‹ Poésies choisiesChapitre 25 sur 38 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Trois corbeaux, dans le ciel qu'envahissait le soir, Tournoyaient lentement en un grand cercle noir; Leur prunelle farouche était pleine de flammes, Et leurs ailes fendaient l'azur comme des lames.

Un vieil arbre leur dit : « Voici venir la nuit. » Votre nid vous attend, puisque le jour s'enfuit. » L'ombre tisse déjà dans l'air ses sombres toiles, » Et je vois rayonner les premières étoiles. »

— «Laisse, arbre des rochers, répondaient les corbeaux, » Les astres dans l'espace allumer leurs flambeaux.

» Nous cherchons au sommet de la montagne nue, » Les nids où sommeillaient nos pères dans la nue. »

— « O Mon Dieu, murmura la montagne à son tour, » Leurs nids sont écroulés, écroulés sans retour.

» Des chênes paternels, au poids des neiges blanches,

» Pendant neuf cents hivers j'ai vu ployer les branches.

» J'ai vu mieux que cela, tu le sais, Dieu puissant ;

» Car je suis Chèvremont, la colline de sang,

» Et je frémis encor jusqu'au fond de moi-même,

» Quand la lune de l'ombre émerge morne et blême. »

Et les corbeaux dans l'air qu'envahissait le soir, Tournoyaient lentement en un grand cercle noir ; Leur prunelle farouche était pleine de flammes, Et leurs ailes fendaient l'azur comme des lames.

i ;8 Poésies choisies

« Ah! leur dit la montagne, on s'en souvient encor,

•>> Les siècles des Pépins étaient mes siècles d'or;

» Car ma cime, aux oiseaux du ciel seuls abordable.

» Dans l'espace élevait son manoir formidable.

» Dès les temps reculés du héros de Testry,

» On l'admirait de loin par les foudres meurtri.

» Sur se- créneaux, dans l'air prolongés comme un rêve,

» Plus d'une fois l'Empire ébrécha son vieux glaive.

» Et le peuple disait : — « Quels aigles ont leur nid

» Dans ces vastes donjons taillés en plein granit?

» D'où viennent-ilsPDequelairainsontfaitsces hommes

^> Plus terribles, plus toits, plus grands que nous ne sommes

* Rien qu'à voir leurs regards défier l'horizon, » L'on se sent dans le cœur un étrange frisson,

* Et parfois un village, au bruit de leur fanfare » Dans la nuit tout à coup s'allume comme un phare. »

Et les corbeaux, dans l'air qu'envahissait le soir. Tournoyaient lentement en un grand cercle noir; Leur prunelle farouche était pleine de flammes, Et leurs ailes fendaient l'azur comme des lames.

La montagne reprit : « Moins homme que démon, » De mes fiers châtelains le dernier fut Immon. *» Coureur de grand chemin et vrai routier naguère, » Détrousser les passants c'était sa seule guerre. » Cependant il avait parfois des goûts moins bas ; •» Car du comte au larron, il n'est souvent qu'un pas. » Il allait, dédaignant les trafiquants serviles, » Clouer son gantelet à la porte des villes. » Ou jeter, par-dessus les remparts quelquefois. » En plein soleil de Dieu, ses défis aux Bourgeois,

d'André van Hasselt icq

» Et mêlait, sans respect, au fond de sa valise

» Le cuivre des manants avec l'or de l'Eglise.

» Ce chrétien mal venu, doublé d'un sarrasin,

» Les Liégeois l'appelaient notre mauvais voisin.

» Rien ne semblait pouvoir briser cet homme atroce...

» Un évêque pourtant le fit avec sa crosse ! »

Et les corbeaux, dans l'air qu'envahissait le soir, Tournoyaient lentement en un grand cercle noir ; Leur prunelle farouche était pleine de flammes, Et leurs ailes fendaient l'azur comme des lames.

EPITRES d'un Communard de Paris

un Citoyen de Bruxelles.

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