AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE
Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs. Ah ! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs
1. Voltaire a un vers semblable dans sa tragédie de Mcropo : 11 souffre le mépris qui suil la pauvrclé.
-2. La Fontaine a dit dans la Mort et le Dàc'eron:
Le Irépaî vient tout guérir;
Mais ne l)oup;eons d'uii nous sommes i
Plutôt souffrir que uicuirir,
CVsl la devise des homuies.
Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles, Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles \ Oh ! quenesuis-je enfant de ce lac enchanté -, Où trois pâtres héros ont à la liberté Rendu tous leurs neveux et l'Helvélie entière - 1 Faible, dormant encor sur le sein de ma mère, Oh! que n'ai-je entendu ces bondissantes eaux, Ces fleuves, ces torrents, qui de leurs froids berceaux Viennent du bel Hasly nourrir les doux ombrages ! Hasly ! frais Elisée I honneur des pâturages ! Lieu qu'avec tant d'amour la nature a formé, Où l'Aar roule uii or pur en son onde semé. Là, je verrais, assis dans ma grotte profonde, La génisse traînant sa mamelle féconde, Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent, A pas lents agiter sa cloche au son d'argent, Promener près des eaux sa tôte nonchalante. Ou de son large flanc presser l'herbe odorante. Le soir, lorsque plus loin s'étend l'ombre des monts, Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds. Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, Cet air que d'Appenzel répètent les montagnes '. Si septembre, cédant au long mois qui le suit, Marquait de froids zéphyrs l'approche de la nuit, Dans ses flancs colorés une luisante argile Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille. Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour, Un mélèze odorant attendrait mon retour. Une rustique épouse et soigneuse et zélée, Blanche (car sous l'ombrage au sein de la vallée Les fureurs du soleil n'osent les outrager), M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger *,