‹ PoésiesChapitre 78 sur 142 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

où ?ais-jc ? — où suis-Jc ?

Classiqttes français»

Je jure devant Dieu que mon unique euvie Était de raconter une histoire suivie.

Le sujet de ce conte avait quelque douceur, Et mon héros peut-être eût su plaire au lecteur. J'ai laissé s'envoler ma plume avec sa vie, En voulant prendre au vol les rêves de sou cœur.

Je reconnais bien là ma tactique admirable. Dans tout ce que je fais j'ai la triple vertu D'être à la fois trop court, trop long, et décousu. Le poëme et le plan, les héros et la fable. Tout s'en va de travers, comme sur laie table Un phi cuit d'un côté, pendant que l'autre est cru.

NÂMOUNA. 3G5

Le théâtre à coup sûr n*était pas mon affaire. Je vous demande un peu quel métier j'y ferais, Et de quelle façon je m'y hasarderais, Quand j'y vois trébucher ceux qui, dans la carrière, Debout depuis vingt ans sur leur pensée altière. Du pied de leurs coursiers ne doutèrent jamais.

Mes amis à présent me conseillent d'en rire, De couper sous l'archet les cordes de ma lyre, Et de remettre au vert Hassan et Namouna. Mais j'ai dit que l'histoire existait, — la voilà. Puisqu'en son temps et lieu je n'ai pas pu l'écrire. Je vais la raconter; l'écrira qui voudra.

Un jeune musulman avait donc la manie D'acheter aux bazars deux esclaves par mois. L'une et l'autre à son lit ne touchait que trois fois. Le quatrième jour^ l'une et l'autre bannie. Libre de toute chaîne, et la bourse garnie, Laissait la porte ouverte à quelque nouveau choix.

11 se trouva du nombre une petite fille Enlevée à Cadix ehez un riche marchand. Un vieux pirate grec l'avait trouvé gentille. Et comme il connaissait quelqu'un de sa famille, La voyant au logis toute seule en passant, 11 l'avait à son brick emportée en causant.

Hassan toute sa vie aima les Espagnol&s. Celle-ci l'enchanta, — si bien qu'en la quittant, Il lui donna lui-même un sac plein de pistoles, Par-dessus le marché quelques douces paroles,. Et voulut la conduire à boi*d d'un bâtiment Qui pour son cher pays partait par un bon vent.

Mais la pauvre E^agnole au cœur était blessée. Elle le laissait faire et n'y comprenait rien. Sinon qu'elle était belle, et qu'elle l'aimait bien. Elle lui répondit : « Pourquoi m'as-tu chassée? Si je te déplaisais, que ne m'as-tu laissée.»^ N'as-tu rien dans le cœur de m'avoir pris le mien ? >»

Elle s'en fut au port, et s^assit en silence Tenant son petit sac, et n'osant murmurer. Mais quand elle sentit sur cette mer immense Le vaisseau s'émouvoir et les vents soupii-er, Le cœur lui défaillit, et, perdant l'espérance, Elle baissa son voile et se prit à pleurer.

Il arriva qu'alors six jeunes Africaines

Entraient dans un bazar, les bras chargés de chaînes.

Sur les tapis de soie un vieux juif étalait

Ces beaux poissons dorés, pris d'un coup de filet.

La foule trépignait, les cages étaient pleines,

Et la chair marchandée au soleil se tordait.

îuble hasard Hassan vint à paraître, se leva, s'en fut trouver le vieux :

blonde, dit-elle, et je pourrais peut-être •e un peu plus cher avec de faux cheveux, e voudrais pas qu'on pi\t me reconnaître, noi les sourcils, le visage et les yeux. »

mme autrefois Constance pour Camille, son poiguard et coupa ses habits, -moi maintenant, dit-elle, et, pour le prix, 1 parlerons pas. » Ainsi la pauvre fille endre sa chaîne aux barreaux d'une grille, pter son cœur aux yeux qui l'avaient pris.

érité ne m'était pas sacrée, irais qu'Hassan racheta N amouna ; de son amant le juif la ramena ; connut trop tard cette tête adorée ; douce nuit qu'elle avait espérée, * prix de ses maux le ciel la lui donna.

lirais surtout qu'Has«an dans cette affaire e tôt ou tard la femme avait sou \o\vc ,

ats POÉSIES.

Et que Tainoiir de soi ne vaut pas l'autre amour. Mais le hasard peut tout, — et ce qu'on lui voit faire Nous a souvent appris que le bonheur sur terre Peut n'avoir qu'une nuit, comme la gloire un jour.

Décembre itst.

Fllf DIS PEIMIERES POESIES

PARIS. — IMPRIMERIE A. LAlNÊ ET J. UAVARO

rue des Saints-Pères, 19.

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