‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 3 sur 70 · VI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

Les frères Trudaine lui proposèrent de les accompagner dans un grand voyage depuis longtemps projeté. Après avoii* traversé la Suisse les voyageurs devaient visiter Tltalie, de là passer en Grèce et aller jusqu'à Constantinople. Ce fut un beau projet dont André appelait la réalisation de tous ses vœux; deux années ne devaient pas être trop pour le mettre à exécution. Près de partir, il adressa à François de Pange et à Abel de Malartic, son jeune Abe/, comme il l'appelait, de touchants adieux, où son âme semble se partager entre les amis qu'il va suivre et ceux qu'il va quitter. Dans cette touchante élégie André Chénier esquisse à grands traits l'itinéraire que devaient suivre les voyageurs, beau pèlerinage dans ces doux patries des lettres et des arts, qui depuis a de nouveau tenté de grands poètes :

Quand Pliébus, que l'hiver chasse de vos remparts,

Ya de loin vous jeter quelques faibles regards.

Nous allons sur ses pas visiter d"autres rives,

Et poursuivre au Midi ses chaleurs fugitives.

Nous verrons tous ces lieux dont les brillants tl. slins

Occupent la mémoire ou les yeux des humains :

Marseille où TOrient amène la fortune ;

Et Venise élevée à l'hymen de Neptune ;

Le Tibre, fleuve-roi ; Rome, fille de Mars,

Qui régna par le glaive et règne par les arts ;

Athènes qui nest plus, et Byzanc^', ma mère ;

Smyrne qu'habite encor le souvenir d'Homère.

Le séjour que les voyageurs firent en Suisse enchanta André Chénier. On retrouve dans ses œuvres de nombreuses traces de son enthousiasme. En descendant des Alpes il salua l'Italie avec les accents émus de Virgile :

Salut, terre où Saturne a trouvé le repos. Terre en moissons féconde et féconde en héros !

A Rome, où il fit un long séjour, après de longues journées passées dans l'étude des monuments antiques, il allait le soir écouter, au théâtre Apollo, la musique enchanteresse de Cimarosa et do Paosiello, ou bien il allait dans le monde, partout admis et recherché, dans cette société romaine si resplendissante alors et que traversaient incessamment les hommes les plus considérables de l'Europe.

Après plusieurs mois passés â Rome, les voyageurs allèrent à Naples ; mais ils ne poussèrent pas plus loin. Il y avait plus d'une année qu'ils étaient absents. Le désir de revoir leurs familles et leurs amis se réveilla en eux, et le voyage d'Orient fut remis à une autre époque. L'imagination seule d'André s'élança au-delà des bornes qui lui étaient imposées et de loin il salua cette Grèce si longtemps espérée ;

Salut, dieux de l'Euxin, Hellé, Sestos, Abyde, Et nymphe du Bosphore et nymphe Propontidc, Qui voyez aujourd hui du barbare Osmanliii Le croissant oppresseur toucher à son déciin ;

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