LA VISION
— Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l'ange gardien.
Ni le mauvais destin des hommes .
Ceux que j'aime, je ne sais ^*
De qiiel côté s'en vont leurs pas Sur ce peu de fange où nous sommes.
Je ne suis ni dieu ni démon, Et tu m'as nommé par mon nom Quand tu m'as appelé ton frère ; Où tu vas, j'y serai toujours, Jusques au dernier de tes jours, Où j^irai m'asseoir sur ta pierre.
Le ciel m'a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur, Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ; Mais je ne puis toucher ta main, Ami, je suis la Solitude
, Novembre issb
Lorsque le grand Byron allait quitter Ravenne Et chercher sur les mers quelque plage lointaine Où finir en héros son immortel ennui, Comme il était assis aux pieds de sa maîtresse, Pâle, et déjà tourné du côté de la Grèce, Celle qu'il appelait alors sa Guiccioli Ouvrit un soir un livre où l'on parlait de lui.
Avoz-vous de ce temps conservé la mémoire,
Lamartine, et ces vers au prince des proscrits,
Vous souvient-il encor qui les avait écrits ?
Vous étiez jeune alors, vous, notre chère gloire.
Vous veniez d'essayer pour la premièi-e fois
Ce beau luth éploré qui vibre sous vos doigts.
La Muse que le ciel vous avait fiancée
Sur votre front rêveur cherchait votre pensée,
Vierge craintive encore, amante des lauriers.
Vous ne connaissiez pas, noble fils de la France,
Vous ne connaissiez pas, sinon par sa souffrance,
Ce sublime orgueilleux à qui vous écriviez.
De quel droit osiez-vous l'aborder et le plaindre.^
Quel aigle, Ganymède, à ce dieu vous portait?
PressentieZ'Wm qu'un jour vous \e i^owttwi. «xWxtv^x^ ,
Celui qaï de si haut alors vous élcoutait?
Non, vous aviez vingt ans, et le cœur vous battait.
Vous aviez lu Lara, Manfred, et le Corsaire^
Et vous aviez écrit sans essuyer vos pleurs;
Le souffle de Byron vous soulevait de terre,
Et vous alliez à lui, porté par ses douleurs.
Vous appeliez de loin cette âme désolée ;
Pour grand qu'il vous parût, vous le sentiez ami,
Et, comme le torrent dans la verte vallée,
L'écho de son génie en vous avait gémi.
Et lui, lui dont l'Europe, encore tout armée,
Écoutait en tremblant les sauvages concerts ;
Lui qui depuis dix ans fuyait sa renonmiée«
Et de sa solitude emplissait l'univers ;
Lui, le grand inspiré de la Mélancolie,
Qui, las d'être envié, se changeait en martyr ;
Lui, le dernier amant de la pauvre Italie,
Pour son dernier exil s'apprêtant à partir ;
Lui qui, rassasié de la grandeur humaine.
Comme un cygne, à son chant sentant sa mort prochaine,
Sur terre autour de lui cherchait pour qui mourir...
Il écouta ces vers que lisait sa maîtresse,
Ce doux salut lointain d'un jeune homme inconnu.
Je ne sais si du style il comprit la richesse ;
Il laissa dans ses yeux sourire sa tristesse :
Ce qui venait du cœur lui fut le bienvenu.
Poëte, maintenant que ta muse fideVe,
Par ton pudique amour sûre d'être VtaxûwVe^'î,
De la verveine en fleur t*a couronné le front,
A ton tour, reçois-moi comme le grand Byron.
De t'égaler jamais je n*ai pas Tespérance ;
Ce qiie tu tiens du ciel, nul ne me Ta promis,
Mais de ton sort au mien plus grande est la distance,
Meilleur en sera Dieu qui peut nous rendre amis.
Je ne t'adresse pas d*inutiles louanges,
Et je ne songe point que tu me répondras ;
Pour être proposés, ces illustres échanges
Veulent être signés d'un nom que je n'ai pas.
J'ai cm pendant longtemps que j'étais las du monde;
J'ai dit que je niais, croyant avoir douté.
Et j'ai pris, devant moi, pour une nuit profonde
Mon ombre qui passait pleine de vanité.
Poëte, je t'écris pour te dire que j'aime,
Qu'un rayon de soleil est tombé jusqu'à moi,
Et qu'en un jour de deuil et de douleur suprême,
Les pleurs que je versais m'ont fait penser à toi.
Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse, Ne sait par cœur ce chant des amants adoré. Qu'un soir, au bord d'un lac, tu nous as soupiré? Qui n'a lu mille fois, qui ne relit sans cesse Ces vers mystérieux où parle ta maîtresse. Et qui n'a sangloté sur ces divins sanglots. Profonds comme le ciel et purs comme les flots? Hélas! ces longs regrets des amours mensongères, Ces ruines du temps qu'on trouve à chaque pas. Ces sillons infinis de lueurs éphémères, Qui peut se dire un homme, et ne les coww«X\ ^^ç.*?
LETTllE A LAMARTINE. 77
Quiconque aima jamais porte une cicatrice; Chacun Ta dans le sein, toujours prête à s'ouvrir; Chacun la garde en soi, cher et secret supplice, Et mieux il est frappé, moins il en veut guérir. Te le dirai-je, à toi, chantre de la souffrance, Que ton glorieux mal, Je Tai souffert aussi? Qu^un instant, comme toi, devant ce ciel immense, J'ai seiTé dans mes bras la vie et l'espérance. Et qu'ainsi que le tien, mou rêve s'est enfui? Te dirai-je qu'un soir, dans la brise embaumée, Endormi, comme toi, dans la paix du bonheur. Aux célestes accents d'une voix bieu-aimée , J'ai cru sentir le temps s'arrêter dans mon cœur? Te dirai-je qu'un soir, i-esté seul sur la terre, Dévoré, comme toi, d'uu affreux souvenir, Je me suis étonné de ma propre misère. Et de ce qu'un enfant peut souffrir sans mourii'P Âh ! ce que j'ai senti dans cet instant terrible, Oserai-je m'en plaindre et te le raconter? Comment exprimerai-je une peine indicible? Après toi, devant toi, puis-je encor le tenter? Oui, de ce jour fatal, plein d'horreur et de chai'Hiesi Je veux fidèlement te faire le récit; Ce ne sont pas des chants^ ce ne sont que des larmes, Et je ne te dirai que ce que Dieu m*a dit;
Lorsque le laboureur, regagnant sa chaumière, Trouve le soir son champ rasé par le tonnerre, Il croit d'abord qu'un rêve a fasciné 8te& ^«xiiSl^ Et, doutant de iuj-méme, interroge \fts cifcVx^»
Partout la uuit est sombre, et la terre euflammée. 11 cherche autour de lui la place accoutumée Où sa femme l'atteud sur le seuil entr*ouvert; 11 voit uu peu de cendre au milieu d'uu désert. Si's enfauts demi-uus sortent de la bruyère. Et viennent lui conter comme leur pauvre mère Est morte sous le chaume avec des cris affreux ; Mais maintenant au loin tout est silencieux. Le miséral)le écoute et comprend sa ruiue. 11 serre, désolé, ses fils sur sa poitrine; 11 ne lui reste plus, s'il ne tend pas la main, Que la faim \Hiur ce soir et la mort pour demain. Pas un sanglot ne sort de sa gorge oppressée ; Muet et chancelant, sans force et sftus pensée, 11 s'asseoit à l'écart, les yeux sur rhorizon. Et, regardant s'enfuir sa moisson consumée, Dans les noirs tourbillons de l'épaisse fumée L'ivi-cssc du malheur emporte sa raison.
Tel, lorsque abandonné d'une infidèle amante, Pour la première fois j'ai connu la douleur, Transpercé tout à coup d'une flèche sanglante, Seul, je me suis assis dans la nuit de mon cwur. (^e n'était pas au bord d'un lac au flot limpide, Ni sur l'herbe fleurie au penchant des coteaux ; Mes yeux noyés de pleurs ne voyaient que le vide, Mes sanglots étouffés n'éveillaient point d'échos. C'était dans une rue obscure et tortueuse De cet immense égout qu'on appelle Paris ; Autour de moi criait cette foule xavWewsa
Qui des infoitunés n'entend jamais les cris. Sur le pavé noirci les blafardes lanternes Versaient un jour douteux plus triste que la nuit, Etf suivant au hasard ces feux vagues et ternes. L'homme passait dans l'ombre, allant où va le bruit. Partout retentissait comme une joie étrange ; C'était en février, au temps du carnaval. Les masques avinés, se croisant dans la fange. S'accostaient d'une injure ou d'un refrain banal. Dans un carrosse ouvert une troupe entassée Paraissait par moments sous le ciel pluvieux. Puis se perdait au loin dans la ville insensée. Hurlant un hymne impur sous la résine en feux. Cependant des vieillards, des enfants et des femmes Se barbouillaient de lie au fond des cabarets, Taudis que de la nuit les prêtresses infâmes Promenaient çà et là leurs spectres inquiets. On eût dit un portrait de la débauche antique. Un de ces soirs fameux chers au peuple romain. Où des temples secrets la Vénus impudique Sortait échevelée, une torche à la main. Dieu juste ! pleurer seul par une nuit pareiUe ! 0 mon unique amour! que vous avais-je fait.' Vous m'aviez pu quitter, vous qui juriez la veille Que vous étiez ma vie et que Dieu le savait.' Ah î toi, le savais-tu, froide et cmelle amie, Qu'à travers cette honte et cette obscurité. J'étais là, regardant de ta lampe chérie. Comme une étoile au ciel, la IrembY^LuVe cXaccVi^') Noiij tu n'en savais rien, je n'ai pas \»^ Vow otdNsï^S
80 P0ËS1£S.
Ta maiu n'est pas venue entr'ouvrir ton rideau.
Tu n'as pas regardé si le ciel était sombre;
Tu ne m'as pas cherché dans cet affreux tombeau!
Lamartine, c'est là, dans cette rue obscure,
Assis sur une borne, au fond d'un carrefour.
Les deux mains sur mon cœur, et serrant ma blessure^
Et sentant y saigner un invincible amour ;
C'est là, dans cette nuit d'horreur et de détresse,
Au milieu des transports d'un peuple furieux
Qui semblait eu passant crier à ma jeunesse :
K Toi qui pleures ce soir, u'as-tu pas ri comme eux? »
C'est là, devant ce mur, où j'ai frappé ma tête.
Où j'ai posé deux fois le fer sur mon sein nu ;
C'est là, le croiras-tu? chaste et noble poëte.
Que de tes chants divins je me suis souvenu.
0 toi qui sais aimer, réponds, amant d'Elvire, Oompreiids-tu que l'on parte et qu'on se dise adieu? Comprends'tu que ce mot, la main puisse récrire. Et le cœur le signer, et les lèvres le dire. Les lèvres, qu'un baiser vient d'unir devant Dieu? Comprends-tu qu'un lieu qui, dans l'àme immortelle, Chaque jour plus profond, se forme à notre insu ; Qui déracine en nous la volonté rebelle. Et nous attache au cœur son merveilleux tissu; Un lien tout-puissant dont les nœuds et la trame Sont plus durs que la roche et que les diamants. Qui ne craint ni le temps, ni le fer, ni la flamme^ ^i* là mort eJJe-méme, et qui îa\X àe* îi\sxw\v%
LETTRE À LÂMAUTINE. 8
Jusque dans le tombeau s'aimer les ossements; Compreuds-tu que dix ans ce lien nous enlace, Qu'il ne fasse dix ans qu'un seul être de deux. Puis tout à coup se brise, et, perdu dans Tespace, Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux?
0 poëte ! il est dur que la nature humaine, Qui marche à pas comptés vers une fin certaine, Doive encor s'y traîner en portant une croix. Et qu'il faille ici-bas mourir plus d'une fois. Car de quel autre nom peut s'appeler sur terre Cette nécessité de changer de misère, Qui nous fait, jour et nuit, tout prendre et tout quitter Si bien que notre temps se passe à convoiter? Ne sont-ce pas des morts, et des morts effroyables, Que tant de changements d'êtres si variables, Qui se disent toujours fatigués d'espérer» Et qui sont toujours prêts à se transfigurer? Quel tombeau que le cœur, et quelle solitude ! Comment la passion devieul-elle habitude, Et comment se fait-il que, sans y trébucher. Sur ses propres débris l'homme puisse marcher? Il y marche pourtant; c'est Dieu qui l'y convie. Il va semant partout et prodiguant sa vie : Désir, crainte, colère, inquiétude, ennui. Tout passe et disparait, tout est fantôme eu lui^ Son misérable cœur est fait de telle sorte, Qu'il faut incessamment qu'une ruine en sorte ; Qne la mort soit son terme, il i\e Vigwoxe: ^9i%^ •Gt, marchant à la mort, il meurt a cVvsKyAe \QlS4
11 meui*t dans ses amis, dans sou £ds, dans son père, 11 meurt daus ce qu'il pleure et dans ce qu'il espère ; Et, sans parler des corps qu'il faut ensevelir. Qu'est-ce donc qu'oublier, si ce n'est pas mourir? Ahl c'est plus que mourir; c'est survivre à soi-même. L'àme remonte au ciel quand on jierd ce qu'on aime. Il ne reste de nous qu'un cadavre vivant ; Le désespoir l'habite, et le néant l'attend.
Eh bien 1 bon ou mauvais, inflexible ou fragile, Humble ou fier, triste ou gai, mais toujours gémissant. Cet honmie, tel qu'il est, cet être fait d'argile, Tu l'as vu, Lamartiue, et son sang est ton sang. Sou bonheur est le tien ; sa douleur est la tienne ; ■ Et des maux qu'ici-bas il lui faut endurer, Pas un qui ne te touche et qui ne t'appartiejme ; Puisque tu sais chanter, ami, tu sais pleurer. Dis-moi, qu'en penses-tu dans les jours de tristesse? Que t'a dit le malheur, quand tu l'as consulté? Trompé par tes aniis, trahi par ta maîtresse. Du ciel et de toi-même as-tu jamais douté? Non, Alphonse, jamais. La triste expérience Nous apporte la cendre, et u éteiut pas le feu. Tu respectes le mal fait par la Providence, Tu le laisses passer et tu crois à ton Dieu. Quel qu'il soit, c'est le mien ; il n'est pas deux croyances Je ne sais pas sou nom, j'ai regardé les cieux; Je sais qu'ils sont à lui, je sais qu'ils sont immenses. Et que l'immeusité ne peut pas être à deux. J'ai connu, jeune eucov, de sê\ète% so\\^Y^\\<i.^\^
LETTRE Â LAMARTINE. 8d
J'ai vu verdir les bois, et j'ai tenté d'aimer.
Je sais ce que la terre engloutit d'espérances,
Et, pour y recueillir, ce qu'il y faut semer.
Mais ce que j'ai senti, ce que je veux t'écrire,
C'est ce que m'ont appris les anges de douleur ;
Je le sais mieux encore et puis mieux te le dire,
Cai' leur glaive, en entrant, l'a gravé dans mon cœur :
Ci-éature d'un jour qui t'agites une heure. De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure : Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir .
Tu te sens le cœur pris d'un caprice de femme, Et tu dis qu'il se brise à force de souffrir. Tu demandes à Dieu de soulager ton âme : Ton âme est immortelle, et ton cœur va guérir.
Le regret d'un instant te trouble et te dévore \ Ttl dis qtie le passé te voile l'avenir* Ne te plains pas d'hier ; laisse venir l'aUrore : Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.
TdU corps est abattu dû mal de ta pensée ; ïu sens ton front peser et tés geUoUx fléchir^ tombe, agenouille^toi, créature insensée : Ton âme est immortelle, et la nlort va vënii*.
Tes os dans le cercueil vont tomber eu \kOU&i\ev«>
Ta méBoire, Ion nom, ta ^ire vont périr.
Mais non pas Ion amoor, si ton amour t'est ebère :
Ton àme est immorldle, et va s'en souvenir.
Février ism.
LA MUSE
epuis qiie le soleil, dans rhorizon immense, franchi le Cancer sur sou axe enflammé, e bonheur m'a quittée, et j'attends en silence 'heure où m'appellera mon ami bien-aimé. élas ! depuis longtemps sa demeure est déserte; es beaux jours d'autrefois rien n'y semble vivant, eule, je viens encor, de mon voile couverte, oser mon front brûlant sur sa porte entr'ouverte, omme une veuve en pleurs au tombeau d'un enfant
LE POËTE
Salut à ma fidèle amie !
Salut, ma gloire et mon amour !
La meilleure et la plus chérie Est celle qu'on trouve au retour L'opinion et l'avarice Viennent un temps de m'emporter.
Salut, ma mère et ma nourrice !
Salut, salut, consolatrice 1 Ouire tes hraa, je viens chanter.
LA MUSE
Pourquoi, cœur altéré, cœur lassé d'espérance.
T'enfuis-tu si souvent pour revenir si lard?
Que t'en vas-tu chercher, sinon quelque hasard ?
Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance ?
Que fais-tu loin de moi, quand j'attends jusqu'au jour?
Tu suis un pâle éclair dans une nuit profonde.
Il ne te restera de tes plaisirs du monde
Qu'un impuissant mépris pour notre honnête amour.
Ton cabinet d'étude est vide quand j'arrive ;
Tandis qu'à ce l)alcon, inquiète et pensive,
Je regarde en rêvant les murs de ton jardin,
Tu te livres dans l'ombre à ton mauvais destin.
Quelque fière beauté te retient dans sa chaine»
Et tu laisses mourir cette pauvre verveine
Dont les derniers rameaux, en des temps plus heureux.
Devaient être arrosés des larmes de tes yeux.
Cette triste verdure est mon vivant symbole ;
Ami, de ton oubli nous mourrons toutes deux.
Et son parfum léger, comme l'oiseau c[ui vole.
Avec mon souvenir s'enfuira dans les cieux.
LE POiÎTE.
Quand j'ai passé par la prairie, J'ai vu, ce soir, dans le sentier, Une fleur tremblante et flétrie.
Une pâle fleur d'églantier.
Un bourgeon vert à côté d'elle Se balançait sur l'arbrisseau;
J'y vis poindre une fleur nouvelle ; La plus jeune était la plus belle :
L'homme est ainsi, toujours nouveau.
LA MUSE
élas ! toujours un homme, hélas ! toujours des larmes !
oujours les pieds poudreux et la sueur au front I
oujours d'affreux combats et de sanglantes armes ;
e cœur a beau mentir, la blessure est au fond.
élas ! par tous pays, toujours la même vie :
onvoiter, regretter, prendre et tendre la main ;
oujours mêmes aeteurs et même comédie,
t, quoi qu'ait inventé l'humaine hypocrisie,
ien de vrai là-dessous que le squelette humain.
élas ! mon hien-aimé, vous n'êtes plus poëte.
ien ne réveille plus votre lyre muette ;
ous vous noyez le cœur dans un rêve inconstant ;
t vous ne savez pas que l'amour de la femme
hange et dissipe en pleurs les trésors de votre âme,
r cpie Dietk compte plus les larmes que le sang.
LE POËTE
Quand j'ai traversé la vallée.
Un oiseau chantait sur son nid.
Ses petits, sa clière couvée, Venaient de mourir dans la nuit.
Cependant il chantait l'aurore ; 0 ma Muse ! ne pleurez pas * A qui perd tout, Dieu reste eucote.
Dieu /à-haut, l'espoir \ci-A)a%.
L^ MUSE
Et qiie trouveras-tu, le jour où la misère Te ramènera seul au paternel foyer?
Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière De ce pauvre réduit que tu crois oublier, De quel fipont viendras-tu, dans ta propre demeure, Chercher un peu de calme et d'hospitalité ? Une voix sera là pour crier à toute heure : Qu'as-tu fait de ta vie et de ta liberté ? Crois-tu donc qu'on oublie autant qu*on le souhaite ? Crois-tu qu'en te cherchant tu te retrouveras ? De ton cœur ou de toi lequel est le poëte? C'est ton cœur, et ton cœur ne te répondra pas. L'amour l'aura brisé ; les passions funestes L'auront rendu de pierre au contact des méchants ; Tu n'en sentiras plus que d'effroyables restes, Qui remueront encor, comme ceux des serpents. 0 ciel I qui t'aidera ? que ferai-je moi-même, Quand celui qui peut tout défendra que je t'aîme. Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi, M'emporteront à lui pour me sauver de toi ? Pauvre enfant ! nos amours n'étaient pas menacées, Quand dans les bois d'Auteuil, perdu dans tes pensée Sous les verts marronniers et les peupliers blancs. Je t'agaçais le soir en détours nonchalants. Ah ! j'étais jeune alors et nymphe, et les dryades Entr'ouvraient pour me voir Técorce des bouleaux, Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades Tombaient, pura comme Vor, iAans\ecT\&vs<\i\^.?.eîcv\x.
Qu'as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeimesse ?
Qui m*a cueilli mon fruit sur mon arbre enchanté ?
Hélas ! ta joue en fleur plaisait à la déesse
Qui porte dans ses mains la force et la santé.
De tes yeux insensés les larmes l'ont pâlie ;
Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertn.
Et moi qui t'aimerai comme une unique amie.
Quand les dieux irrités m'ôteront ton génie.
Si je tombe des cieux, que me répondras-tu ?
LE POETE
Puisque l'oiseau des bois voltige et chante encore Sur la branche où ses œufs 'sont brisés dans le nid ; Puisque la fleur des champs entr'ouverte à l'aurore, Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore, S'iucline sans murmure et tombe avec la nuit ;
Puisqu'au fond des forêts, sous les toits de verdure, On entend le bois mort craquer dans le sentier. Et puisqu'en traversant l'immortelle nature, L'homme n'a su trouver de science qui dure. Que de marcher toujours et toujours oublier ;
Puisque, jusqu'aux rochers, tout se change en poussière ; Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ; Puisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre ; Puisque sur une toml)e on voit sortir de terre Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain ;
0 Musel que m'importe ou lamotl owVa.Nxe.'î J'aimef et je veux pâlir ; j'aime el \e Newx sov\\Wyc \
J'aime, et pour un baiser je donne mon génie ; J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie Ruisseler une source impossible à tarir.
J'aime, et je veux chanter la joie et la paresse. Ma folle expérience et mes soucis d'un jour, Et je veux raconter et répéter sans cesse Qu'après avoir juré de vivre sans maîtresse, J'ai fait serment de vivre et de mourir d'amour.
Dépouille devant tous l'orgueil qui te dévore, (>œur gonflé d'amertume et qui t'es cru fermé. Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore. Après avoir souffert, il faut souffrir encore ; Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.
Août 18:^6.
A LA MALIBRAN
Sans doute il est trop lard pour parler encor d'elle ; Depuis qu'elle n'est plus quinze jours sont passés, Et dans ce pays-ci quinze jours, je le sais, Font d'une mort récente une vieille nouyelle. De quelque nom d'ailleurs que le regret s'appelle, L'homme, par tout pays, en a bien vite assez.
0 Maria-Félicia ! le peintre et le poëte Laissent, en expirant, d'immortels héritiers; Jamais l'affreuse nuit ne lés prend tout entiers. A défaut d'action, leur grande âme inquiète De la mort et du temps entreprend la conquête, Et, frappés dans la lutte, ils tombent en guerriers.
Celui-là sur l'airain a gravé sa pensée ; Dans un rhythme doré l'autre l'a cadencée ; Du moment qu'on l'écoute, on lui devient ami. Sur sa toile, en mourant, Raphaël l'a laissée .. Et, pour que le néant ne touche ^\\\\. k\\\\^ C'est assez d'un enfant sur sa mère euâLOixnÀ.
Gomme dans une lampe une flamme fidèle, Au fond du Parthénon le marbre inhabité Garde de Phidias la mémoire étemelle, Et la jeune Vénus, fille de Praxit^ Sourit enoor, debout dans sa divinité, Aux siècles impuissants qu'a vaincus sa beauté.
Recevant d'âge en Age une nouvelle vie, Ainsi s'en vont à Dieu les gloires d'autrefois ; Ainsi le vaste écho de la voix du génie Devient du genre humain l'universelle voix. . . Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle il nous reste une ieroix f
Une croix l et l'oubli, la nuit et le silence ! Écoutez ! c'est le vent, c'est l'Océan immense ; C'est un pêcheur qui chante au bord du gran4 chemin. Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance. De tant d'accords si doux d'un instrument divin. Pas un faible soupir, pas un écho lointain I
Une croix, et ton nom écrit sur une pierre, Non pas même le tien, mais celui d'un époux, Voilà ce qu'après toi tu laisses sur la terre ; Et ceux qui t'iront voir à ta maison dernière. Ne /rouvant pas ce nom qui fut aimé de nous, JVe sauront pour prier où poser \eR f;ex\o\\TK..
A LA MALlUnAN. 93
0 Niuelle ! où sont-ils, belle muse adorée, Ces accents pleins d'amour, de charme et de terreur, Qui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée, Gomme un parfum léger sur l'aubépine en fleui*? Où vibi*e maintenant cette voix éplorée, Cette harpe vivante attachée à ton cœur?