‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 32 sur 70 · Boileau, dans l'épître précédemment citée · texte numérisé non relu

Boileau, dans l'épître précédemment citée

Qu'heureux csl It! inorlel qui, du monde \i lotà, VifcoDteiil de soi-uiêuie eu un coin rAn I

Avoir amis, enfants, épouse belle et sage ; Errer, un livre en mains, de bocage en bocyge ; Savourer sans remords, sans crainte, sans désire, Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs.

0 jours de mon printemps, jours couronnés de rose^

A votre fuite en vain un long regret s'oppose.

Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs,

Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs,

Sur ma tête bientôt vos fleurs seront fanées.

Hélas ! bientôt le flux des rapides années

Vous aura loin de moi fait voler sans retour.

Oh ! si du moins alors je pouvais à mon tour,

Champêtre possesseur, dans mon humble chaumière,

Offrir âmes amis une ombre hospitalière ;

Voir mes lares charmés, pour les bien recevoir,

A de joyeux banquets la nuit les faire asseoir ;

Et là nous souvenir, au milieu de nos fêtes.

Combien chez eux longtemps, dans leurs belles retraites,

Soit sur ces bords heureux, opulents avec choix,

OùMontigny s'enfonce en ses antiques bois ^,

Soit où la Marne lente, en un long cercle d'îles

Ombrage de bosquets l'herbe et les prés fertiles ' ,

J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits

Les muses, les plaisirs, et l'étude et la paix !

Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage.

Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage ;

Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts.

Sa tête à la prière, et son âme aux affronts.

Pour qu'il puisse, enrichi de ces affronts utiles.

i. Cette belle élégie contient une grande leçon : un écri\ain ne mérite \raime notre admiration que lorsqu'au talent il joint la moralité.

2. C'est à Montigny que se trouvait lu propriété des Trudainc.

3. A Mareuil-sur-Ay où la famille de Paiige possédait une propriété.

Enrichir ù son tour quelques têtes servîtes.

De ses honteux trésors je ne suis point jaloux.

Une pauvreté libre est un trésor si doux 1

11 est si doux, si beaa de s'être fait soi-même ;

De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu'on aime;

Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses mœurs,

D'avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs,

Sa cellule de cire, industrieux asile

Où l'on coule une vie innocente et facile ;

De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis;

De n'offrir qu'aux talents de vertus ennoblis,

Et qu'à l'amitié douce et qu'aux douces faiblesses,

D'un encens libre et pur les honnêtes carresses !

Ainsi l'on dort tranquille, et, dans son saint loisir,

Devant son propre cœur on n'a point à rougir.

Si le sort ennemi m'assiège et me désole...

On pleure ; mais bientôt la tristesse s'envole,

Et les arts, dans un cœur de leur amour rempli,

Versent de tous les maux lindifférent oubli.

L'art, des transports deTàme est un faible interprète ;

L'art ne fait que des vers : le cœur seul est poète.

Sous sa fécondité le génie opprimé

Ne peut garder l'ouvrage en sa tête formé.

Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle

Se teint de sa pensée et s'échappe avec elle.

Son cœur dicte ; il écrit. A ce maître divin

11 ne fait qu'obéir et que prêter sa main.

S'il est aimé, content, si rien ne le tourmente,

Si la folâtre joie et la jeunesse ardente

Etalent sur son teint l'éclat de leurs couleurs,

Sesvers, frais et vermeils, pétris d'ambre et de fleurs,

Brillants de la santé qui luit sur son visage,

Trouvent doux d'être au monde et que vieillir est sage.

Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrir Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir ;

De sables douloureux si ses flancs sont brûlés, Ses tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés, Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes, Jugent qu'un prompt trépas est le seul bien des hommes. Toujours vrai, son discours souvent se contredit. Comme il veut, il s'exprime ; il blâme, il applaudit. Vainement lapensée est rapide et volage : Quand elle est prête à fuir, il l'arrête au passage. Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant, 11 fixe le passé pour lui toujours présent, Et sait, de se connaître ayant la sage envie. Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.

Souffre un moment encor ; tout n'est que changement ; L'axe tourne, mon cœur ; souffre encore un moment. La vie est-elle toute aux ennuis condamnée? L'hiver ne glace point tous les mois de l'année ^ L'Eurus relient souvent ses bonds impétueux ; Le fleuve, emprisonné dans des rocs tortueux. Lutte, s'échappe, et va, par des pentes fleuries, S'étendre mollement sur l'herbe des prairies. C'est ainsi que, d'écueils et de vagues pressé. Pour mieux goûter le calme, il faut avoir passé, Des pénibles détroits d'une vie orageuse. Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse. La Fortune, arrivant à pas inattendus,

i. Cctic ponsée, imitée d'une ode d'Horace, a iispiré maint poète. V." i lo début d'un sonnet de Ronsard :

Toujours des bois la cîme n'est chargée fou- li-s lûi<ons d'un iiiver éternel ; Toujours de; dieux le fundre criminel Ne darde en bis ?a uieiiaci; enrji.M''e; Toujours les vi'iil?, toujours la luor figée Ne gronde pas d'un ora;;c cruel...

Frappe et jette en vos mains mille dons imprévus; On le dit. Sur mon seuil jamais cette volage N'a mi? le pied. Mais quoi ! son opulent passage, Moi qui l'attends plongé dans un profond sommeil *, Viendra, sans que j'y pense, enrichir mon réveil-

Toi qu'aidé de l'aimant plus sûr que les étoiles,

Le nocher sur la mer poursuit à pleines voiles- ;

Qui sais de ton palais, d'esclaves abondant,

De diamants, d'azur, d'émeraudes ardent.

Aux gouffres daPotose, aux antres de Golcondo,

Tenir les rênes d'or qui gouvernent le monde.

Brillante déité ! tes riches favoris

Te fatiguent sans cesse et de vœux et de cris.

Peu satisfait le pauvre, ô belle souveraine ;

Peu, seulement assez pour que, libre de chaîno,

Sur les bords où, malgré ses rides, ses revers.

Belle encor l'Italie attire l'univers.

Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille !

C'est là que mes désirs m'ont promis un asile ;

C'est là qu'un plus beau ciel peut-être dans mes flancs

Éteindra les douleurs et les sables brûlants.

0 nécessité dure ! ô pesant c sclavage ! 0 sort ! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs. Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs !

1. Cette pensée rappelle La Fontaine dans sa fable de V Homme gui court après

la Fortune :

Il la tronve assise à la porte De son ami plongé dans un proTond sommeil.

2. Cette belle invocntion à la Fortune est imitée de Pindare, le plus prand poète lyrique de la Grèce. Horace l'avait déj;i imitée de Pindare dans une de ses odes : « 0 déesse.... c'est toi que le pauvre dans sa cabane assièi;e de ses prières; c'est toi, dominatrice des mers, qu'invoque le nautonier, fatiguant de sa carène bilhvnienne les flots de Carpatliie... »

Souvent, las d'ôtre esclave et de boire la lie

De ce calice amer que ron nomme la vie,

.Las du mépris des sots qui suit la pauvreté *,

Je regarde la tombe, asile souhaité ;

Je souris à la mort volontaire et prochaine ;

Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne ;

Déjà le doux poignard qui percerait mon sein

Se présente à mes yeux et frémit sous ma main ;

Et puis mon cœur s'écoute et s'ouvre à la faiblesse:

Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,

Mes écrits imparfaits ; car à ses propres yeux,

L'homme sait se cacher d'un voile spécieux.

A quelque noir destin qu'elle soit asservie,

D'une étreinte invincible il embrasse la vie.

Et va chercher bien loin, plutôt que de mourir,

Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir.

11 a souffert, il souffre : aveugle d'espérance,

11 se traîne au tombeau de souffrance en souffrance.

Et la mort, de nos maux ce remède si doux,

Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous -.

Page 1