LUCIE
Mes chers amis, quaud je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré,
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai.
Un soir, nous étions seuls, j'étais assis près d'elle.
Elle penchait la tète, et sur son clavecin
Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
Ce n'était qu'un murmure : on eût dit les coups d'aile
D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux.
Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux.
Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
Les marronniers du parc et^es chênes antiques
Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
Nous écoutions la nuit ; la croisée entr'ouverte
Laissait venir à nous les parfums du printoiips ;
Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
Nous étions seuls, pensifs, et nous avious c^v\vl<& ^\v^>
Je regardais Lucie. — Elle était pà\e el YAowAfc.
im POÉSIES.
Jamais deux yeux plus doux n*ont du ciel le plus pi Sondé la profondeur et réfléchi l'azur.
Sa beauté m'enivrait ; je n*aimais qu*elle au monde Mais je croyais l'aimer comme on aime une sœur, Taut ce qui venait d*elle était plein de pudeur ! Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sie Je regardais rêver son front triste et charmant, Et je sentais dans l'Ame, à chaque mouvement, Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur, Jeunesse de visage et jeunesse de cœur. La lune, se levant dans un ciel sans nuage, D'un long réseau d'argent tout à coup l'inonda . Elle vit dans mes yeux resplendir sou image ; Son sourire semblait d'un ange : elle chanta.
Fille de la douleur. Harmonie ! Harmonie ! Langue que pour l'amour inventa le génie ! Qui nous vins d'Italie, et qui lui vins des deux ! Douce langue du cœur, la seule où la pensée. Cette vierge craintive et d'une ombre offensée. Passe en gardant son voile et sans cri^indre les yeux Qui sait ce qu'un enfant peut entendre et peut dire Dans tes soupirs divins, nés de l'air qu'il respire. Tristes comme son cœur et doux comme sa voix.^ On surprend un regard, une larme qui coule; Le reste est im mystère ignoré de la foulé, Comme celui des flots, de \a nu\t ex ^^4 \io\%\
LUCIE. (k5
tus étions seuls, pensifs; je regardais Lucie.
?cho de sa romance en nous semblait frémir.
le appuya sur moi sa tète appesantie.
Qtais-tu dans ton cœur Desdemona gémir,
uvre en&nt.' Tu pleurais; sur ta bouche adoi^ée
1 laissas tristement mes lèvr^ se poser, ce fut ta douleur qui reçut mon baiser.
Ile je t*embrassai, froide et décolorée,
Ue, deux mois après, tu fus mise au tombtau ;
lie, à ma chaste fleur ! tu t*es évanouie, mort fut un sourire aussi doux que ta vie, tu fus rapportée à Dieu dans ton berceau.
ux mystère du toit que Tinnocence habite, lansons, rêves d*amour, rires, propos d'enfant« toi, charme inconnu dont rien ne se défend, li fis hésiter Faust au seuil de Marguerite, ndeur des premiers jours, qù*étes-vous devenus ? ix profonde à ton àme, enfant! à ta mémoii*e! ieu I ta blanche main sur le clavier d'ivoire, rant les nuits d'été, ne voltigera plus. . .
Mes chers amis, quand je mourrai.
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré,
La pâleur m'en est douce et chère.
Et son ombre sera légère
 la terre où je dormirai.
QUI AVAIT KlfVOYE , PAR PLUSATTERIE , Uîf PETIT F.Cl A i; AUTEUR
Vous m*envoyez, belle Emilie, Un poulet bien emmaillotté ; Votre main discrète et polie L'a soigneusement cacheté.
Mais l'aumône est un peu légère, Et, malgré sa dextérité, Cette main est bien ménagère Dans ses actes de charité.
C'est regarder à la dépense Si votre offrande est un paiement.
Et si c'est une récompense, Vous n'aviez pas besoin d'argent.
A l'avenir, belle Emilie, Si votre cœur est généreux, Aux pauvres gens, je vous en prie.
Faite l'aïunône avec vos yeux.
Quand vous trouverez le mérite, Et quand vous voudrez le payer.
Souvenez-vous de Marguerite Et du poète Alain Chartier.
n ctah bien laid, dît Thistoire, hk dame était fiUe de roi ; Je sois bien obligé de croire Qu*il fiôsait mieux les vers qiK" moi.
Mais si ma plume est peu de chose, Mon cœur, bêlas! ne ^ut |)ii.« mieux ; Fût-ce même pour de la prose, Vos cadeaux sont trop dangereux.
Que votre charité timide Garde son argent et sou or, Car en ouvrant votre main vide, Vous pouvex donner un Irésor.
LA MUSE, Poêle, prends ton luth, et me donne un baiser; La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore. Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ; Et la bergeronnette, en attendant l'aurore, Aux premiers buissons verts commence à se poser. Poëte, prends ton luth, et me donne un baiser.
LE POËTE
Gomme il fait noir dans la vallée!
J'ai cru qu'une forme voilée Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie; Son pied rasait l'herbe fleurie ; C'est une étrange rêverie; Elle s'efface et disparaît.
LA MUSE, Poëte, prends Ion luth; la nuit, sur la pelouse, Balance le zéphyr dans son voile odorant. La rose, vierge encor, se referme jalouse Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant. Écoule] tout se lait; songe à ta bien-aimée.
LÀ NUIT DE MAI. Ui
soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée rayon du couchant laisse un adieu plus doux, soir, tout va fleurir : l'immortelle nature remplit de parfums, d'amour et de murmure, mme le lit joyeux de deux jeunes époux.
LE POETE
Pourquoi mon cœur bat-il si vite ?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite Dont je me sens épouvanté?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte M'éblouit-elle de clarté? Dieu puissant! tout mon corps frissonne. Qui vient? qui m'appelle? — Personne.
Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ; 0 solitude ! ô pauvreté !
LA MUSE
ëte, prends ton luth ; le vin de la jeunesse rmente cette nuit dans les veines de Dieu, m sein est inquiet; la volupté l'oppresse, les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu. paresseux enfant! regarde, je suis belle, tre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas, and je te vis si pâle au toucher de mon aile, que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ? i ! je t'ai consolé d'une amère souffrance ! las ! bien jeune encor, tu te mourais d'amour, nsole-moi ce soir, je me meurs d'espérance; ii besoin àe prier pour vivre jusqxVaw \our. //. K
LE POÈTE
Est-ce toi dont la voix in*appeUe, 0 ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
0 ma fleur I 6 mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle Où vive encor l'amour de moi !
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde, C'est toi, ma maîtresse et ma sœur !
Et je sens, dans la nuit profonde.
De ta robe d'or qui m'inonde Les rayons glisser dans mon cœur.
LA MUSE
Poëte, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle, Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux, Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle, Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux. Viens, lu souffres, ami. Quelque ennui solitaire Te ronge, quelque chose a gémi dans ton cœur ; Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur tenf Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur. Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensi Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées ; Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu. Éveillons au hasard les échos de ta vie. Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie, El que ce soit un rêve, et le premier venu Inventons quelque part des lieux où l'on oublie ; Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. Voici la verte Ecosse et la brune Italie,
la Grèce, ma mère, où le miel est si doux, ■gos, et Ptéléon, Tille des hécatombes,
Messa, la divine, agréable aux colombes ;
le front chevelu du Pélion changeant;
le bleu Titarèse, et le golfe d'argent d montre dans ses eaux, où le cygne se mire, L blanche Oloossone à la blanche Gamyre. 5-moi, quel songe d'or nos chants vont-ils bercer ? où vont venir les pleurs que nous allons verser ? i matin, quand le jour a frappé ta paupière, lel séraphin pensif, courbé sur ton chevet, «ouait des lilas dans sa robe légère, : te contait tout bas les amours qu'il rêvait ? [ianteron»-nous l'espoir, la tristesse ou la joie? 'emperons-nous de sang les bataillons d'acier? ispendrons-nous l'amant sur l'échelle de soie? tterons-nous au vent l'écume du coursier? irons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre s la maison céleste, allume nuit et jour huile sainte de vie et d'étemel amour?
rierons-nous à Tarquin : a II est temps; voici l'ombn^ ! » 3Scendrons-nous cueillir la perle au fond des mers ? ènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers? ontrerons-nous le ciel à la Mélancolie ? livrons-nous le chasseur sur les monts escarpés? i biche le regarde ; elle pleure et supplie ; i bniyère l'attend ; ses faons sont nouveau-nés ; se baisse, il l'égorgé, il jette à la curée jr les chiens en sueur son cœur en cor vivant, eiudrous-nous une vierge à la joue emYovvcv^^'^>
S'en allant à la messe, un page la suivant,
Et d'un regard distrait, à c6té de sa mère.
Sur sa lèvre entr'ouverte oubliant sa prière ?
Elle écoute en tremblant, dans l'écho du pilier,
Résonner l'éperon d'un hardi cavalier.
Dirons-nous aux héros des vieux temps de la France
De monter tout armés aux créneaux de leurs tours,
Et de ressusciter la naïve romance
Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours?
Vêtirons-nous de blanc une molle élégie?
L'homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie.
Et ce qu'il a fauché du troupeau des humains
Avant que l'envoyé de la nuit étemelle
Vînt sur son tertre vert l'abattre d'un coup d'aile,
Et sur son cœur de fer lui croiser les deux mains?
Clouerons-nous au poteau d'une satire altière
Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire.
Qui, poussé par la faim, du fond de son oubli,
S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance,
Sur le front du génie insulter l'espérance.
Et mordre le laurier que son souffle a sali ?
Prends ton luth ! prends ton luth ! je ne peux plus me tair
Mon aile me soulève au souffle du printemps.
Le vent va m'emporter ; je vais quitter la terre.
Une larme de toi ! Dieu m'écoule ; il est temps.
LE POETE
S'il ne le faut, ma sœur chérie, Qu'un baiser d'une lèvre amie Et qu'une larme de mes yeux,
Je te les donnerai sans peine ; De nos amours qu'il te souvienne, .
Si tu remontes dans les cieux.
Je ne chante ni Tespérance, Ni la gloire; ni le bonheur, Hélas I pas même la souffrance.
La bouche garde le silence Pour écouter parler le cœur.
LA MUSE
irois-tu donc que je sois comme le vent d'automne,
lui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
X pour qui la douleur n'est qu'une goutte d'eau ?
► poëte ! im baiser, c'est moi qui te le donne.
l'herbe que je voulais arracher de ce lieu,
l'est ton oisiveté; ta douleur est à Dieu.
|uel que soit le souci que ta jeunesse endure,
idisse-la s'élargir, cette sainte blessure
lue les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur ;
lien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
fais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poëte, •
{ue ta voix ici-bas doive rester muette.
jCs plus désespérés sont les chants les plus beaux,
li j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
jorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
)ans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
\es petits affamés courent sur le rivage
Ml le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
)cjà, croyant saisir et partager leur proie,
h courent à leur père avec des cris de jo\c
bU POÉSIES.
Eu secouant leurs becs sur leurs goitres hideux. Lui, gagnant à pas lents une roche élevée De son aile pendante abritant sa couvée, Pécheur mélancolique, il regarde les cieux. Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouveite; En vain il a des mers fouillé la profondeiu* : L'Océan était vide et la plage déserte; Pour toute nourriture il apporte son cœur. Sombre et silencieux, étendu sur la pierre. Partageant à ses fils ses entrailles de père, Dans son amour sublime il berce sa douleur, . Et, regardant couler sa sanglante mamelle, Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigué de mourir dans un trop long supplice, I! craint que ses enfants ne le laissent vivant ; Alors il se soulève, ouvre son aile au vent. Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage, 11 pousse dans la nuit un si funèbre adieu. Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que le voyageur attardé sur la plage, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu. Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. lis laissent s'égayer ceux qui vivent un temps; Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées, De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur. Ce n'est pas un concert à dilaler Ve tœwc.
^urs déclamations sont comme des épées : Hles tracent dans l'air un cercle éblouissant, fais il y pend toujours quelque goutte de sang.
LE POÈTE
0 Muse ! spectre insatiable, Ne m'en demande pas si long.
L'homme n'écrit rien sur le sable A l'heure où passe l'aquilon.
J'ai Yu le temps où ma jeunesse Sur mes lèvres était sans cesse Prête à chanter comme un oiseau ; Mais j'ai souffert un dur martyre, Et le moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre, La briserait comme un roseau.
Mai isstf.
Je ne fais i>as grand cas des hommes politiques ; Je ne suis pas l'amant de nos places publiques, On n'y fait que brailler et tourner à tous vents. Ce n'est pas moi qui cherche, aux iritres des boutiques Ces placards éhontés, débaucheurs de passants, Qui tuaient la pudeur dans les yeux des enfants.
Que les hommes entre eux soient égaux sur la terre,
Je n'ai jamais compris que cela pût se faire.
Et je ne suis pas né de sang républicain ;
Je n'ai jamais été, Dieu merci, pamphlétaire ;
Je ne suis pas de ceux qui font mentir leur faim.
Et dans tous les égouts vont s'enfournant du pain.
Pour être d'un parti j'aime trop la paresse, Et dans aucun haras je ne suis étalon. Ma muse, vierge encor, n'a rien d'écrit au front. Je n'ai servi que Dieu, ma mère et ma maîtresse. Et par quelque sentier qu'ait passé ma jeunesse, Aucun gravier fangeux ne lui traîne au talou.
J'ai fléchi le genou sur la dalle sanglante, Chaude et tremblante encor d'un meurtre surhumain, Quand de joie et d'horreur la France palpitante Vit un père et ses fils se tenant par la main, Â travers les éclairs d'une muraille ardente, Passer en souriant, conduits par le Destin.
J'ai prié, j'ai pleuré, moi, fils d'un siècle impie, Le jour qu'à Notre-Dame, aux pieds du Dieu sauveur, Une reine, une mère, 6 fatale grandeur f Vint, la tête baissée, et par les pleurs maigrie. Prier pour ses enfants l'auge de la patrie. Et rendre grâce à Dieu, pâle encor de terreur.
Que la liberté sainte engendre la licence. C'est un mal, je le sais; et de tous les fléaux Le pire est qu'un bandit soit bâtard d'un héros. C'est un ardent soleil que celui de la France, Son immense clarté projette une ombre immense : Dieu voulut qu'un grand bien fit toujours de grands maux.
Oui, c'est la vérité, le théâtre et la presse Étalent aujourd'hui des spectacles hideux, Et c'est en pleine rue à se boucher les yeux. Un vil mépris de tout nous travaille sans cesse ; L^ muse, de nos temps, ne se fait plus çrélT^iiiA^ Biais bacchante; et le monde a dégrade se« divcvxiL.
VIU Oui, c'est la vérité qu'à peiue émaiici[>ée, L'intelligence humaine, hier esclave encor, A pris à tire-d'aile un monstrueux essor. Nos hommes ont souillé leur plus vaillante épée, La parole, cette arme an sein de Dieu trempée, Dont notre siècle au flanc porte la lame d*or.
Oui, c'est la vérité, la France déraisonne ; Elle donne aux badauds, comme à Lacédémoue, Le spectacle effrayant d'un esclave enivré C'est que nous avons bu d'un vin pur et sacré, Et, joyeux vigneron qu'un pampre vert couronne, Nous vendangeons encor d'un pas mal assuré
Mais morbleu ! c'est un sourd ou c'est une statue. Celui qui ne dit rien de la loi qu'on nous fait ! Messieurs les députés ne visent qu'à l'effet. Eh ! pour l'amour de Dieu, si votre âme est émue, Soyez donc trivial, conune on l'est dans la rue; La Bruyère Ta dit : celui-là s'y connaît.
Une loi sur la presse ! ô peuple gobe-mouche ! La loi, pas vrai ? quel mot ! comme il emplit la bouche ! Une loi maternelle et qui vous tend les bras ! Une loi, notez bien, qui ne réprime pas, Qui supprime! Une loi, conune sainte ni touche^ Une petite loi qui marche à petits pas !
^ue channaute loi, pleine de couTeuanœ,
Qui couvre tous les seins que Ton ne saurait voir !
Vous pouvez tout écrire en toute confiance ;
Votre intention seule est ce qu'on veut savoir.
Hien que l'intention! Voyez qudle indulgence !
La loi flaire un écrit; s'il sent mauvais, bonsoir!
XI II Avez^vous insulté par quelque raillerie Les hauts représentants, de la société ? Médites-vous d'un pair ou bien d'un député? L'offense la plus grave a droit de seigneurie; Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.
Avez-vous comparé dans quelque théorie L'état de république avec la royauté?
Âvez*vous &it un rêve, et dit à la patrie Ce que pour elle un jour vous auriez souhaité? Les pairs vous jugeront, s'il plait à la pairie ; Sinon, c'est le pays, refoit et recompté.
Avez*vous quelque place, ou bien quelque industrie, Dont les jours de juillet vous aient déshérité ? D'un vieux maître banni serviteur regretté, Osez-vous à l'exil foire une flatterie?
Les pairs vous jugeront, s'il plait à la pairie*^ Sinon, c'est le pays, refoit et recom\flê.
oe poCsiBS.
N'aurieioTOUS pas construit, pour qudque espièglerie, Au fond d'une campagne ou d'une métairie, Un théâtre forain sur deux tréteaul^ planté ? Les pairs tous jugeront, s'il platt k la pairie. Sinon, c'est le pays, refoit et recompté ; Et TOUS verrei le bât dont vous serei bâté!
Mais monsieur le ministre a dit à la tribune Que l'art était perdu, que le goût s'en allait; Que sa loi, pour la scène, était ce «pi'il fdiâit ; Qu'autrefois l'éloquence était cboae comnnine, Mais qu'en France, aujourd'hui, l'on n'en yoijni aucune, Et la chose, à l'ouïr, parut claire en effet.
Je voudrais bieu savoir, pour la rendre plus daire , Ce que c'est que ce goût dont on nous p!arle tant. Le goût ! toujours le goût I — Lorsque j'étais euGint, J'avais un précepteur qui m'en disait autant. Je vois bien trois mille ans depuis la mort d'Homère; Mais depuis trois mille ans, je ne vois sur la terre
Qu'uu seul siècle k de goût » qu'on appelle le grand.
C'est celui de Boileau, c'est celui de Corneille.
Mais enfin, monsieur Thiers, cette terre est bien vimlle ;
Que ce siècle soit beau, soit grand, c'est à merveille, .
Et je n'en dirai pas de mal assurément ;
Quand le diable y serait, ce u'enesl <\\i'uu^^uxtAni.
Est-ce une loi pour tous qu'un siècle dans Thistoire? Parce que trois pédants m*ont forci la mémoire De je ue sais quels vers, à contre-cœur appris, N'cst-il pour moi qu'un siède, et pour moi qu'un pays? Eh ! s'il est glorieux, qu'il dorme dans sa gloire, Ce siècle de malheur 1 c'est du mien que je suis.
Dans quel temps vivons-nous, voyons, je vous en prie ? Vivons-nous sous Louis quatorzième du nom ? Alors portons perruque, allons à Trianon, Soyons des fleurs d'amour et de galanterie ; Enfin, décidez-vous, monsieur Thiers, ou sinon. Laissez-nous être &u monde et vivre notre vie.
Serait-ce par hasard que ce « goût » si vanté Passerait à vos yeux pour quelque vieil usage ? Ne le croiriez^vous pas de la Grèce apporté? Cela pourrait bien être, et vous pensez, je. gage, Que ce goût merveilleux, dont vous faites tapage, Vient de la vénérable et sainte antiquité.
L'an de la quatre-vingt-cinquième olympiade (C'était, vous le savez, le temps d'Alcibiade, Celui de Périclès, et celui de Platon) , Certain vieillard vivait, vieillard assez maussade... Mais vous le connaissez, et vous savez son nom : C'était Aristophane, ennemi de C\èou.
Lisez-le, monsieur Thiers, c*est un rude génie ; Il avait peu de grâce, et de goût nullement. On le voyait le soir, devant TAcadémie, Poser sa large main sur sa tempe blanchie, A l'ombre du smilax et du peuplier blanc. Le siècle qui Ta vu, s'en est appelé grand.
Quand son regard perçant fixait la face humaine , Pour fouiller la pensée, il allait droit un cœur. Mais il n'en montrait rien qu'un sourire moqueur. Jusqu'au jour où lui-même à la face d'Athène, Tout barbouillé de lie, il montait sur la scène. Attaquait un archonte, et revenait vainqueur.
XXWl Il nommait par leur nom les choses et les hommes. Ni le bien, ni le mal, pour lui n'était voilé ; Ses vers, au peuple même au théâtre assemblé, De dures vérités n'étaient point économes, Et s'il avait vécu dans le temps où nous sommes, A propos de la loi peut-être eût-il parlé.
(t Étourdis habitants de la vieille Lutèce, Dirait-il, qu'avez-vous, et quelle étrange ivresse Vous fait dormir debout.^ Faut-il prendre un bâton? Si vous êtes vivants, à quoi pensez-vous donc? Pendant que vous dormez, on bâillonne la presse. Et la chambre en travail enfante une prison. »
Il bannissait jadis, au temps de barbarie; l'exil était pire ou mieux que récbafaud , ne sais ; mais, du moins, sur les mers de la vie
1 laissait l'exilé devenir matelot.
îla semblait assez de perdre sa patrie.
lintenant avec l'homme on bannit le cachot.
eu juste ! nos prisons s*en vont en colonie ! ne m'étonne pas qu'on civilise Al§^r.
is pauvres musulmans ne savaient qo'égorger; lis nous, notre océan porte à Philadelphie le rare merveille^ une plante inouïe, le nous ferons germer sur le sol étranger.
îgardez, regardez, peuples du nouveau monde ! apercevez-vous rien sur votre mer profonde ? î vient-il pas à vous, du bout de l'horizon, 1 cétacé énorme, au triple pavillon?
)us ne devinez pas ce qui se meut sur l'onde, est la première fois qu'on lance une prison.
ifants de l'Amérique, accourez au rivage ! inez voir débarquer, superbe et pavoisé, 1 supplice nouveau par la mer baptisé.
)s monstres quelquefois nous arrivent en cage ; înez, c'est votre tour, et que l'homme sauvage xe ses yeux ardents sur l'homme appmo\&è.
XXXI.l Voyei*TOus en forçati que de cette machiné On tire deux à deux pour les dœoiidre k bord? Les YO]feE-¥oaf y fiévreux, et le fcmet sur l'échiné , Glisser sur leur boulet dans les sables du port? Siiivex4es, suivei-les, le monde est en ruine ; Car le génie humain a fidt pis que la mort.
Qu'ont-ils fidt, dires-YOUS, pour un pareil supplice? Ont-ils tué leurs rois, ou renvtosé leurs dieux ? Non. Ds ont comparé deux esclaves entre eux; Ils ont dit que Solon comprenait la justice Autrement qu'à Paris les préfets de poUce, Et qu'autrefob &k Grèce il fut un peuple heureux.
Pauvres gens ! c'est leur crime ; ils aiment leur pensée, Tous ces pâles rêveurs au langage inconstant. On ne fera d'eux tous qu'un cadavre vivant. Passez, Américains, passez, tête baissée; Et que la liberté, leur triste fiancée. Chez vous, du moins, au front les baise en arrivant!
Août |tS4*
LE POETE
Du temps que j'étais écolier, Je restais un soir à veiller Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir Un pauvre enfant vêtu de noir, Qui me ressemblait comme un frère.
Son visage était triste et beau :
À la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lira.
Il pencha son front sur ma main, Et resta jusqu'au lendemain, Pensif, avec uu doux sourire.
Comme j'allais avoii* quiuze ans, le marchais un jour, à pas lents»
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir Un jeune homme vêtu de noir, Qui me ressemblait conmie \m ltèv«*
oc POÉSIES.
Je lui demaiidai num ^^hftmîn • n tenait un luth d^one main»
De l'autre un bouquet d'églantine Il me fit un salut d'ami, Et, se détournant à demi, Me montra du do^ la colline.
A Tàge où Ton croit à l'amour.
J'étais seul dans ma chambre un jour.
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint 8*aiBeoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un itère.
Il était morue et soucieux ; D'une main il montrait les cieux, Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir, Mais il ne poussa qu'un soupir, Et s'évanouit comme un rêve.
A l'âge où l'on est libeitiu,
Pour boire uu toast en un festin,
Un jour je soulevai mou verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressem)>lait comme un frère.
Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre eu \am\)«A>\^
Sur sa tète uu myrte stérile.
Sou bras maigre cherchait le mien, Et mou verre, eu touchant le sieu, Se brisa dans ma main débile.
Uu an après, il était nuit.
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Ses yeux étaient noyés de pleurs ; Connue les anges de douleurs, 11 était couronné d'épine ; Son luth à terre était gisant, Sa pourpre de couleur de sang, Et son glaive dans sa poitrine.
Je m'en suis si bien souvenu.
Que je l'ai toujours reconnu A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon.
J'ai vu partout cette ombre amie.
Lorsque plus tard, las de souffrir.
Pour renaître ou pour en finir.
J'ai voulu m'exiler de Fraucfi\ Lorsgu 'impatient de maxcViet)