‹ PoésiesChapitre 30 sur 142 · LES VOEUX STÉRILES · texte numérisé non relu

LES VOEUX STÉRILES

Puisque c'est ton métier, misérable poëte,

Même en ces temps d'orage, où la bouche est muette.

Tandis que le bras parle, et que la fiction

Disparaît comme un songe au bruit de l'action ;

Puisque c'est ton métier de fûre de ton âme

Une prostituée, et que, joie ou douleur,

Tout demande sans cesse à sortir de ton cœur,

Que du moius l'histrion, couvert d'un masque tufàme,

N'aille pas, dégradant ta pensée avec lui,

Sur d'ignobles tréteaux la mettre au pilori ;

Que nul plan, nul détour, nul voile ne l'ombrage.

iVbandonne aux vieillards sans force et sans courage

Ce travail d'araignée, et tous ces fils honteux

Dont s'entoure en tremblant l'orgueil qui craint les yeilx»

Point d'autel, de trépied, point d'arrière aux proftn«6 !

Que ta muse, brisant le luth des courtisanes,

Fasse vibrer sans peur l'air de la liberté ;

Qu'elle marche pieds nus, comme la Vérité*

0 Machiavel ! tes pas retentissent encore

Dans les sentiers déserts de San-Gasciauo.

Là, sous des cîeux ardents dont l'air sèche et dévore,

Tu cultivais en vain un sol maigre et sans eau.

LES VÛBUX STÉRILES.

Ta maip, ||is«e le aoir d'avoir cramé la terre. Frappait ton pAle iront dam le calme dei nuit^. Là, tu fug san« eipoir, aana procbe», aana amû } La vile oisiveté, 011e de la migère, A ton ombre en tous lieux se traînait lentement, Et buvait daqs ton cœur les flota pun de ton sang : « Qui suis«je? écrivaîMu) qu'on me donne une pients, tt Une roche à rouler ( c'est la paix des tombeaux (( Que je fuis, et je tends des bras las du repos. »

C'est ainsi, Machiavel, qu'avec toi je m'écrie : 0 médiocrité, celui qui pour tout bien T'apporte à ce tripot dégoûtant de la vie, Est bien poltron au jeu, s'il ne dit : Tout ou rien.

Je suis jeune ; j'arrive. A moitié de ma route, Déjà las de marcher, je me su|s retourné. La science de Thomme est le mépris sans doute ; C'est un droit de vieillard qui ne m'est*pas donné ; Mais qu'en dois-je penser ? Il n'existe qu'un être Que je puisse en entier et constamment connaître, Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi, Un seul !... Je le méprise. — Et cet être, c'est moi.

Qu'ai-je fait? qu'ai-je appris? — Le temps est si rapide ! L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin; Il le croit infini, n'eu voyant pas la fin. Tout à coup il rencontre une source limpide, H s'arrête, il se penche, il y voit un V\«\\\vc^.

Que me dirai-je alors? Quand j*aurai &it mes peiues, Quand on m'entendra dire : Hélas ! il est tft>p tard ; Quand ce sang, qui bouillonne aujourd'hui dans mesvein* Et s'irrite en criant contre un lâche repos, S'arrêtera, glacé jusqu*au fond de mes os. . . -0 vieillesse ! à quoi donc sert ton expérience ? Que te sert, spectre vain, de te courber d'avance • Vers le commun tombeau des hommes, si la mort Se tait en y rentrant, lorsque la vie en sort ? N 'existait-il donc pas à celte loterie Un joueur par le sort assez bien abattu Pour que, me rencontrant sur le seuil de la vie, II me dît en sortant : N'entrez pas, j'ai perdu !

Grèce, ô mère des arts, terre d'idolâtrie. De mes vœux insensés éternelle patrie, J'étais né pour ces temps où les fleurs de ton front Couronnaient dans les mers l'azur de l'Hellespout. Je suis un citoyen de tes siècles antiques; Mon âme avec l'abeille erre sous tes portiques. La langue de ton peuple, ô Grèce, peut mourir ; Nous pouvons oublier le nom de tes montagnes ; Mais qu'en fouillant le sein de tes blondes campagne» Nos regards tout à coup viennent à découvrir Quelque dieu de tes bois, quelque Vénus perdue. . . La langue que parlait le cœur de Phidias Sera toujours vivante et toujours entendue ; Les marbres l'ont apprise, et ne l'oublieront pas. Et toi, vieille Italie, où sont ces jours tranquilles Oh sous le toit des cours Rome» avait abrité

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», ces dieux amis, fils de l'oisiveté ? tes peintres alors s'en allaient par les villes, : des palais, des tombeaux, des autels, hants, honorés, dieux parmi les mortels ; tout, à leur parole, enfantait des merveilles, Rome combattait Venise et les Lombards, 'étaient des temps bienheureux pour les arts ! tait Michel-Ânge, affaibli par les veilles,

milieu des morts, un scalpel à la main, ant la vie au fond de ce néant humain, de temps en temps sa tête appesantie, 3ter un regard de colère et d'envie palais de Rome, où, du pied de l'autel, ivaux de loin souriait Raphaël, tait le Gorrége, homme pauvre et modeste, lant pour son cœur, laissant à Dieu le reste ; rgione, superbe, au jeune Titien nt du sein des mers son beau ciel vénitien ; lomé, pensif, le front dans la poussière,

son jeune cœur sur un autel de pierre, gé tout bas sur l'art par Raphaël, lant sa réponse à lui montrer le ciel... heureux, temps aimés ! Mes mains alors peut-être, !hes mains, pour vous auraient pu s'occuper ;^ jourd'hui, pour qui ? dans quel but? sous quel maître ? e est un marchand, et Fart est un métier, e simulacre, une vile copie, it sous le soleil ardent de l'Italie... ivres ont un an, nos gloires ont un jour ; t mort en Europe, — oui, tout, — j|\\?«\\^«i Vw^w^"^*

Ah ! qui que voua aoyei> vout qu'un fotal génie Pousse à oe malheureux métier de poésie. Rejetez loin de vous, ehasseMiioi hardiment Toute sincérité, gardes que l'on ne voie Tomber de votre eœur quelques gouttes de sang ; Sinon, vous apprendrez que la plus eourte joie Goûte cher, que le sage est ami du repos. Que les indifférents sont d'excellents bourreaux.

Heureux, trois fois heureux, l'homme dont la pensée Peut s*écrire au tranchant du sabre ou de l'épée ! Ah! qu*il doit mépriser ces rêveurs insensés Qui, lorsqu'ils Qot pétri d'une fange sans vie Un vil fantôme, un songe, une froide effigie, S'arrêtent pleins d'orgueil, et disent : C'est assez 1 Qu'est la pensée, hélas I quand l'action commence? L'une recule où Vautre intrépide s'avauce. Au redoutable aspect de la réalité.

Celle-ci prend le fer, et s'apprête à combattre ; Celle-là, frêle idole, et qu'un rien peut abatti*e, Se détourne, en voilant 909 front inanimé.

Meurs, Weber ! meurs courbé sur ta harpe muette , Mozart t'attend. » Et toi, misérable poëte, Qui que tu sois, enfant, homme, si ton cœur bat, Agis 1 Jette ta lyre ; au combat, au combat 1 Ombre des temps passés, tu n'es pas de cet âge. Entend-on le nocher chanter pendant l'orage? A l'action ! au mal ! Le bien reste ignoré. ADons ] cherche un égal à des maux sans remède.

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