‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 30 sur 70 · A LA SANTÉ · texte numérisé non relu

A LA SANTÉ

Allons, Muse rustique, enfant de la nature, Détache ces cheveux, ceins ton front de verdure, Va de mon cher de Pange ^ égayer les loisirs. Rassemble autour de toi tes champêtres plaisirs, Ton cortège dansant de légères Dryades.

Entrez dans son asile aux muses consacré. Où de sphères, d'écrits, de beaux-arts entouré, Sur les doctes feuillets sa jeunesse prudente Pâlit au sein des nuits près d'une lampe ardente. Hélas I de tous les dieux il n'eut point les faveurs. Souvent son corps débile est en proie aux douleurs. Muse, implore pour lui la Santé secourable, Cette reine des dieux sans qui rien n'est aimable, Qui partout fait briller le sourire, les jeux, Les grâces, le printemps. Qu'indulgente à tes vœux, Le dictame ' à la main, près de lui descendue, Elle vienne avec toi présenter à sa vue Cette jeunesse en fleur, et ce teint, pur et frais, Et le baume et la vie épars dans tous ses traits. Dis lui : « Belle Santé, déesse des déesses,

i. Cette belle pièce est une imitation ou plutôt une paraphrase d'un hymne d'AriphroQ de Sicyone. Les vers d'André Chénier sont très supérieurs à ceux du poète grec.

2. Le condisciple et l'ami d'A. Chénier, François de Pange, né en 1761, mourut en 1796, âgé de trente-deux ans. Il y avait en lui l'étoffe d'un historié» et d'un moraliste.

3. Plante qui chez les anciens passait pour un puissant vulnéraire. Les poètes emploient presque toujours ce mot avec son sens figuré de soulagement, d'adoucissement, et l'appliquent non seulement à tout ce qui peut guérir les blessures du corps, mais encore à tout ce qui apporte un allégement aux douleuis morales.

3 6 ANDRÉ CHÉMER,

Toi sans qui rien ne plaît, ni grandeurs, ni richesses,

Viens, d'un mortel aimé viens embeUii' les jours. Touche-le de ta main qui répand l'ambroisie. Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie, Les hymnes à la bouche, entourer les autels, Santé, reine des dieux, nourrice des mortels, «

Fr.AGMEMS

0 Muses, accourez; solitaires divines, Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines Soit qu'en ses beaux vallons Mme égare vos pas ; Soit que de doux pensers, en de riants climats, Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne ; Soit que parmi les chœurs de ces nymphes du Rhône La lune sur les prés, où son flambeau vous luit. Dansantes vous admire au retour de la nuit * : Venez. J'ai fui la ville aux Muses si contraire, Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire. Sur les pavés poudreux d'un bruyant carrefour Les poétiques fleurs n'ont jamais vu le jour -. Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre L'oisive rêverie au suave délire ; Et les rapides chars et leurs cercles d'airain

1. A'oici un exemple de la manière dont Chénier rajeunit les images qu'il emprunte aux poètes anciens. Cette invocation aux Muses lui a été inspirée par le souvenir d'une invocation qui se trouve dans une comédie d'Aristophane, inti tulée les Nuées : « Venez donc, augustes nuées.... soit que vous résidiez sur les sommets sacrés de l'Olympe battus par les neiges, soit que dans les jardins de l'Océan votre père vous formiez un chœur sacré avec les nymphes, soit q?e peut-être vous puisiez dans des urnes d'or l'eau qui s'épanche de l'urne de Nil... !'

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