‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 10 sur 70 · NOTICE BIOGRAPHIQUE XV · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE XV

elles s'agftent ensemble, poussent les mêmes cris, impriment les mêmes mouvements, qu'elles n'avaient certes pas grand'peine à priflire d'avance.

Leur turbulente activité a plongé le pouvernemcnt dans une effrayante inertie. Dans les assemblées primaires ou électorales, leurs intrigues, leurs trames obscures, leurs tumultes scandaleux, ont fait fuir beaucoup de gens de bien, dont toutefois la faiblesse est condamnable, et ont sali de noms infâmes quelques listes de macristrats populaires. Partout les jus^es, les administrateurs, tous les officiers publics, qui ne sont point leurs agents et leurs créatures, sont leurs cniremis et en butte à leurs persécutions. Usurpateurs même des formes de la puissance publique, ici, ils se transportent à un tribunalet en suspendent l'action; là, ils forcent des municipalités à venir chez eux recevoir leurs ordres. Dans plus d'un lieu ils ont osé entrer de forée chez les citoyens, les fouiller, les juger, les condamner, les absoudre. La rébellion aux autorités légitimes trouve chez eux protection et appui. Tout homme se disant patriote, et qui a outragé les lois et leurs organes, vient s'en vanter parmi eux. On en a vu se faire gloire non seulement de leurs délits, mais des actes judiciaires qui les avaient justement flétris. Tout subalterne renvoyé et calomniateur est une victime de son patriotisme ; tout soldat séditieux et révolté peut leur demander la couronne civique ; tout chef insulté ou assassiné a eu tort

Ils reçoivent, à la face de la France entière, des députations qui, comme s'il n'existait ni Assemblée législative, ni tribunaux, ni pouvoir exécutif, s'adresser.t à eux pour obtenir une loi, ou la réparation de quelque tort, ou un changement d'officiers publics. Et quand l'indignation et la douleur soulèvent tous les esprits, ils crient eux-mêmes plus que personne contre les désordres qu'ils ont faits et qu'ils entretiennent ; ils accusent de leur ouvrage tous ceux qu'ils oppriment ; et, levant tout à fait le masque, ils arment au milieu de Paris, sans dissimuler leurs préparatifs de guerre. Enfin, au midi de la France, ils ont osé se promettre, d'une ville à l'autre, l'appui d'une force armée, dans le cas où la puissance publique essayerait de faire rentrer dans le devoir des sujets de la loi...

Voilà dans quel chaos ils ont jeté cet Empire, qui a une constitution. Voilà comment, soit par la terreur, soit parle déiouragement, ils ont réduit les talent? et la probité au silence ; et l'homme dont le cœur est juste et droit (car celui-là ssul est libre), étonné entre ce qu'où lui anaonoait et ce qu'il voit, entre la constitution et ceux qui se nomment ses amis, entre la loi qui lui promet protection et des hommes qui parlent plus haut que la loi, rentre en gémissant dans sa retraite, et s'efforce d'espérer encore que le règne des lois et de la raison viendra enfin réjouir une terre où l'on opprime au nom de l'égalité, et où l'effigie de la liberté n'est qu'une empreinte employée à sceller les volontés de quelques tyrans.

Enfin cet article si ferme se terminait avec une vigoureuse logique. André Chénier le conclut, sans réticences, en s'écriant :

Qu'il est absolument impossible d'établir et d'affermir un gouvernement à côté de sociétés pareilles ; que ces clubs sont et seront funestes à la liberté ; qu'ils anéantiront la constitution ; que la horde énergumène de Coblentz n'a pas de plus surs auxiliaires ; que leur destruction est le seul remède aux maux de la France ; et que le jour de leur mort sera un jour de fête et d'allégresse publique. Us crient partout que la patrie est en dajiger ; cela est malheureusement bien vrai : et cela sera vrai tant qu'ils existeront.

La guerre était déclarée, une guerre sans trêve et sans merci, entre André Chénier et les Jacobins, et ce n'est pas l'homme juste et droit qui devait sortir vainqueur de la lutte. Une nouvelle circonstance vint encore l'envenimer. Eu 1790, à Nancy, les Suisses du régiment de Chateauvieux s'étaient révoltés contre leurs officiers ( t avaient pillé leur caisse militaire. Les principaux coupables avaient été condamnés aux galères. En 17'J2, amnistiés par un décret de

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