‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 45 sur 70 · Dans le \ido (ie ses pensées · texte numérisé non relu

Dans le \ido (ie ses pensées

De doux ravissements partout accompaguée,

Aux lieux les plus déserts, ses pas, ses jeunes pas,

Trouvent mille trésors qu'on ne soupçonnait pas.

Sur Taride buisson que son regard se pose,

Le buisson à ses yeux rit et jette une rose.

Elle sait ne point voir, dans son juste dédain,

Les fleurs qui trop souvent, courant de main en mai-],

Ont perdu tout l'éclat de leurs fraîcheurs vermeilles.

Elle sait même encore, ô charmantes merveiileâ!

Sous ses doigts délicats réparer et cueillir

Celles qu'une autre main n'avait su que flétrir.

Elle seule connaît ces extases choisies,

D'un esprit tout de feu mobiles fantaisies,

Ces rêves d'un moment, belles illusions,

D'un monde imaginaire aimables visions,

Qui ne frappent jamais, trop subtile lumière.

Des terrestres esprits l'œil épais et vulgaire.

Seule, de mots heureux, faciles, transparents,

Elle sait revêtir ces fantômes errans.

Ainsi des hauts sapins de la Finlande humide.

De l'ambre ^ enfant du ciel, distille l'or fluide.

Et sa chute souvent rencontre dans les airs

Quelque insecte volant qu'il porte au fond des mers.

De la Baltique enfin les vagues orageuses

Roulent et vont jeter ces larmes précieuses

Où la fière Vistule, en de nobles coteaux,

Et le froid iNiémcn expirent dans ses eaux.

Là les arts vont cueillir cette merveille utile

Tombe odorante où vit l'insecte volatile.

Dans cet or diaphane il est lui-môme encor :

On dirait qu'il respire et va prendre l'essor.

Qui que tu sois enfin, ô toi, jeune poète, Travaille, ose achever cette illustre conquête. De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin .^

1. André Chénier donne là une oxplicntion poétique di la loimaliou de l'ambre jaune, qui est une espèce de résine fosilU*

Travaille. Un grand exemple est un puissant témoin Montre ce qu'on peut faire en le faisant toi-mômc. Si pour toi la retraite est un bonheur suprême, Si chaque jour les vers de ces maîtres fameux Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux, Si tu sens chaque jour, animé de leur âme, Ce besoin de créer, ces transports, celte flamme, Travaille. A nos censeurs, c'est à toi de montrer Tous ces trésors nouveaux qu'ils veulent ignorer. !1 faudra bien les voir, il faudra bien se taire Quand ils verront enfin celte gloire étrangère De rayons inconnus ceindre ton front brillant. Aux antres de Paros*, le bloc étincelant N'est aux vulgaires yeux qu'une pierre insensible, Mus le docte ciseau, dans son sein invisible. Voit, suit, trouve la vie, et l'âme et tous ses traiîs. Tout l'Olympe respire en ses détours secrets. Là vivent de Vénus les beautés souveraines-; Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines Serpentent; là des flancs invaincus aux travaux^, Pour soulager Atlas des célestes fardeaux. Aux volontés du fer leur enveloppe énorme Cède, s'amollit, tombe ; et de ce bloc informe Jaillissent, éclatants, des dieux pour nos autels. C'est Apollon lui-même, honneur des immortels*; C'est Alcide vainqueur des monstres de Némée^; C'est du vieillard troyen la mort envenimée^ : C'est des Hébreux errants le chef, le défenseur". Dieu tout entier habite en ce marbre penseur :

1. Paros, une des Cyclaiies, célèbre par ses carrières de marbre.

2. C'est la Vénus de Médicis que désigne André Ciiénicr, car la Yénus de Mdo n'avait pas encore été découverte à l'époque de Chénier.

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