XV
on idéal, c'est lui. — Quoi qu'il dise ou qu'il fasse, l se regarde vivre, et s'écoute parler, lar il faut que demain on dise, quand il passe : Cet homme que voilà, c'est Robert Lovelace. » LUtour de ce mot-là le monde peut rouler; \ est l'axe du monde, et lui permet d'aller.
ivec lui ni procès, ni crainte, ni scandale. [ jette un drap mouillé sur son père qui râle; 1 rôde, en chuchotant, sur la pointe du pied, fn amant plus sincère, à la main plus loyale, *eut serrer une main trop fort, et l'effrayer; fais lui, n'ayez pas peur de lui, c'est son métier.
XVIH lui pourrait se vanter d'avoir surpris son âme ? .'étude de sa vie est d'en cacher le fond... In en parle, — on en pleure, — on en rit,— qu'en voit-on ? luelques duels oubliés, quelques soupirs de femme , luelque joyau de prix sur une épaule infâme ^ Quelque croix de bois noir sur un totnVveav\ ?aw* tiowi. /. ^'i
Mais comme tdat le Uit dès qu'il vient à paraître 1 Clarisse raperçolt^ et eommenee à sonffirir. Gomme il est beau ! bnUant ! comme il s'annonce en maître I Si Clarisse s'indigne et tarde à consentir, n dira qu'il ae tue, — il se tuera peut-être;' — Mais Clarisse aime mieuiL le sauver, et mourir.
C'est le roué sans cœur, le spectre à double hce, A la patte de tigre, aux serres de vautour, Le roué sérieux qui n'eut jamais d'amour; Méprisaut la douleur comme la populace; Disant au genre humain de hii laisser son jour, — Et qui serait César, s'il n'était Lovelace.
Ne lui dmnandez pas s'il est heureux on non ; Il n'en sait rien lui-même, il est ce qu'il doit être. II meurt silencieux, tel que Dieu l'a fait naître. L'antilope aux yeux bleus est plus tendre peut-être Que le roi des forêts ; mais le lion répond Qu'il n'est pas antilope, et qu'il a nom : lion.
Voilà l'homme d'un siècle, et l'étoile polaire Sur qui les écoliers fixent leurs yeux ardents, L'homme dont Robertson fera le commentaire, Qui donnera sa vie à lire à nos enfants. Ses crimes noirciront un large bréviaire. Qui brûlera les mains et les cœurs de vingt ans.
lant au roué français, au don Juan ordinaire, re, riche, joyeux, raillant l'homme de pierre, ! demandant partout qu'à trouver le vin bon , niant monsieur Dimanche, et disant à sou père l'il serait mieux assis ponr lui faire un sermon, est l'ombre d*un roué qui ne vaut pas Yalmont.
en est un plus grand, plus beau, plus poétique, le personne n'a fait, que Mozart a rêvé, l'Hoffmaun a vu passer, au son de la musique, tus un éclair divin de sa nuit fantastique, Imirable portrait qu'il n*a point achevé, : que de notre temps Shakspeare aurait trouvé.
1 jeune homme est assis au bord d'une prairie,
tnsif comme l'amour, beau comme le génie ;
. maîtresse enivrée est prête à s'endormir.
vient d'avoir vingt ans, son cœur vient de s'ouvrir ;
imeau tremblant encor de l'arbre de la vie,
)mbé, comme le Christ, pour aimer et souffrir.
i voilà se noyant dans des larmes de femme, îvant cette nature aussi belle que lui ; ■essant le monde entier sur son cœur qui se pâme, lible, et, comme le lierre, ayant besoin d'autrui ; ne le cachant pas, et suspendant son âme, >mme un luth éolien, aux lèvres de la Nuit.
Le Yoilà demandant pourquoi son cœur soupire, Jurant, les yeux en pleurs, qu'il ne désire rien ; Caressant sa maitresse, et des sons de sa lyre Égayant sou sommeil comme un ange gardien ; Tendant sa coupe d'or à ceux qu'il voit sourire, Voulant voir leur bonheur pour y chercher le sien.
Le voilà, jeune et beau, sous le ciel de la France, Déjà riche à vingt ans comme un enfouisseur; Portant sur la nature un cœur plein d'espérance, Aimant, aimé de tous, ouvert comme une fleur; Si candide et si &ais que l'ange d'innocence Baiserait sur son front la beauté de son cœur.
Le voilà, regardez, devinez-lui sa vie.
Quel sort peut-on prédire à cet enfant du ciel ? L'amour en l'approchant jure d'être étemel ; Le hasard pense à lui , — la sainte poésie Retourne en souriant sa coupe d'ambroisie Sur ses cheveux plus doux et plus blonds que le miel.
Ce palais, c'est le sien ; — le cerf et la campagne
Sont à lui ; — la forêt, le fleuve et la montagne
Ont retenu son nom en écoutant l'écho.
C'est à lui le village, et le pâle troupeau
Des moines. — Quand il passe et traverse un hameau,
Le bon ange du lieu se lève et l'accompagne.
NÂMOUN SS:
Quatre filles de priuce out demandé sa Biain. Sachez que s'il voulait la reine pour maîtresse, Et trois palais de plus, il les aurait demain ; Qu'un juif deviendrait chauve à ccnnpter sa richesse, Et qu'il pourrait jeter, sans que rien en paraisse. Les blés de ses moissons aux oiseaux du chemin.
Eh bien ! cet homme-là vivra dans lés tavernes Entre deux charbonniers autour d'un poêle assb; Lia poudre noircira sa barbe et ses sourcils; Vous le verrez un jour, tremblant et les yeux ternes, Venir dans son manteau dormir sous les lanternes, La hce ensanglantée et les coudes noircis.
Vous le verrez sauter sur l'échelle dorée. Pour courir dans un bouge au sortir d'un boudoir. Portant sa lèvre ardente à la prostituée. Avant qu'à son balcon done Elvire éplorée, Dans la profonde nuit croyant eucor le voir, Ait cessé d'agiter sa lampe et son mouchoir.
Vous le verrez, laquais pour une chambrière, Cachant sous ses habits son valet grelottant ; Vous le verrez, tranquille et froid coowie une pierre, Pousser dans les ruisseaux le cadavre d'un père. Et laisser le vieillard traîner ses mains d& ««»% Sur des murs chauds encor du \\o\ de «(^w csiW^'«
Que direz-vous alors ? Âh ! vous croirez peiU-étre Que le monde a blessé ce cœur vaste et hautain, Que c'est quelque Lara qui se sent méconnaître, Que rhomme a mal jugé, qui sait ce qu'il peut éti-e, Et qui, s'apercevant qu'il le serait en vain , Rend haine contre haine, et dédain pour dédain
Eh bien • vous vous trompez. — Jamais personne au mon( N'a pensé moins que lui qu'il était oublié. Jamais il n'a frappé sans qu'on ne lui réponde ; Jamais il n'a senti l'inconstance de l'onde. Et jamais il n'a vu se dresser sous son pié Le vivace serpent de la fausse amitié.
Que dis-je ? tel qu'il est, le monde l'aime encore ; Il n'a perdu chez lui ni ses biens ni son rang. Devant Dieu, devant tous, il s'asseoit à son banc. Ce qu'il a fait de mal, personne ne l'ignore; On connaît son génie, on l'admire, on l'honore , — Seulement, voyez-vous, cet homme, c'est don Juan .
Oui, don Juan. Le voilà, ce nom que tout répète, Ce nom mystérieux que tout l'univers prend. Dont chacun vient parler, et que nul ne comprend ; Si vaste et si puissant qu'il n'est pas de poète Qui ne l'ait soulevé dans son cœur et sa tète, Et pour Va\o\T lente ne soil reslé ^lus çiaud.
Insensé que je suis 1 que fais-je ici moi-même ! Était-ce donc mon tour de leur parler de toi , Grande ombi'e, et d'où viens-tu pour tomber jusqu'à moi ? C'est qu'avec leui's horreurs, leur doute et leur blasphème. Pas un d'eux ne t'aimait, don Juan ; et moi, je t'aime Comme le vieux Blondel aimait son pauvre roi.
Oh ! qui me jettera sur ton coursier rapide ! Oh ! qui me prêtera le manteau voyageur. Pour te suivre en pleurant, canidide corrupteur ! Qui me déroulera cette liste homicide.
Cette liste d'amour si remplie et si vide. Et que ta main peuplait des oublis de ton cœur!
Trois mille noms charmants ! trois mille noms de femme ! Pas un qu'avec des pleurs tu n'aies balbutié ! Et ce foyer d'amour qui dévorait ton âme , Qui, lorsque tu mourus, de tes veines de flamme Remonta dans le ciel comme un ange oublié. De ces trois mille amours pas un qui l'ait noyé !
EUe^ t'aimaient pourtant, ces filles insensées Que sur ton cœur de fer tu pressas tour à tour ; Le vent qui t'emportait les avait traversées; Elles t'aimaient, don Juan, ces pauvres délaissées Qui couvraient de baisers l'ombi-e de ton axno\xY^ Qui le ôouDaieut leur vie, et qui u^avaieuV c^^vav \v»m\
Mais toi, spectre énervé, toi, que faisais-tu d'elles ? Ah! massacre et malheur! tu les aimais aussi, Toi I croyai^t toujours voir sur tes amoui*s nouvelles Se lever le soleil de tes nuits étemelles , Te disant chaque soir . « Peut-être le voici, » Et l'attendant toujours, et vieillissant ainsi !
Demandant aux forêts, à la mer, à la plaine, Aux brises du matin, à toute heure, à tout lieu, La femme de ton âme et dé ton premier vœu ! Prenant pour fiancée un rêve, une ombre vaine, Et fouillant dans le cœur d'aune hécatombe humaine, Prêlre désespéré, pour y chercher ton Dieu.
Et que voulais-tu donc? — Voilà ce que le monde Au bout de trois cents ans demande encor tout bas. Le sphinx aux yeux perçants attend qu'on lui réponde. Ils savent compter Theure, et que leur terre est ronde, Ils marchent dans leur ciel sur le bout d'un compas , Mais ce que tu voulais, ils ne le savent pas.
(c Quelle est donc, disent-ils, cette femme inconiuie, Qui seule eût mis la main au fi-ein de son coursier ? Qu'il appelait toujoiu's et qui n'est pas venue? Où l'avait-il trouvée? où l'avait-il perdue? Et quel nœud si puissant avait su les lier, (Jite, D'ayant pu venir, il n'ait pu l'oublier?
NÀMOUNA.
N'en était-il pas une, ou plus noble, ou plus belle, Parmi tant de beautés, qui, de loin ou de près, De son vague idéal eût du moins quelques traits? Que ne la gardait-il ! qu'on nous dise laquelle. » Toutes lui ressemblaient, — ce n'était jamais elle ; Toutes lui ressemblaient, don Juan, et tu marchais !
Tu né t'es pas lassé de parcourir la terre ! Ce vain fantôme, à qui Dieu t'avait envoyé. Tu n'en as pas brisé la forme sous ton pié ! Tu n'es pas remonté, comme l'aigle à son aire Sans avoir sa pâture, ou comme le tonnerre Dans sa nue aux flancs d'or, sans avoir foudroyé !
Tu n'as jamais médit de ce monde stupide Qui te dévisageait d'un regard hébété; Tu l'as vu, tel qu'il est, dans sa difformité; Et tu montais toujours cette montagne aride, Et tu suçais toujours, plus jeune et plus avide, Les mamelles d'airain de la Réalité.
Et la vierge aux yeux bleus, sur la souple ottomane , DaiLs ses bras parfumés te berçait mollement ; De la fille de roi jusqu'à la paysanne Tu ue méprisais rien, même la courtisane, A qui tu disputais son misérable amaul; Mineur, qui dans un puits cherchais u\\ d\«m»A\V
Tu parcourais Madrid, Paris, Naple et Floi-ence; Graud seigneur aux (lalais, voleur aux carrefours; Ne comptaut ni l'argent, ni les nuits, ni les joui-s ; Apprenant du passant à chanter sa romance ; Ne demandant à Dieu, pour aimer l'existence, Que ton large horizon et tes larges amours.
LU Tu retrouvais partout la vérité hideuse, Jamais ce qu'ici-bas cherchaient tes vœux ai'deiits. Partout l'hydre éternel qui te montrait les dents ; Et poursuivant toujours ta vie aventui^use, Regardant sous tes pieds cette mer orageuse. Tu te disais tout lias : n Ma perle est là-dedans. »
LUI Tu mourus plein d'espoir dans ta route inûuie, En te souciant peu de laisser ici-bas Des larmes et du sang aux traces de tes pas. Plus vaste que le ciel et plus grand que la vie. Tu perdis ta beauté, ta gloire et ton génie Pour un être impossible, et qui n'existait pas.
Et le jour que parut le convive de pieiTC, Tu vins à sa rencontre, et lui tendis la main ; Tu tombas foudroyé sur ton dernier festin : Symbole merveilleux de l'homme sur la terre, Cherchant de ta main gauche à soulever ton verre, ylhandounant ta droite à celle du Destin !
linleiiaiit, c'est à loi, lecteur, de leconuaitre uis quel gouffre saus fond peut descendre ici-bas î rêveur insensé qui voudrait d'un tel maître, ne dirai qu'un mot, et tu le comprendras : ! que don Juan aimait, Hassan l'aimait peut-être ; î que don Juan cherchait, Hassan n'y croyait pas.