NOTICE BIOGRAPHIQUE. XIX
Paris dans le commencement de 1794, il fut inopinément arrêté à Passy, cliez M. Pastoret.
Le 17 ventôse an II (7 mars 1794), un agent du comité de sûreté générale, nommé Guénot, porteur d'un ordre d'arrestation concernant M. Pastoret, se présenta à la maison que celui-ci habitait h Pa'-sy, assisté d'agents du Comité révolutionnaire de la commune de Passy. M. Pastoret, averti sans doute, s'était dérobé aux recherches. Les agents ne rencontrèrent dans la maison que madame Pastoret, madame Piscatory et André Chénier, Il était dix heures du soir. André Chénier parut suspect aux agents qui l'interrogèrent et décidèrent son arrestation. On le garda à vue dans la maison, et, le lendemain, après un nouvel interrogatoire, dont on a retrouvé le procès-verbal, monument de turpitude et d'ignorance, et qu'il refusa da signer, l'agent Guénot ayant obtenu du Comité de Passy un ordre d'arrestation, conduisit André Chénier à la prison de Saint-Lazare où il fut incarcéré comme suspect. Voici son écrou tel qu'il fut enregistré h la date du 19 ventôse.
André Chénier, âgé de trente et un ans, natif de Constantinople, citoyen, demeurant rue de Cléry, n. 97. Taille de cinq pieds deux pouces, cheveux et sourcils noirs, front large, yeux gris bleus, nez moyen, bouche moyenne, m-inton rond, \isage carré. Amené céans en vertu d'ordre du Comité révolution nairo, commune de Passy-lès-Paris, pour être détenu par mesure de sûreté générale.
André Chénier retrouva à Saint-Lazare les deux frères Trudaine, Rouclier et le peintre Suvée qui devait nous laisser le seul portrait que nous possédions du poète. La nouvelle de son arrestation tomba comme la foudre au milieu des siens, qui désormais n'eurent plus d'autres préoccupations que d'obtenir l'élargissement d'André. Garder un silence prudent, ne pas se faire remarquer, ne pas éveiller l'attention des administrateurs de police^ et pour cela éviter les rapports des gardiens, telle était pour le prisonnier la seule règle de conduite à adopter, et celle à laquelle il consentit à s'astreindre.
Ce fut dans la prison de Saint-Lazare que Chénier composa la Jeune captive, et ces ïambes immortels qui sont dans toutes les mémoires. Ce fut à Millin, comme lui détenu dans cette prison, qu'il donna le manuscrit de la Jeune captive; quelques mois après la mort du poète, Millin fit connaître cette pièce à jamais célèbre en la publiant dans la Décade philosophique qu'il dirigeait. Quant aux manuscrits des ïambes André Chénier les fit passer secrètement à son père, en les cachant dans un des paquets de linge que chaque semaine un commissionnaire venait chercher à Saint-Lazare. On ne peut contempler sans un serrement de cœur ces témoins d'une agonie de quatre mois. Ces manuscrits consistent en bandes de papier longues de 15 centimètres et demi et larges de 4 centimètres. C'est sur ces étroites feuilles faciles à rouler et à dérober aux regards que Chénier écrivit ses ïambes d'une écriture microscopique, faisant tenir jusqu'à