‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 43 sur 70 · Corneille et Racine · texte numérisé non relu

Corneille et Racine

3. Néréc se dit poétiquement pour un océan. Nérée, selon la Fable, était fils de l'Océan et de Tétliys.

3 6 ANDRE CniîNIER.

Et du premier sillon fendre une onde ignorée?

Les coutumes d'alors, les sciences, les mœurs

Respirent dans les vers des antiques auteurs.

Leur siècle est en dépôt dans leurs nobles volumes.

Tout a changé pour nous, mœurs, sciences, coutumes.

Pourquoi donc nous faut-il, par un pénible soin,

Sans rien voir près de nous, voyant toujours bien loin,

Vivant dans le passé, laissant ceux qui commenceni,

Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent,

Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point va,

Dire et dire cent fois ce que nous avons lu?

De la Grèce héroïque et naissante et sauvage

Dans Homère à nos yeux vit la parfaite image,

Démocrite, Platon, Épicure, Thaïes',

Ont de loin à Virgile indiqué les secrets

D'une nature encore à leurs yeux trop voilée.

TorriceUi, Newton, Kepler et Galilée-,

Plus doctes, plus heureux dans leurs puissants elTorts,

A tout nouveau Virgile ont ouvert des trésors.

Tous les arts sont unis : les sciences humaines

N'ont pu de leur empire étendre les domaines,

Sans agrandir aussi la carrière des vers.

Quel long travail pour eux a conquis l'univers !

Aux regards de Buffon, sans voile, sans obstiicles,

La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,

Ses germes, ses coteaux, dépouille de Télhys;

Les nuages épais, sur elle appesantis,

De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre ;

Et l'hiver ennemi, pour envahir la terre,

Roi des antres du Nord, et, de glaces armés,

Ses pas usurpateurs sur nos fronts impiimôs :

i. Philosophes grecs. Dans ces âges reculés la philisophic était une science générale qui joignait à l'étude morale de l'homme l'étude scieulilîque de la nature.

2. TorriceUi (1608-1647), l'inventeur du baromètre ; Newton (1642-1727), qui découvrit les grandes lois de la gravitation universelle; Kcplor (ioTl-ltJJl). qui trouva la loi des révolutions planétaires ; Galilée (li>0'i-lGi2), qui le premier professa le mouvcmcut de la terre.

E( l'œil perçant du verre en la vaste étendue'

Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue,

Aux changements prédits, immuables, fixés,

Que d'une plume d'or Bailly nous a tracés -;

Aux lois de Cassini les comètes fidèles ;

L'aimant de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes """j

Une Cybèle neuve et cent mondes divers

Aux yeux de nos Jasons sortis du sein des mers ;

Quel amas de tableaux, de sublimes images,

Nîiit de ces grands objets réservés à nos âges!

Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts,

Aux vallons de Gusco*, dans ces antres profonds.

Si chers à la fortune et plus chers au génie,

Germent des mines d'or, de gloire et d'harmonie.

Pensez-vous, si Virgile ou l'Aveugle divin

Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main

Négligeât de saisir ces fécondes richesses,

De notre Pinde auguste éclatantes largesses?

Nous en verrions briller leurs sublimes écrits ;

Et ces mêmes objets, que vos doctes mépris

Accueillent aujourd'hui d'un front dur et sévère,

Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire.

Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur

Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur

D'oser sortir jamais de ce cercle d'images

Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages.

Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants,

Sous des dehors plus vrais peindre l'esprit aux sens?

Mais quelle voix jamais d'une plus pure flamme

Et chatouilla l'oreille et pénétra dans l'âme?

Mais leurs mœurs et leurs lois, et mille autres hasards,

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