Ce qu'on appelle la \oie lactée
2. C'ost-à-dire raaîlre de ses actes, de ses pensées, de ses passions, maître enfiu de soi-même. « Le sage (a dit Hi)race) est, non moins que Jupiter, riche, libre, honoré, beau : c'est le roi des rois. »
Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi,
M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi.
Mon Louvre est sous le toit, sur ma tôle il s'abaisse^,
De ses premiers regards l'orient le caresse.
Lit, sièges, table y sont portant de toutes parts
Livres, dessins, crayons, confusément cpars.
Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense.
Là, dans un calme pur, je médite en silence
Ce qu'un jour je veux être; et, seul à m'iipplaudir,
Je sème la moisson que je veu\ recueillir.
Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines,
Amasser le butin de mes courses lointaines :
Soit qu'en un livre antique à loisir engagé.
Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé ;
Soit plutôt que, passant et vallons et rivières,
J'aie au loin parcouru les terres étrangères.
D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.
Tout m'enrichit et tout m'appelle ; el, chaque ciel
M'offrant quelque dépouille utile et précieuse,
Je remplis lentement ma ruche industrieuse*.
1 . Racan, dans des Stances, a célébré ce bonheur suprême de s'appartenir tout entier :
Roi de ses passions, il a ce qu'il désire ;
Son fertile domaine e=t son petit empire ;
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau.
2. Si nous voulions rappeler tous ceux qni se sont laissé séduire à cette gracieuse comparaison qui s'applique si bien au travail poétique, nous rencontrerions les plus grands noms de la poésie grecque et de la poésie latine, à comme r.cer par Pindare et par Horace. Nous nous contenterons de citer dans la liitciuture française cet envoi de Ronsard à Passerai de l'idylle d'IIi/las :
Mon Passerai, je ressemble à l''abeille, Qui va cueillant tanlôl la fleur vermeille, Tantôt la jaune, errant de pré en pré, Où plus les Qeurs fleurissent à son gré, Contre l'hiver amassant force vivres.
Et cob vers délicieux de La Fontaine, dans son Epitre à madame de la Sablière :
Je m'avoue, il est vrai, s'il faut parler ainsi, Pipillon du Parnasse, et semblable aux abeilles A qui le bon Platon compare nos merveilles ; Je suis chose légère et vole à tout sujet ; Je vais de fleur eu fleur el d'objet en objet.