‹ PoésiesChapitre 38 sur 142 · GENTILHOMME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

GENTILHOMME FRANÇAIS

VOUS, race des dieux, phalange incoiTuptible,

icteurs bi*evetés des morts et des vivants ;

rte-clefs éternels du moût inaccessible,

indés, guédésy bridés, confortables pédants!

armaciens du bon goût, distillateurs sublimes,

iils vraiment immortels, et seuls autorisés ;

i, d'un bras dédaigneux, sur vos seins magnanimes,

:ouant le tabac de vos jabots usés,

ez toussé, — soufflé, — passé sur vos lunettes

: parement brossé pour les rendre plus nettes,

, d*une main soigneuse ouvrant l'in-octavo,

lis partialité, sans malveillance aucune,

lis vouloir faire cas ni des ha ! ni des bo !

ez lu posément — la Ballade à la lune I ! !

îtres, maîtres divins, où Irouverai-je, hélasj^ 1 fleuve où me noyer, une corde où me pendre, ur avoir oublié de faii*e écrire au ba& *.

Le public est prié de ne pas se méprendre. Chose si peu coûteuse et si simple à présent, Et qu'à tous les piliers ou voit à chaque instant ! Ali ! poveroy ohimà! — Qu'a pensé le beau sexe ? Ou dit, maîtres, on dit qu'alors votre sourcil, En voyant cette lune, et ce point sur cet i, Prit l'effroyable aspect d'un accent circonflexe !

Et vous, libres penseurs, dont le sobre dîner

Est un conseil d'État, — immortels journalistes ! ■

Vous qui voyez eucor, sur vos antiques listes,

En*er de loin en loin le nom d'un abonné !

Savez- vous le Pater, et les péchés des a\itres

Ont-ils grâce à vos yeux, quand vous comptez les vôtres?-

— 0 vieux sir John Falstaff ! quel rire eût soulevé

Ton lai^e et joyeux corps, gonflé de vin d'Espagne,

Eu voyant ces buveurs troublés par le Champagne,

Pour tuer une mouche apporter un pavé !

Salut, jeunes champions d'une cause un peu vieille. Classiques bien rasés, à la face vermeille. Romantiques barbus, aux visages blêmis ! Vous qui des Grecs défunts balayez le rivage. Ou d'un poignard sanglant fouillez le moyen âge, Salut ! — J'ai combattu dans vos camps ennemis. Par cent coups meurtriers devenu respectable. Vétéran, je m'assois sur mou tambour crevé. Racine, rencontrant Shakspearc sur ma table. S'endort près de Boileau qui leur a pardonné.

PENSEES DE UAFAEL.

Mais toi, 0101*31 troupeau, dont la docte cervelle S'est séchée eu silence aux leçons de Thénard, Enfants régénérés d'une mère immortelle, Qui savez parler vers, prose et naïf dans l*arty 0 jeunesse du siècle! intrépide jeunesse I Quitteras-tu pour moi le Globe ou les Débats? Lisez un paresseux, enfants de la paresse. . . Muse, reprends ta lyre, et rouvre-moi tes bras

France, -ô mon beau pays ! J'ai de plus d'uu outrage Offensé ton céleste, harmonieux langage, Idiome de l'amour, si doux qu'à le parler . Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire ; Le miel le plus doré qui sur la triste lyre De la bouche et du cœur ait jamais pu couler ! Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère, Me pardonneras-tu ? Serai-je digne encor De faire sous mes doigts vibrer la harpe d'or? Ce ne sont plus les fils d'une terre étrangère Que je veux célébrer, ô ma belle cité ! Je ne sortirai pas de ce bord enchanté Où, près de ton palais, sur ton fleuve penchée. Fille de l'Occident, un soir tu t'es couchée...

Lecteur, puisqu'il faut bien qu'à ce mot redouté Tôt ou tard, à présent, tout honnête homme eu vienne, C'est, après le dîner, une faiblesse humaine Que de dormir une heure en attendant le thé. Vous le savez, hélas ! alors que les gazettes Ressemblent aux greniers dans les temps Ae Ol\?«\.\ss.,

Ou lui-sque, \mr malheur, on a, sans y (Hîiiseï:, Ouvert quelque pamphlet fatal à l'iusoi^uie, Quelques Mémoires sur *** — Essai de poésie,.. — 0 livres précieux ! serait-ce vous blesser Que (le poser sou frout sur vos célestes pages, Taudis que du calice embaumé de l'opium, Comme uue goutte d'eau qu'apportent les orages, Tombe ce fruit des cieux appelé somnium? Depuis un grand quart d'heure, incliné sur sa chaise, Rafaël (mon héros) sommeillait doucemei^t^ Remarquez bien, lecteur, et ne vous en déplaise. Que c'est tout l'opposé d'un héros de roman. Ses deux bi-as sont croisés ; — uue ample redingote, Simplicité touchante, enfeme sous ses plis Sou corps plus délicat qu'un menton de dévote, Et ses membres veimeils jiar le bain assouplis. Dans ses cheveux, huilés d'un baptême à la rose. Le zéphyr mollement l)alance ses pieds nus. Et son barbet grognon, qui près de lui reposé, Supporte fièrement ses deux pieds étendus ; Tandis qu'à ses côtés, sous le vase d'albâtre Où dort dans les glaçons.le boui^gogne mousseux. Le pudding entamé, de sa flamme bleuâtre. Salamandre joyeuse, égayé encor les yeux. Son parfum, qui se mêle au tabac de Turquie, Croise autour des lambris son brouillard azuré, Qui s'eufuit comme un songe, et s'éteint par degré

Trois cigares le soir, quand le jeu vous ennuie, Sont un moyen divin pour mettre à mort le temps.

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