, Et la fenune en tombant ne trouva que des pleurs.

Pleure, le ciel te voit ! — pleure, fille adorée !

Laisse une douce larme au bord de tes yeux bleus

Briller, en s'écoulant, comme une étoile aux cieux !

Bien des infortunés dont la cendre est pleurée

Ne demandaient pour vivre et pour bénir leurs maux

Qu'une larme, — une seule, et de deux yeux moins beaux !

Échappant aux regards de la foule empressée, Miss Smolen ^'éloignait, la rougeur sur le front ; Sur le bord du balcon elle reàta penchée.

Oh! qui Ta bien connu, ce mouvement profond, Ce charme irrésistible, intime, auquel se livre Un cœur dans ces moments de lui-même surpris, Qu'aux premîem battements un doux mystère enivre.

LE SAULE. ikl

Jeuue fleur qui s'eutr'ouvre à Ut fraieheurdes ttuilf ! Fille de la douleur] lai'iiiouiei htnuQiiie! Laugue que pour Taiaour iuvenla le génie ] Qui nous vios d'Italie, et qui lui msdes«ieuxi Douce langue du coeur, la ieule uù la. peu«ée. Cette vierge craintive et d'uue Aiabre oSaosée^ Passe en gardant sou voiif , «t ÊUi$ craiudiv k» yeum l Qui sait ce qu'up eoiaut |^t tnteudre ot peut «Ufe Dans tes soupirs divins nés de l'air qu'il r^ff^v^ Tristes, comme son cfieur et doux comme sa voix? On surprend un regard, une larme qui coule; Le reste est un mystère ignoré de la foule, Comme celui des flots, de la nuit et des bois !...

Oh I quand tout a tremblé, quand Tâme tout entière Sous le démon divin se sent encor frémir. Pareille à l'instrument qui ne peut plus se taire, Et qui d'avoir chanté semble longtemps gémir... Et quand la faible enfant, que son délire entraîne, Mais qui ne sait d'amour que ce qu'elle en rêva. Vient à lever les jFeux... La belle Américaitte Qui dérobait les siens, enfla les souleva.

Sur qui? — Bien des regards, ainsi qu'où pe^tlectoiret Conune un regard de reiue avaient chercbéie man. Que de fronts orgueilleux <iui s'en seraient £dt gloinei Sur qui donc? -— l^auvre mfymii le iavait<^cUe bion ?

Ce fut sur un jeune hmnme à VaàX dur et lévèrei Qui la voyait tenir et tie la cherchaVx v^\

ms POÉSIES.

Qui, lorsqu'elle emportait une assemblée entière,

N'avait pas dit un mot, ni fait vers elle un pas.

Il était seul, debout, — un étrange sourire, —

Sous de longs cheveux blonds des traits efféminés ; —

A ceux qui l'observaient son regard semblait dire :

On ne vous croira pas si vous me devinez.

Son costume annonçait un fils de TAngleterre ;

Il est, dit-on, d'Oxford. — Né dans l'adversité,

Il habite le toit que lui laissa son père.

Et prouve un noble sang par l'hospitalité.

Il se nomme Tiburce.

On dit que la nature A mis dans sa parole un charme singulier. Mais surtout dans ses chants ; que sa voix triste et pure A des sons pénétrants qu'on ne peut oublier. Mais à compter du jour où mourut son vieux pèi*e. Quoi qu'on fît pour l'entendre, il n'a jamais chanté.

D'où la connaissait-il ? ou quel secret mystère Tient sur cet étranger son regard arrêté? Quel souvenir ainsi les met d'intelligence? S'il la connaît, pourquoi ce bizarre silence ? S'il ne la connaît pas, pourquoi cette rougeur? On ne sait. — Mais son œil rencontra l'œil timide De la vierge tremblante, et le sien plus rapide Sembla comme une flèche aller chercher le cœur. Ce ne fut qu'un éclair. L'invisible étincelle A % ait jailli de l'âme, et Dieu seul l'avait vu !

LE SAULE. l/i9

Alors, baissant la tête, il s'avança vers elle.

Et lui dit : « ATaimes-tu, Georgette, m*aimes-tii? »

Tandis que le soleil s'abaisse à l'horizon, Tiburce semble attendre, au seuil de sa maison. L'heure où dans l'Océan l'astre va disparaître. A travers les vitraux de la sombre fenêtre. Les dernières lueurs d'un beau jour qui s'enfuit Percent encor de loin le voile de la nuit.

Deux puissants destructeurs ont marqué leur présence

Dans le manoir désert du pauvre étudiant :

Le temps et le malheur. — Tu gardes le silence.

Vieux séjour des guerriers, autrefois si bruyant !

Dans les longs corridors qui se perdent dans l'ombre,

Où de tristes échos répètent chacpe pas,

Se mêlaient autrefois des serviteurs sans nombre. . .

La coupe des festins égaya les repas.

Une lampe qu'au loin on aperçoit à peine,

Prouve que de ces murs un seul est habité.

Ainsi tombe et périt le féodal domaine ;

Ici la solitude, — ici la pauvreté.

Ce -sont les lourds arceaux d'un vieux laboratoire

Que Tiburce a choisis; — non loin est un caveau,

Peut-être une prison , — peut-être un oratoire ;

Cnr rien n'approche autant d'un awteV t\vCv«vV««\i^vv\\.

Là, dans le vieux firateuil de la noble fomille,

Où les en&nts priaUnt^ ofi nuraniient les vieiltards.

S'agenouilla jadis plus d'une chaste fille

Qui poursuivait des yeux de lointains étendards.

Plus tard» c'est encor là qu'à l'heure où le coq chante,

Demandant au néant des trésors inouïs,

L'alchimiste courbé, d'une main impoissi^nte,

Frappa son front ridé dans le cafane des nuits.

Le philosophe oisif disséqua sa pensée. . .

La science aujourd'hui, rencontrant sous ses pieds

Les vestiges poudreux d'une route effacée.

Sourit aux vains efforts des siècles onbKés.

Sur le chevet du Ut pend cette triste image, Où Raphaël, trainaBt toe fiEunille en deuil , Dépose l'Homme-Dieii de la croix au cercueil. Sa mère de ses Biains veut cotivrir son visagr. Ses bras se sont nndis, et, pour la ranimer. Ses filles n'ont, hélas l que leur .sainte prière... Ah î blessures du cœur, votre trace est amère ! Promptes à vous ouvrir, lentes à vous fermer !

Ici c'est Géricault et sa palette ardente ; Mais qui peut oublier cette fausse Judith, Et dans la blanche main d'une perfide amante La tête qu'en mourant Allori suspendit ?

Et plus loin — la clarté d'une lampe sans vie Agite sur les murs, dans l'ombre appesantie. Un marbre mutilé. — Père d'un temps nouveau.

LE SAULE. l.M

Ta mémoire, ô héros, ne sera point troublée !

Ton image se cache et doit lesler ^KHlée

Sur la terre où Yon boit encore à Waterloo...

Les arts, ces dieux amis, fils de k solitudA,

Sont rois sous cette Toute; aiifnrèf d*eiix Thnmble étu^

Vient d'un baiser de paix rassurer la douleur ;

Et toi surtout, et toi, triste et fid^ a»ie,

A qui rinfortuné, dans ses nuits d'iusonuiie.

Dit tout bas ses secrets qui dévorent le coeur,

Toi, déesse des chants, à qui, dans son suppHee,

La douleur tend les bras, criant : — Oonaobtrice!

Consolatrice !

A l'âge où la clialeur du sang Fait éclore un désir à chaque battement, Où l'homme, apercevant, des portes de la vie, La Mort à l'horizon, s'avance et la défie, — Parmi les passions qui viennent tour à tour S'asseohr au fond du cœur sur un trône invisible, La haine, — l'intérêt, — Tanibition, — l'amour, Tiburce n'en connaît qu'une, — la plus terrible. Jusqu'à ce jour, du moins, le sillon n'a senti Des autres que le germe ; une seule a grandi. Quant à cette secrète et froide maladie. Misérable cancer d'un monde qui s'en va, Ce facile mépris de Thomme et de la vie, Nul de l'avoir connu jamais ne l'accusa. Mais pourquoi cherchait-il ainsi ta solitude ?

On ne sait. — Dès longtemps il chérissait l'étiide.

Autrefois ignoré, mais content de son sort,

Il marcha sur les pas de ceux à qui la mort

Révèle les secrets de l'être et de la vie.

Incliné sous sa lampe, infatigable amant

D'une science aride et longtemps poursuivie,

On le voyait, la nuit, écrire assidûment ;

Ou quelquefois encor, quand l'astre au firont d'albâtre

Efface les rayons de son disque incertain.

Il osait, oubliant sa tâche opiniâtre,

Étudier les lois de ces mondes sans fin.

Flots d'une mer de feu sur nos fronts balancée,

Et que n'ont pu compter ni l'œil ni la pensée ! . . .

Mais, hélas ! que de jours, que de longs jours passés, Ont vu depuis ce temps ses travaux délaissés ! Renfermé dans les murs où mourut son vieux père , Depuis plus de deux ans, sous son toit solitaire Il vit seul, loin des yeux, — heureux, — car ses amis, En calculant les jours, n'ont point compté les nuits. Peut-être en se cachant voulait-il le silence... Qui savait ses projets.^ — Nul ne connaît celui Qui le feit sur le seuil demeurer aujourd'hui

Mais la nuit à grands pas sur la terre s'avance,

Et les ombres déjà, que le vent fait frémir,

Sur le sol obscurci semblent se réunir.

Le repos par degivs s'étend sur les campagnes ;

L'asln» baisse. — il s'avrêlr au somniPt des montagnes.

Jette un dernier regard aux cimes des forêts,

Et meurt. — Les nuits d'hiver suivent les soirs de près.

Quelques groupes épars d'oisifs, de jeunes filles,

De joyeux villageois regagnant la cité,

Se distinguent encor, malgré l'obscurité.

Sous le chaume habité par de pauvres familles,

Des feux de loin en loin enfument les vieux toits

Noircis par l'eau du ciel dont dégouttent les bois.

Tandis que des enfants la voix fraîche et sonore,

Montant avec l'encens de la maison de Dieu,

Au bruit confus des mers au loin se mêle encore,

Et fait frémir au vent les vitraux du saint lieu.

Quelques refrains grossiers que l'on entend à peine

Rappellent au passant le jour du samedi.

Le buveur nonchalant a laissé loin de lui

L'artisan de là veille, obsédé par la gêne,

Qui, baignant de sueur chaque morceau de pain,

Travaillant pour le jour, doute du lendemain.

L'oubli, ce vieux remède à l'humaine misère.

Semble avec la rosée être tombé des cieux.

Se souvenir, hélas ! — Oublier, — c'est sur terre

Ce qui, selon les jours, nous fait jeunes ou vieux !

Tiburce contemplait cette bizarre scène ; Son œil sous les vapeurs apercevait à peine Les fantômes mouvants qui passaient devant lui. Dieu juste! sous ces toits que d'hiunbles destinées S'achevant en silence ainsi qu'elles sont ué«s»\ — • Et Tibnrcp pensa qu'il était pauvre. îv\a<^«î.\.

Ah ! Pauvreté, marAtre! à qni donc est Httle Celui qui d'un sein maigre a bu ton lait stérile ? A quoi ressemble Thomme, ignoré du destin, Qui, reprenant le soir aon sentier du matin, Marchant à pas comptés dans sa \)e inconnue, S'endort quand sur son toit la nuit est descendue? Peut-être est-ce le sage; — un moins pesant fiirdeMi Courbe plus lentement son front jusqu'au tombeau. Mais celui qn*uu fatal et tont-pnissant génie Livre dans Tombre épaisse à la pâle Insomnie, Celui qui, pour souflriir ne se reposant pas. Vit d'une double vie, — oh I qu*est-îl ici-bas? Pareille à l'ange armé dn saint glaive de flamme. L'invincible Pensée a du seuil de son âme Chassé le doux sommeil, comme un hôte étranger. Seule elle y règne, — et n'est pas longue à la changer Eu une solitude immense, et plus profonde Que les déserts perdus sur le<; bornes du monde!

Mais silence! écoutez! — c'est le son du beffroi. Tiburce s'est levé : * L'heure de la prière ! Dit-il, soit : c'est mon heure ! ils prieront Dieu pour moi l >» Il marche; il est parti...

Le jour et la lumière Des sinistres projets sont mauvais confidents. Là, les audacieux sont nommés imprudents. La pensée, évitant l'oeil vulgaire du monde, S'enfuit au fond du cœur. — La nuit, la nuit profonde Vient seule relever, à l'heure dn sommeil,

es fronts qui s'inclinaient aux rayons du soleil.

aie étoile du soir, messagère lointaine, ont le front sort brillant des voiles an condiant, e ton palais d'aztir, au sein du firmameAt, Que regardes-tn dans la plaine?

a tempête s*éloigne, et les Tents sont calmés, a forêt, ((ui frémit^ pleure sur la bruyère, e pbalèue doré, dans sa course légère,

Traverse les prés embaumés.

Que cherches-tu sur la terre endormie?

[ais déjà vers les monts je te vois t'abaisser ; u fuis, en souriant, mélancolique amie»

t ton Tremblant regard est près de s*el{acer.

Itoile qui descends sur la verte colline, riste larme d'argent du manteau de la Nuit< oi que regarde au loin le pâtre qui chemine, andis que pas à pas son long troupeau le suit, itoile, où t'en vas-tu, dans cette nuit immeoie? !herches-tu sur la rive un Ih dans Itê roseaux? ù t'en vas-tu si belle, à l'heure du stlence, omber comme une perle au sein profond des eau\ ? h ! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tète a dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux, .vaut de nous quitter, un seul instant arrête ; — toile de Tamour, ne descends pas des cieux l

(( C'est vrai, Bell, répondit Georgette à son amie ;

Souvent jusqu'à la nuit j'aime à rester ici.

La mer y vient mourir sur la plage endormie...

— Mais qu'as-tu ? dit Bella ; pourquoi pleurer ainsi ?

— Restons, restons toujours ; ce sont de douces larmes. . . Douces, et sans motif. . . et des larmes pourtant !

As-tu peur.!^ mais la peur elle-même a ses charmes... C'est mon plaisir du soir ; restons un seul instant.

— Hélas ! bonne Georgette, il faut bien qu'on te C€^e ; Mais la nuit va venir, et... Dieu nous soit en aide! Pourquoi donc dans ma main sens-je frémir ta main ? »

Georgette, en soupirant, regarda son amie :

(( Ainsi, Bella, pour toi, de ce double chemin Où l'on dit que nos pas s'égarent dans la vie , Un seul, un seul existe, et te sera connu ! L'hiver prochain, dis-moi, Bell, quel âge auras-tu? Mais que dis-je.^ notre âge est à peu près le même. Je suis folle, et c'est tout. Pauvre Bella, je t'aime Du fond du cœur.

— Mon Dieu ! Georgina, qu'as-tu donc ? Ta nn \o sotitiens phis... ~~

— Pardou, chère, pardoii !

Tieus, doiuie-mui loii bras, et revenons ensemble. »

Toutes deux lentement marchèrent quelques pas.

« Non ! cria Georgiua^ non, je ne le puis pas ! Je ne puis pas le fuir ! N'est-ce pas qu'il te semble, Bella, que je suis pâle, et que je dois souffrir? C'est le bruit de ces flots, de ce vent qui murmure. C'est l'aspect de' ces bois, c'est toute la nature Qui me brise le cœur, et qui me fait mourir I... Ah ! Bella, ma Bella, rien que par la pensée. Tant souffrir ! Quelle nuit terrible j'ai passée !' Terrible et douce, amie! écoute, écoute-moi...

— Parle, ma Georgina, raconte-moi ta peine.

— Oui, tout à toi, Bella, car ma pauvre âme est pleine, Et qui me soutiendra, chère, si ce n'est toi ?

Sœur de mon âme, écoute. 0 mon unique amie, C'est de bonheur, Bella, que je meurs ! c'est ma vie Qui dans cet océan se perd comme un ruisseau. Pour toi, ces eaux, ces bois, tout est muet, ma chère ! Viens, ma bouche et mon cœur t'en diront le mystère... Rappelons-nous Hamtet, et sois mon Horatio. »

Au I)ord d'une pitiirie, où la fraîche vosée

lucliue au veut du soir la bniyèi*e arrosée, Le château deSmoIeu, véuéi*able manoir, Découpe son portail sous un ciel triste et noir. C'est au pied de ces murs que Tibwroe s'arrête. Il écoute. — A travers les humides vitraux, II voit passer une ombre et luire des flambeaux : « A cette heure! dit-il. Est-ce encore une fête? » Puis, avec un murmure, il lyoute plus bas : « M'aurait-elle trompé ? » Dans t:e moment, un |>afl Au penchant du coteau semble se faire entendre... Il est sans armes, seul. — Viendrait-on le surpisondre?

11 hésite, — il appi'oche à pas silencieux. Caché sous le portail que couvre une ombre épaisse, Tour à tour près d^i mur il se penche et se baisse. . . Quel spectacle imprévu vient de frapper ses yeuxl

Près de Tardent foyer où le chêne péUMe,' Le vieux Smolen courbé récite à haute voix L'oraison qu'après lui répète sa famille. Conune dans ce guen'ier si terrible autrefois La sainte paix de l'âme effMe les années 1 Il prie, et cependant deux femmes inclinées Pour parler au Seigneur se reposent sur lui. Tiburce les connaît; — l'une est âgée — et Tautre... — Corrupteur, corrupteur, que viens*lu faire ici ? Vois ! elle est à genoux, mais les chants de l'apôtre Ne retentissent plus dans le fond de son cœur. Pourquoi ces mouvements, ces yeux fixés à terre ? Qui rendra ma/nfenant cette fille à son père?...

2ui sait si ce vieillard , oerUin de sou houueur, Tout en priant ainsi, n'a pas de sa parole )étourné sa |)ensée, et s'il ne bénit pas Su ce moment, hélas ! l'eo&nt qui le console , li dont l'ange gardieu loit au bnût de tes pas?...

Mais non, non, ee vieillard ne saurait douter 4'ette.

Soixante ans de vertu l'ont &it croire au bonbeur.

[^eorgina s'est levée. — Ah I que eetle pAleur

Lui sied bien à tes yeux, Tiburoe, «t qu'elle est Mie !

uourbe-toi, jeune fille, et du pied de l'autel

i^iens présenter ton kont au baiser paternel.

?resse, en te retirant, sur ta lèvre brùki^e,

adi main de ee vieillard; — encor ! —bien 1 presse-la !

S'eutends-tu pas ton cœur, douce et loyale amante,

Ton cœur qui bat de joie, et te crie : u II est là ! »

1 est là, miss Smolea, cpii t'attend, et qui eemple l«s bénédictions d'un père à son en&iàt. 1 est là, sur le seuil, qui descend et qui monte, uomme un larron de nuit que la frayeur surprend, làte-toi, le temps ftiit ! l'horizon se colore ! ^'astre des nuits bientôt va briller, —hâte-toi!

lais à peine au château quelques clartés encore t'agitent ^^àct là. — l<e silence, *- l'effroi. — Quelques pas, qu#lques sons traversent la nuit sombre ; Jiie i>orte a gémi dans un long corridor. — riburce aUend toujours. -- Le ravisseur dans roinbK«.> Ta-t-il jMis des pensere de meurtrier? — ToaaX dotv.

»l»U POÉSIES.

Oh ! (|iii n'a pas seiili soa cœur battre plus vile

A rht*iii*e où sous le ciel riiomme est seul avec Dieu ?

Qui ue s'est retourné, croyant voir à sa suite

Quelque forme glisser, — quand des lignes de feu,

S(* croisant en tous sens, brillent dans les ténèbres,

(«omme les veines d'or du mur d'airain des nuits !

Lorsque l'homme effrayé, soulevant les tapis

Qui se froissent sur lui, croit que des cris funèbres

De courir à son or sont venus l'avertir...

Malheur ! Quand la nuit vient, l'homme est fait pour dormir.

11 est certain qu'alors l'Effroi sur notre tête Passe comme le vent sur la, cime des bois, Kt lorstju'à son aspect le cœur manque, il s'arrête, Et saisit aux cheveux l'honmie resté sans voix.

Derrière l'angle épais d'une fenêtre obscure, Tiburce resté seul avançait à grands pas. Aux rayons de la lune une blanche figui-e l*arut à son approche et glissa dans ses bras • « Hélas 1 après deux ans ! » dit-elle, et sa pensée Mourut dans un soupir sur sa lèvre glacée. . .

•. Qiru\ez-\ous, mou ami ? pourquoi ce front chagi'in ? Svpirur, me cachez- vous vos sujets de tristesse ?

\uitkixrj[ négligé de prier ce matin;

l4tr* -«ràpmir, vous souffrez. Le mal qui vous oppivssc*

^ Ml' Muffrir aussi.

— Rien, rien, dit !e vieillard, donc est votre fille? elle descend bien tard.

)ieuduciel 1 Georgina, mon cher tei^eur, voiisaimt, vos chagi'ins la font souffrir comme moi<mème ; ! pleure. 0 Smolen ! qui vous a, cette nuit, t tout à coup ainsi sortir de votre lit? Silence ) disiez-vous ; — et cependant, pensai-je, chemins et les toits sont recouverts de neige, is ! je parle au nom d*une vieille amitié, de vos soixante ans a porté la moitié.

fe suis malade, femme, et rien de plus.

^MaUde?

i ! Smolen est malade, et par cette saison ose son front chauve à l'agitation le nuit de tempête? Et seul, la nuit, s'évade me criant : — h Silence l » — ainsi qu'un assassin l'esprit de malheur conduit à son dessein? , vous êtes malade, ou je suis bien trompée, t le cœur, cher seigneur, le cœur qui souffre en vous. i, mon Dieu ! Pourquoi demander votre épée ? iroulez-vous aller? Seigneur, songez à nous, z-vous dans le deuil laisser votre &mille ?

lien, rien, dit le vieillard. Mais où doue est ma fille? »

Comme avec majesté sur ces roches profondes

Que ririconstante mer ronge éterfiellement,

Du sein des flots émus sort Tastre tout-puissant,

Jeune et victorieux, — seule âme des deux mondes !

L'Océan, fatigué de suivre dans les cieux

Sa déesse voilée au pas silencieux,

Sous les rayons divins retombe et se ))alance.

Dans les ondes sans fin plonge le ciel immense.

La terre lui sourit. — C'est l'heure de prier.

Être sublime ! Esprit de vie et de lumière.

Qui, reposant ta force au centre de la terre.

Sous ta céleste chaîne y restes prisonnier !

Toi, dont le bras puissant, dans l'étemelle plaine.

Parmi les astres d'or la soulève et l'entraîne

Sur la route invisible, où d'un regard de Dieu

Tomba dans l'infini l'hyperbole de feu !

Tu peux faire accourir ou chasser la tempête

Sur ce globe d*argile à Tespace jeté,

D'où vers son Créateur l'homme élevant sa tête

Passe et tombe en rêvant une immortalité ;

Mais comme toi son sein renferme une étincelle

De ce foyer de vie et de force éternelle.

Vers lequel en tremblant le monde étend les bras,

Pri't à s'anéantir, s'il ne l'animait pas!

Son essence à la tienne est égale et semblable.

Lorsque Dieu l'en tira pour lui donner le join*,

}) te fit ininiorrel, et lo fit périssable.

Il te fit solitaire, et lui donna l'amour.

Amour ! torreut divin de la source infinie !

0 dieu d'oubli, dieu jeune, au front pâle et charmant \

Toi que tous ces bonheurs, tous ces biens qu'on envie

Font quelquefois de loin sourire tristement.

Qu'importe cette mer, son calme et ses tempêtes.

Et ces mondes sans nom qui roulent sur nos têtes.

Et le temps et la vie, au cœur qui t'a connu ?

Fils de la Volupté, père des Rêveries,

Tes filles sur ton front versent leui*s fleurs cliéries.

Ta mère en soupirantU'endort sur son sein nu !

A cette heure d'espoir, de mystère et de crainte Où l'oiseau des sillons annonce le matin, Tiburce de la ville avait gagné l'enceinte, Et de son pauvre toit reprenait le chemin. Tout se taisait au loin dans les blanches prairi&<i ; Tout, jusqu'au souvenir, se taisait dans son cœur. Pour la nature et l'homme, ainsi parfois la vie A ses jours de soleil et ses jours de bonheur. C'est une pause, un calme, une extase indicible. Le Temps, ce voyageur qu'une main invisible. D'âge en âge, à pas lents, mène à l'éternité, Sur le bord du chemin, pensif, s'est arrêté.

Ah ! brûlante, brûlante, ô nature ! est la flamme Que d'un être adoré la main laisse à la main. Et la lèvre à la lèvre, et Tâme au fond de Tâme ! Devant tes voluptés, ô Nuit ! c'est le Matin Qui devrait disparaître et replier ses 3l\\e*^

\m POÉSIES.

Pourquoi te réveiller, quand, loin des feux du jour.

Aux accents éloignés de tes sœurs immortelles,

Tes beaux yeux se fermaient dans les bras de l*Amonr f

Que faif-tu, jeune fille, à cette heure craintive?

Lèves-tu ton front pâle au bord du flot dormant.

Pour suivre à l'horizon les pas de ton amant?

La vaste mer, Cîeorgette, a couvert cette rive.

L'écume de ses eaux trompera tes regards.

Tu la prendras de loin pour le pied des remparts

Où de ton bien«*aimé tu crois voir la demeure.

Rentre, cœur plein d*amour ! les vents d'est à cette heure

Glissent dans tes cheveux, et leur souffle est glacé.

Retourne au vieux manoir, et songe au temps passé !

Sous les brouillards légers qui dérobaient la terre,

Tiburce dans les prés s'avançait lentement.

Il atteignit enfin la maison solitaire

Que rougissaient déjà les feux de l'orient. —

Ce fiit à ce moment qu'en refermant sa porte

Il sentit tout à coup un bras lui résister :

u Qui donc lutte avec moi P » dit-il d'une voix forte.

« Homme, dit le vieillard, songez à m'écouter. »

C'est une chose étrange, à cet instant du jour, De voir ainsi les sœurs, au fond de ce vieux cloître. Parler en s'agitant, et passer tour à tour. Tantôt subitement le bniit semble s'accroître.

Puis tout à coup il cesse, et tous pour uu moment Demeurent en silence, et comme dans la crainte De quelque singulier et triste événement. Écoutez ! — écoutez 1 — N'est-ce pas une plainte Que nous venons d'entendre? On dirait une voix Qui souffi>e et qui gémit pour la première fou. Elle sort d'un oâveau que la foule environna* Des pleurs, uu crucifix, des femmei à genoux*., 0 sœurs, ô pâles sœurs ! sur qui donc priez-vous P Qui de vous va mourir? qui de vous abandonne Un vain reste de jours oubliés et perdus ? Car vous, filles de Dieu, vous ne les compte2 plus. Que le sort les épargne ou qu'il vous les demande. Vous attendez la mort dans des habits de deuil'. Et qui sait si pour vous la distance est plus grande, Ou de la vie au cloitre, — ou du cloitre au cercueil?

Inclinée à demi sur le bord de sa couche,

Une femme, — une enfent, faible, mais belle eiieor,

Semble en se débatUmt lutter avec la mort.

Ses bras cherchent dans l'ombre et se tordent. Sa bouche

Fait pour baiser la croix des effoi-ts impuissants.

Elle pleure, — elle crie> — elle appelle à voix haute

Sa mère... — 0 pâles sœurs, quelle fut donc sa faute?

Car ce n^est pas ainsi que l'on meurt à seize ans.

Le soleil a deux fois rendu le jour au monde Depuis que dans ce cloitre un vieillard Pamena. Il regarda tomber sa chevelure blonde.

Lui montra sa cellule, — et puis lui pardonna..

Elle était à geuoux quand il s^éloigna d'elle; Mais eu se relevant uue pâleur mortelle La for<ja de chercher un bras pour s'appuyer, — Et depuis ce moment on n'a plus qu'à prier.

Ah ! priez sur ce lit ! priez pour la mourante ! Si jeune ! et voyez-la, sa main faible et tremblante Vous montre en expirant le lieu de la douleur, — Et, quel que soit son mal, il est venu du cœur.

Savez-vous ce que c'est qu'un cœur de jeuue fille ?

Ce qu'il faut pour briser, ce fragile roseau

Qui ploie et qui se courbe au plus léger fardeau ?

L'amitié, — le repos, — celui de sa famille, —

La douce confiance, — et sa mère, — et son Dieu, —

Voilà tous ses soutiens ; qu'un seul lui manque, adieu !

Ah ! priez. Si la mort, à son heure dernière,

A la clarté du ciel entr'ouvrait sa paupièi*e.

Peut-être elle dirait, avant de la fermer,

Gomme Desdemona • « Tuer pour trop aimer. »>

Il est sous le soleil de douces créatures Sur qui le ciel versa ses beautés les plus pures. Êtres faibles et bons, trop cliarmants pour souffrir, Que rhonune peut tuer, mais qu'il ne peut flétrir. Le Malheur, ce vieillard à la main desséchée, Voit s'incliner leur tête avant qu'il l'ail touchée ; Us veulent ici-bas d'un trône, — ou d'un tombeau.

Telles furent, hélas! bien des infortunées Que dévora la tombe au sortir du berceau,

ue le ciel au bonheur avait prédestinées ; t telle fut aussi celle qui va mourir, éjà le mal atteiut les sources de la vie. peiue, soulevaut sa tête appesautie, a main, sou bras tremblant, peuvent la soutenir, ependant elle cherche, — elle écoute sans cesse ; . travers les vitraux, sur la muraille épaisse, ombe un rayon. — Hélas 1 c'est encore un beau jour, out renaît, la chaleur, la vie et la lumière, il ! c'est quand uu beau ciel sourit à notre terre, lue l'aspect de ces biens qui nous fuient sans retour , ous montre quel déseit emplissait notre amour I

[ais qui ne sait, hélas ! que toujours l'Espérance, es célestes gardiens veillant sur la souffrance, st le dernier qui reste auprès du lit de mort ? étant quelques parfums dans la flamme expirante, it jusqu'à son cercueil emportant la mourante, Ile berce en chantant la Douleur qui s'endoi*t.

i loin qu'à l'horizon son regard peut s'étendre, .'œil de la pauvre enfant sur l'eau s'est arrêté : |uoi ! rien ? murmure-t-elle ; — et que peut-elle attendre ? lais la mort, à pas lents, vient de l'autre côté. l'Océan tout à coup, et le ciel et la terre 'ournent, — tout se confond. — Le fanal solitaire iomme un honmie enivré chancelle. — Ange des cieux ! ['est-ce pas pour toujours qu'elle a fermé les yeux.'

.a grille en cet instant a résonné. — Silence I

[n passe fait entendre, — uu jev\\ve\\OTMSkR.€<s\36A^v«.»

Il est couvert d'un froc. — Tous se sont écartés. Il traverse la foule à pas précipités :

« Mes sœurs, demande-t-il, où donc est la novice f «>

Il Ta vue; un soupir dans Tombre a répondu. Alors, d'un ton de voix qui veut qu'on obéisse : « Georgette, lui dit«il, Georgette, m'entends4u ? »

En prononçant ces mots, le frère se découvre. De la malade alors la paupière s'entr'ouvre ; L'a-t-elle reconnu ? Son œil terne et hagard Est voilé d'un nuage et se perd dans le vide. 11 doute, — sur sou front passe un éclair rapide. « Laissez-nous seuls, dit-il, je suis venu trop tard. »

Le ciel s'obscurcissait. — Les traits de la mourante

S'effaçaient par degrés, sous la clarté tremblante.

Auprès de son chevet le crucifix laisse

De ses débiles mains à terre avait glissé.

Le silence régnait dans tout le monastère,

Un silence profond, — triste, — et que pai* momeut

Interrompait un faible et sourd gémissement.

Sous le rideau du lit courbant son front sévère,

L'étranger immobile écoutait, — regardait; —

Tantôt il suppliait, — tantôt il ordonnait.

On distingua de loin quelques gestes bizarres,

Accompagnés de mots que nul ne saisissait,

Mais qui, prononcés bas, et de plus en plus rares.

Après quelques moments cessèrent tout à fait.

u nom de l'ordre saiut dont il se disait frère, uprès de la malade on Tavait laissé seul... ur le bord de la couche il vit pendre un linceul : Trop tard, répéta-t-il, trop tard! » et sur la terre tomba tout à coup, plein de rage et d*hoiireur.

ommes, vous qui savet eomprendir» k douleur, émir, jeter des fleuri, prier sur une tombe, ensez-vous quelquefois à ce que doit souffrir elui qui voit ainsi Tinfortuné qui tombe t lui tend une main cpi'il ne peut plus saisir? elui qui sur un lit irient pencher son front blême ù les nuits sans sommeil ont gravé leur pâleur, t là, d*un œil ardent, chercher sur ce qu'il aime , omme un signe de vie, un signe de douleur; ui, suspendant ton Ame à cette âme adorée, 'attache à ce rameau cpii va l'abandonner ; ui, maudissant le jour et sa vue abhorrée, ent son cœur plein de vie, et n'eu peut rien donner I

t lorsque la dernière étincelle est éteinte, uand il est resté là, — sans espoir et sans erainte, - Qu'il contemple ces traits, ce calme plein d'horreur, es longs bras amaigris traînant hors de la eouehei e corps frêle et roidi, ces yeux et cette bouche ù le néant ressemble encore à la douleur... soulève une main qui retombe glacée ; t s'il doute, insensé 1 s*il se retourne , il voit a Mort branlant la tête, et lui montrant du doigt 'être pâle , étendu sans vie et sans \mkiii^.

Tout est iiui ; la cendre est rendue à la terre.

Le ministre est jiarti, — peut-être l'attend-on.

Tu t'es évanouie ! ô toi, fleur solitaire !

Il ne reste plus rien, — rien qu'un tombeau sans nom.

Personne n'a suivi sa dépouille mortelle. Aucun pas n'est marqué sur le bord du chemin. Son vieux père est trop faible, et d'ailleurs, privé d'elle. Plus loin encor, peut-être, il la suivra demain.

Descends donc, pauvre fille, en la tombe ignoi*ée,

Sous ta pierre mal jointe et d'herbes entourée !

Cette terre est fertile, et va bientôt fleurir

Sur le débris nouveau qu'elle vient de couvrir. . .

0 lerre ! toi qui sais sous la tombe muette

Garder si bien les moits que l'Océan rejette,

Quand ton sein, fécondé par la corruption.

Redemande la vie à la destruction,

Qu'cs-tu donc qu'un sépulcre immense, et dont l'emblème

Est le serpent roulé qui se ronge lui-même ?

— Mais vous, rêves d'amour, rires, propos d'enfaiit, Et toi, charme inconnu dont rien ne se défend, Qui fis hésiter Faust au seuil de Marguerite, Doux mystère du toit que l'innocence habite, (^andeur des premiers jours, qu'êtes-vous devenus.^ —

Paix profoude à tou âme, enfant 1 à ta mémoire ! Adieu ! Ta blanche main sur le clavier d'ivoire Durant les nuits d'été ne voltigera plus...

Glisse au sein de la nuit, beau brick de i*Espératice !

Terre d'Ecosse, adieu ! Glisse, fils des forêts!

— Que l'on tienne les yeux, que l'on veille de près

Sur ce jeune homme en deuil qui seul, dans le silence,

De la poupe, eu chantant, se penche sur les flots.

Ses yeux sont égarés. Deux fois les matelots

L'ont reçu dans leurs bras, prêt à perdre la vie.

Et cependant il chante, et l'oreille est ravie

Des sons mystérieux qu'il mêle au bruit des vents.

a Lesaule... — aupied du saule... » — il parle comme en rêve.

(( Barbara ! — Barbara ! » Sa voix baisse, s'élève.

Et des flots tour à tour suit les doux mouvements.

— Enfants, veillez sur lui ! — la force l'abandonne ! Sa voix tombe et s'éteint, — pourtant il chante encor. Quel peut être le mal qui cause ainsi sa mort ? Couchez-le sur un lit, enfants, la mer est dure I

— Enseigne, répondit la voix des matelots, Sou manteau recouvrait une large blessure,

D'où son sang goutte à goutte est tombé dans les flots.

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