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LE COMMUNARD DE PARIS AU CITOYEN X... A BRUXELLES

Mon ami, l'heure approche, et bientôt sûrement Il nous faudra songer à notre testament,

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Car nous sommes, hélas! bien malades. Versailles

Et ses ruraux, Césars des bois et des broussailles,

Menacent chaque jour nos lignes de plus près.

Cluseret et Rossel ont usé leurs secrets.

«Nous marchons», disent-ils. Oui, mais c'est en arrière.

La victoire, en chantant, nous ferme la barrière.

Nous jetterons bientôt notre dernier atout.

Au Mont Valérien s'ajoute Montretout;

Puis, c'est un tremblement affreux de batteries,

Si bien qu'on ne peut plus compter nos avaries.

Versaille à tout cela met un zèle excessif;

Issy vient de tomber ; Vanves est tout poussif,

Et peut-être demain sur Bicètre et Montrouge,

On cessera de voir flotter le drapeau rouge.

Ivry ne peut manquer d'avoir aussi son tour,

Bientôt même on dira bonsoir au Point-du-Jour.

A la Porte Maillot et même aux Batignolles,

Il faut voir l'ennemi donner des croquignoles.

Comme Asnières, Neuilly de nous s'est affranchi.

Nous sommes à grand' peine échappés de Clichy.

Dieu sait ce que le rouet du sort encor nous file.

Aubervilliers, Rosny, Nogent et Romainville

Et Noisy peuvent tous, avant le jour naissant,

Mêler au grand concert leur bruit encore absent,

Et nous cracher obus et mitraille au visage,

Sans laisser Charenton du moins pour notre usage.

Alors, ô mon ami, nous serons fricassés !

Pourtant ce n'est pas tout, quoique ce soit assez.

Nos Communards d'hier, ces bourgeois imbéciles,

On les voit, chaque jour, devenir moins dociles.

Ils ne comprennent pas qu'il faut s'évertuer,

Ni combien il est beau de se faire tuer,

Et de cueillir la gloire et ses palmes lointaines,

d' André tcjh Hassclt 163

Ni que Sparte vaut mieux, à tout prendre, qu'Athènes. Ils rentrent par degrés dans leur prose et s'en vont Descendant jusqu'au cou dans le gouffre profond, Oubliant que si Dieu nous donne la Commune, Chacun aura sa place à la table commune Et trouvera, sans faire œuvre de ses deux mains, Son couvert toujours mis,comme au temps des Romains. C'est en vain que l'on prêche à ces gens de boutique L'abnégation sainte et l'héroïsme antique. Us n'y comprennent rien, et je ne puis cacher Qu'il nous faut la terreur pour les faire marcher. Car laisse-moi, mon cher, te dire que nous sommes Une collection de véritables hommes, Du beau monde superbe et partout agréé, Quelques-uns ayant même un habit noir payé. C'est Le français, fameux instituteur naguère, Miot qui sent peut-être un peu l'apothicaire, Floquet, Rogeard, Courbet, peintre de premier rang, Cournet, Félix Pyat, Ranc, Ulysse Parent, Arthur Arnould, Beslay, Delescluze, Verdure, Blanqui, conspirateur un peu vieux, mais qui dure, Grousset le pourfendeur du pouvoir temporel, Les deux Jules Allix, et Vallès, Vermorel. Puis encor Cluseret, citoyen un peu rance, Trait d'union qui joint l'Amérique à la France. Pourtant ce n'est pas tout encor, mon cher. Ainsi Nous comptons parmi nous le respectable Assy, Et le Père Duchène, esprit toujours fertile. Dont on aime à la fois le bon goût et le style, Antoine Arnaud, Gambon, Raoul Rigault, Ranvier, Pourril nommé Blanchet, l'excellent Vésinier. Puis Eudes et Mégy, cœurs bien dignes de Sparte, Puis Rochefort qui fit la guerre aux Bonaparte,

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Et qui lance aujourd'hui son Mot d'ordre partout... Enfin nous possédons la fine fleur de tout. Même pour assurer notre grande campagne, On n'a pas dédaigné de faire appel au bagne : Car le forçat pourquoi faut-il le délaisser? Pardon, je ne dis pas ce mot pour te blesser; Chacun peut, s'il est né sous quelque mauvais astre, Subir, devant la cour d'assises, un désastre.

Hugo, pour compléter ce tas d'honnêtes gens, Aurait pu nous fournir trois ou quatre Valjeans. Mais, quoique le travail fatigue un peu l'échiné, C'est bien assez de nous pour pousser la machine, Si seulement, vois-tu, les bourgeois moins rétifs, Pour le bien général devenaient plus actifs, S'ils comprenaient combien nos affaires sont graves, Et s'ils avaient le sens commun d'être plus braves.

Paris, 15 mai 18JI.

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