‹ PoésiesChapitre 37 sur 142 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Ni ce moine rêveur, ni ce vieux charlatan, N'ont deviné pourquoi Mariette est mourante. Elle est frappée au coBur, la belle indifférente ; Voilà son mal, — elle aime. — Il est cruçl pourtant De voir entre les mains d'un cafard et d'un Ane Mourir cette superbe et jeune courtisane. Mais chacun a son jour, et le sien est venu ; Pour moi, je ne crois guère à ce mal inconnu. Tenez, — la voyez-vous, seule, au pied de ces arbi'ei, Chercher Tombre profonde et la fraîcheur des marbre*;, Et plonger dans le bain ses membres en sueur? Je gagerais mes os qu'elle est frappée au cœur. Regardez : — o^ett îoi, soiu ces longues charmilles, Qu*hier encor, dans ses bras, loin des rayons du jour, Ont pAli les enfants des plus nobles familles. Là s'exerçait dans l'ombre un redoutable amour ( Là, cette Messaline ouvrait ses bras rapaces Pour changer en vieillards ses frêles favoris, Et, répandant la mort sous des baisers vivaees, Buvait avec fureur ses éléments chéris, L'or et le sang. —

Hélas ! c'en est fait, Mariette !

Maintenant te voilà solitaire et muette. Tu te mires dans Teau ; sur ce corps si vanté Tes yeux cherchent en vain ta fatale beauté. Va courir maintenant sur les places publiques. Tire par leurs manteaux tes amants magnifiques. Ceux qui, l'hiver dernier, t!ont bâti ton palais, T'enverront demander ton nom par leurs valets. Le médecin s'éloigne en haussant les épaules ; Il soupire, et se dit que l'art est impuissant. Quant au moine stupide, il ne sait que deux rôles, L'un pour le criminel, l'autre pour l'innocent ; Et, voyant une fenmie en silence s'éteindre. Ne sachant s'il devait ou condamner ou plaindre. D'une bouche tremblante il les a dits tous deux. Maria ! Maria ! superbe créature.

Tu seras ce chasseur imprudent que les dieux Aux chiens qu'il nourrissait jetèrent en pâture.

Sous le tranquille abri des citronniers en fleurs, L'infortunée endort le poison qm la mine ; Et, connue Madeleine, on voit sur sa poitrine Ruisseler les cheveux ensemble avec les pleurs.

Était-ce un connaisseur eu matière de femme

Cet écrivain q\n dit que, lorsqu'elle sourit.

Elle vous trompe; elle a pleuré toute la nuit?

Ah ! s'il est vrai qu'un œil plein de joie et de flamme,

Une bouche riante, et de légers propos,

Cachent des enrs amers et des nuits do sanglots ;

OCTAVE

S'il est vrai que l'acteur ait l'âme déchirée Quand le masque est fardé de joyeuses couleurs, Qu'est-ce donc quand la joue est ardente et plombée, Quand le masque lui-même est inondé de pleurs ? Je ne sais si jamais l'étemelle justice A du plaisir des dieux fait un plaisir permis ; Mais, s'il m'était donné de dire à quel supplice Je voudrais condamner mpn plus fier ennemi. C'est toi, pâle souci d'une amour dédaignée, Désespoir misérable et qui meurs ignoré, Oui, c'est toi, ce serait ta lame empoisonnée Que je voudrais briser dans un cœur abhorré ! Savez-vous ce que c'est que ce mal solitaire? Ce qu'il faut en souffrir seulement pour- s'en taire? Pour que toute une mer d'angoisses et de maux Demeure au fond du crâne, entre deux faibles os?...

Kt comment voudrait-il, l'insensé, qu'on le plaigne? Sois méprisé d'un seul, c'est à qui t'oubliera. D'ailleurs, l'inexorable orgueil n'est-il pas là ? L'orgueil, qui craint les yeux, et, sur son front qui saigne, Retient, comme César, jus({ue sous le couteau. De ses débiles mains les plis de son manteau ?

Sur les flots engourdis de ces mers indolentes , Le nonchalant Octave, insolemment paré.

Ferme et soulève, au bruit des valses turbulentes, Ses yeux, ses beaux yeux bleus, qui n'ont jamais pleuré. C'est un chétif enfant; — il commencée paraître. Personne juscfu'ici ne l'avait aperçu.

Ou raconte qii*uu jour, au pied de sa feiiéti-e,

La belle Mariette en gondole l'a vu.

Une vieille ce soir l'arrête à son passage :

« Hélas! a-t-elle dit d'une tremblante voix,

Elle voudrait vous voir une dernière fois. »

Mais Octave, à ces mots, découvrant son visage,

A laissé voir un front où la joie éclatait :

« Mariette se meurt I est<on sûr qu'elle meut*e P

Dit-il. — Le médecin lui donne encore une heure.

— Alors, réplique-t-il, porte-lui ce billet. » -

Il écrivit ces mots du bout de son stylet :

(t Je suis femme, Maria ; tu m'avais offensée.

« Je puis te pardonner^ puisque tu meurs par moi.

(( Tu m'as vengée! adieu. — Je suis la (lancée

n De Petniccio Balbi qui s'est noyé pour toi. »

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