XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
gnaud de Saint-Jean d'Angely, François de Pange, le poète Roucher, Dupont de ^semours, Lacretelle, Pitra et Richer de Sérisy, s'efforça de donner plus de verve à la rédaction et de lutter contre la Chronique de Paris où chaque jour Gondorcet attaquait le parti constitutionnel avec son esprit acéré et sa logique inexorable, et contre le Palrio'e Françaii-. que dirigeait Brissot avec toutes les ressources de son esprit politique et auquel Girey-Dupré prêtait souvent sa véhémence. Mais nul d'entre eux ne s'éleva jusqu'à l'éloquence d'André Chénier ; seul François de Pange était digne, par son talent sévère, de lui être comparé.
Pendant le premier semestre de l'année 1792, André Chénier publia, dans les suppléments du Journal de Paris, rarement dans le corps du journal, vingt et un articles qui sont des chefs-d'œuvre d'éloquence, de logique, d'esprit et presque tous des actes de courage. On peut dire que pendant six mois André Chénier, seul, tint tête au parti jacobin. Mais, hélas ! triste effet des discordes civiles, il vit se dresser contre lui, au milieu du combat, son propre fj-ère Marie-Joseph, l'auteur de C/iarles IX, qui se déclara le champion des sectaires. Ce jour-là l'amitié des deux frères fut à jamais brisée. Nous n'entrerons pas ici dans les détails douloureux de cette tragique querelle, dont plus tard les ennemis de Marie-Joseph se sont fait une arme perfide.
Lorsque parut, le 2G février, l'article S«/' les causes des désordres qui troublent la France et arrêtent L'établissement de la liberté, il y eut de la stupeur, du trouble et de la colère dans le camp des Jacobins. Jamais ceux-ci ne s'étaient vus attaqués avec cette souveraine éloquence, cette force de raisonnement et cette inexorablo logique. S'oici quelques passages de cet article ; ils pourront donner une idée du talent de polémiste d'André Chénier.
Il existe au milieu de Paris une association nombreuse qui s'assemble fréquemment, ouverte à tous ceux qui sont ou qui passent pour être patriotes, toujours gouvernée par des chefs visibles ou invisibles, qui changent souvent et se détruisent mutuellement ; mais qui ont tous le même but, de régner, et le même esprit, de régner par tous les moyens
Cette société en a prorluit une infinité d'autres : villes, bourgs, villages en sont pleins. Presque toutes sont soumises aux ordres de la Société-mere, et entretiennent avec elle une correspondance très active. Elle est un corps dans Paris, et elle est la tête d'un corps plus vaste qui s'ctend sur la France. C'est ainsi que l'Eglise de Rome plantait la foi et gouvernait le monde par des congrégations de moines
Là, toute absurdité est admise, pourvu qu'elle soit homicide ; tout mensonge est accueilli, pourvu qu'il soit atroce. Des femmes y vont faire applaudir les convulsions d'une démence sanguinaire
Là, se distribuent les brevets de patriotisme. Tous les membres, tous les amis de ces congrégations sont de bons citoyens, tous les autres sont des perfides. La .«ouïe admission dans ce corps, comme le baptême de Constantin, lave tous les icrimes. eibice le s;ing et les meurtres. Les monstres d'Avignon ont trouvé là des amis, des défenseurs, des jaloux
Ces sociétés, se tenant toutes par la main, forment une espèce de chaîne électrique autour de la France. Au même instant, dans tous les recoins de l'Empire,