‹ PoésiesChapitre 82 sur 142 · POÉS1E · texte numérisé non relu

POÉS1E

J'ai voulu partir, et chercher Les vestiges d'une espérance ;

A Pise, au pied de l'Apennin; A Cologne, en face du Rhin; A Nice, au penchant des vallées; A Florence, au fond des palais; A Brigues, dans les vieux chalets; Au sein des Alpes désolées ;

A Gènes, sous les citronniers; A Vevay, sous les verts pommiers; Au Havre, devant l'Atlantique; ' Venise, à l'affreux Lido, Où vient sur l'herhe d'un tombeau Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux, J'ai lassé mon cœur et mes yeux, Saignant d'une éternelle plaie; Partout où le boiteux Ennui, Traînant ma fatigue après lui^ M'a promené sur une claie;

Partout où, sans cesse altéré

De la soif d*un monde ignoré.

J'ai suivi l'ombre de mes songes $

Partout où, sans avoir vécu,

J'ai revu ce que j'avais vu,

La face humaine et ae» me\^aoiv%<» \

Partout où, le long des chemins, J'ai posé mon front dans mes mains.

Et sangloté comme une femme ; Partout où j*ai, comme un mouton, Qui laisse sa laine au buisson, Senti se dénuer mon âme;

Partout où j'ai voulu dormir, Partout où j*ai voulu mourir.

Partout où j'ai touché la terre.

Sur ma route est venu s'asseoir Un malheureux vêtu de noir.

Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu^ toi que dans cette vie

Je vois toujours sur mon chemin ?

Je ne puis croire, à ta mélancolie.

Que tu sois mon mauvais Destin.

Ton doux sourire a trop de patience,

Tes larmes ont trop de pitié.

En te voyant, j'aime la Providence.

Ta douleur même est sœur de ma souffrance ;

Elle ressemble à V Amitié.

Qui donc es»tu? — Tu n'es pas mon bon ange,

Jamais tu ne viens m'avertir.

Tu vois mes maux (c'est une chose étrange!),

Et tu me regardes souffrir.

Depuis vin^ am tu marches daiv» mti nov^^

Et Je ne aurais t'appeW.

Qui donc es-tu, si c'est Dieu qui t*en¥oie? Tu me souris sans partager ma joie, Tu me plains sans me consoler 1

Ce soir encor je t*ai vu m'apparaître.

C'était par une triste nuit.

L'aile des vents battait à ma fenêtre;

J^étais seul, courbé sur mon lit.

}\ regardais une place chérie,

Tïède eticor d'un baiser brûlant ; Kt je songieais comne la femme oublie, Va je sentais un lambeau de ma vie,

Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille.

Des cheveux, des déltris d*amour.

Tout ce ]ïassé rae criait à l'oreille

Se» éternels serments d'un jour.

Je contemplais ces reliques sacrées.

Qui me faisaient trembler la main :

^;!^^W«^«s du cœnr par le cœur dévorées, '^'\ ^\w les yeux (pii les avaient pleui-ées

ÎSV i-econnaîtront plus demain !

' 4..i,i\vJK>))|)ais dans un morceau de bure ^f^x ^^ùnes des jours heureux.

)v iur.».(j^U qu'ici-bas ce qui dure, (..'«^ V^MO mèche de cheveux.

V .»umu' u|^ ttJiwigeur dans une mer profonde, Jv^ii^ \iti^\m dans \awV à'o\\\A\.

LA NUIT DE DÉCEMBRE. Il

De tous côtés j'y retournais la sonde, Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde, Mon pauvre amour enseveli.

J'allais poser le sceau de cire noire

Sur ce fragile et cher trésor.

J'allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire.

En pleurant j'en doutais eucor.

Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée.

Malgré toi, tu t'en souviendras !

Pourquoi, grand Dieu! mentir à sa pensée? Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,

Ces sanglots, si tu n'aimais pas?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures;

Mais ta chimère est entre nous.

Eh bien, adieu ! Vous compterez les heures

Qui me sépareront de vous.

Partez, partez, et dans ce cœur de glace

Emportez l'orgueil satisfait.

Je sens encor le mien jeune et vivace. Et bien des maux pourront y trouver place

Sur le mal que vous m'avez fait.

Partez, partez! la Nature immortelle

N'a pas tout voulu vous donner.

Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,

Et ne savez pas pardonner!

Allez, allez, suivez la destinée*,

Qui yous perd n'a pas towV ^\^\\.

Jetez au vent notre amour consumée ; — Ëtemel Dieu I toi que j'ai tant aimée, Si tu pars, pourquoi m'aimes-tu?

Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre

Une forme glisser sans bruit.

Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre ;

Elle vient s'asseoir sur mon lit.

Qui donc es-tu, morne et pâle visage,

Sombre portrait vêtu de noir?

Que me veux-tu, triste oiseau de passage? Est-ce un vain rêve? est-ce ma propre image

Que j'aperçois dans ce miroir?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse.

Pèlerin que rien n'a lassé?

Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse

Assis dans l'ombre où j'ai passé.

Qui donc es-tu, visiteur solitaire,

Hôte assidu de mes douleurs?

Qu'as-lu donc fait pour me suivre sur terre ? Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère.

Qui n'apparais qu'au jour des pleurs?

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