HYMNE A LA JUSTICE
France! ô belle contrée, ô terre généreuse
Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,
Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs,
Le midi de ses feux t'épargne les fureurs.
Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles ;
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule ; ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la voLx ;
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes
En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes *.
Les chênes, les sajxins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets,
Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine^, et les hauts Pyrénées,
1. Dans cette belle pièce, qui porta longtemps le titre d'Hymne à la France, et qui fut composée avant 1789, André Chénier appelle de tous ses vœux le règne de la justice et de l'égalité.
2. André Chénier a emprunté à Virgile la description que celui-ci fait de l'Italie, au deuxième livre des Géorgiques : « Ou n'a point à y redouter la rage du tigre et la race cruelle des lions ; des herbeë empoisonnées n'y trompent point les malheureux qui les cueillent, etc., etc. » Un grand nombre de traits ont ainsi passé du poème lutin dans le poème français.