EXPLICATION
A titre de document historique et aussi pour montrer le génie poétique d'André van Hasselt, sous ses différents et nombreux aspects, nous détachons de la partie satirique, de son œuvre si complexe et si étendue, ces deux passages des célèbres E 'pitres et Réponses, dont il a supposé l'échange en 1871, entre un Communard de Paris et un Citoyen de Bruxelles.
Ces extraits sont curieux. On y verra que notre poète
loo Poésies choisies
savait manier excellemment l'arme de l'ironie. 11 a stigmal'un trait acéré les événements et les hommes d'une époque à jamais déplorable Parmi ces égarés, il y en eût, certes, qui lurent de lionne foi, et même quelques-uns étaient de haute valeur intellectuelle
Au nombre de ceux-là, je dois un souvenir particulier à Vermorel, dont je fus l'ami et le collaborateur de 1864. à 1870. Ce fut un esprit délicat et généreux, un écrivain d'élite, un cœur chaud, une âme éperdue de justice. Emporté dans cette tourmente de la Commune de 1.871, fruit du Siège de Paris, Vermorel sut mourir stoïquement pour une cause qu'il n'approuvait pas intégralement. Atteint d'un coup de baïonnette au bas-ventre, et fait prisonnier à la chute du fort de Vanves, il fut emportée Versailles. A peine panse et couché dans un lit des ambulances dressé dans les galeries du Palais, le Gouvernement de M. Thiers envoya un émissaire pour l'interroger sur la situation intérieure de Paris. Haletant, râlant, brise. Vermorel subit patiemment cet interrogatoire outrageant, puis il fit : « Je ne suis ni un lâche ni un délateur ! » Cela dit, il se retourna sur son lit de douleur, déchira son pansement et mourut. C'est là, je crois, une fin assez tragique et assez belle pour racheter largement une erreur politique.
De plus, dans ces èpîtres, André van Hasselt fait allusion au mouvement de pitié de Victor Hugo pour les vaincus. < 'ette démonstration généreuse valut au chantre de la Légende
- S ècles d'être expulsé de Bruxelles, après avoir été lapidé nuitamment. A ce sujet, mes compatriotes me sauront peutêtre gré de leur fournir les indications exactes que voici. Beaucoup de Français, en visitant la capitale belge, vont er pèlerinage place des Barricades. En mémoire de Victor Hugc et de cet incident marquant de sa vie, ils saluent les immeubles contigus portant les numéros 3 et 4 de cette voie circulaire. Le numérotage pair et impair des maisons, très modestes et non point hôtels, n'y alterne point. Ils restent incertains sur la demeure exacte du grand poète, ou bien ils
d' André van Hasselt 161
contemplent confusément les fenêtres des deux immeubles, l'un pour l'autre. C'est bien au numéro 3, que l'auteur des Misérables habitait avec sa famille au printemps de 1871. C'est là qu'il fut hué et assiégé, durant la nuit, devenue mémorable, du 27 au 28 mai.
Fn vue de donner asile aux vaincus de la Commune, il avait loué la maison voisine, portant le numéro 4, car au numéro 3, toutes les chambres étaient occupées par la veuve de son fils Charles, mort récemment, par ses petits enfants et par lui-même. François-Victor Hugo avait son domicile plus loin. C'est pour cela que dans la lettre fameuse publiée dans Y Indépendance belge du 26 mai 1871, il écrivit cette phrase : « J'offre l'asile, place des Barricades, n° 4... » C'est donc à cet asile que fait allusion ici, André van Hasselt, et non pas au domicile personnel de Victor Hugo, situé à côté au n° 3. Au reste, pour se rendre compte des choses d'une façon certaine et authentique, il suffit d'ouvrir le volume intitulé Depuis l'exil. Page 25, édition Rouff de 1900, Victor Hugo dit en parlant de lui-même : « Un homme habitait la maison n° 3 de cette place, dite place des Barricades. » Page 26, il répète : « Il avait pour logis, nous venons de le dire, le n° 3. » Puis, page 33, il insiste de nouveau et répète : « La foule qui assiège ïe n° 3 » Enfin, dans une lettre complémentaire et rectificative, publiée par François-Victor Hugo, à la date du 30 mai dans M Indépendance belge, le maîtretraducteur de Shakespeare spécifie bien le n° 4 comme l'asile offert par son père habitant la maison contigùe n° 3.
Georges Barral.