XXII NOTICE BIOGRAPHIQUE
Copie de cet ordre fut expédiée au Comité de Passy, qui transmit au greffe de la prison l'ordre du Comité de sûreté générale. Mention eu fut faite sur le registre d'écrous. La position d'André Cliénier s'était ainsi aggravée ; le cercle de dangers s'était subitement resserré autour de lui. Toutefois ce ne fut pas là la cause de sa comparuiion devant le tribunal révolutionnaire.
En effet, pendant que M. de Cliénier épuisait son crédit et celui do ses amis pour qu'on rendît son fils à la liberté, celui-ci, avec beaucoup d'autres infortunés, se trouvait environné, saisi, lié dans le réseau inextricable et invisible d'une conspiration imaginaire. Sur la foi de quelques misérables qui cherchaient leur salut personnel dans la délation, on supposa ou plutôt on feignit de croire qu'une vaste conspiration s'ourdissait dans les prisons de Paris et que les détenus, après avoir forcé les portes des maisons d'arrêt, devaient anéantir les membres des Comités et de la représentation nationale. Le premier acte de cette machination aussi absurde qu'odieuse fut un rapport de police adressé au Comité de salut public, à la suite duquel le Comité prit un arrêt conforme, ordonnant une enquête immédiate. La commission des administrations civile, police et tribunaux, ne resta pas oisive. Peu de jours après, elle adressa un rapport au Comité de salut public sur la conspiration du Luxembourg. Elle proposait un arrêté traduisant cent cinquante-neuf détenus au tribunal révolutionnaire. La liste fut envoyée à Fouquier-Tinville, l'accusateur public, et, sur le nombre proposé, cent quarante-six périrent sur l'échafaud, dans les journées du 19, du 21 et du '22 messidor.
Dès le lendemain, 23 messidor, l'enquête fut ouverte à Saint- Lazare. Un administrateur de police vint interroger les chefs présumés du complot ; puis on s'adressa aux délateurs pour avoir les noms de tous les prétendus conspirateurs. Pendant plusieurs jours ces misérables tinrent la prison sous la terreur : ces pourvoyeurs do l'échafaud vendaient des faveurs et des grâces. La duchesse de Fleury, la jeune captiva chantée par le poète, obtint d'être effacée de la liste moyeimant une somme de cent louis. Le 2 thermidor la liste fut définitivement arrêtée : elle comprenait quatre-vingt-deux noms. Roucher était le soixante et unième; André Chénior le soixante-deuxième. Les deux frères Trudaine y figuraient aussi à côté de leur ami. Cette liste, qui nous a été transmise par un témoin oculaire, fut adressée au Comité de salut public et renvoyée à l'accusateur public.
Aussitôt que Fouquier-Tinville eut reçu cette liste, dite du comité, il dressa à son tour une liste générale, conservée aux Archives, de tous les individus qu'il devait traduire au tribunal révolutionnaire. Sauf un nom ou deux, c'est la même que celle qui avait été dressée par les délateurs.
Les accusés furent divisés en trois séries. La première, com-