‹ Poésies choisiesChapitre 4 sur 38 · C.t.SAK · texte numérisé non relu

C.t.SAK

C'est bien ! vous avez fait votre devoir, mes frères! Quand la patrie errait en cent routes contraires,

Vous l'avez prise par la main, Pour l'arracher des bras de ses guides funèbre-, Et lui montrer le jour au fond de ses ténèbres,

Et la conduire au vrai chemin.

Vous foulez un sol enfin libre.

Emondant l'arbre des pouvoirs, "Vous avez remis l'équilibre Entre vos droits et vos devoirs.

La Pologne enfin se relève ; Elle a pour étai votre glaive.

Et vous vous êtes faits si grands, Que les peuples, par ambassades, Comme au temps des vieilles croisades, Cherchent une place en vos rangs.

On parlera de vous, qu'un siècle naisse ou tombe, L'ombre de Kosciusko s'en émeut dans sa tombe.

Et le héros monumental, Sorti de son sépulcre à vos chants de victoire, Pour pouvoir de plus haut lire dans votre histoire

A tout un mont pour piédestal.

Vous êtes dignes de notre âge, Vous qui, plus forts que le danger, Fîtes retomber chaque outrage

d'André van Hasself 43

Sur la tête de l'étranger, De l'étranger qui, plein de haine, Rendait si lourde votre chaîne Et qui, pour vous pousser à bout Et mettre la charte en poussière, La démolissait pierre à pierre Sans en laisser une debout.

Vous avez reconquis en cinq mois quinze années, Fait refleurir le tronc de vos gloires fanées,

Refait reine la vérité ; Des oppresseurs par vous les lois sont disparues Et vous avez construit des pavés de vos rues

Un autel à la liberté.

« C'est un mot, disent les esclaves,

C'est un mot que la liberté.

(Et du bruit sourd de leurs entraves

Ils couvrent le mot redouté.)

Quand, la hache en main, dans nos villes

Marchaient les discordes civiles,

La liberté créant nos lois,

Sur l'échafaud tenait ses fêtes,

Et n'apprit, en ployant nos têtes,

Qu'à ployer la tête des rois. »

C'est qu'ils ne savent pas, ô frères ! que c'est elle, L'ange des nations, la déesse immortelle,

Dont l'œil plane sur l'univers, Qui luit comme une étoile, ou comme un foudre tombe, Et qui fait aux Nérons de leur trône une tombe,

Et brise avec son pied les fers ;

Oui bénit de sa main et place • Sous la garde du même autel L'auguste poignard de Wallace Et L'auguste flèche de Tell ;

Et dont la voix haute et féconde Résonnant aux deux bouts du monde; Trouve un drapeau dans tous les camps, Dans tous les seins de nobles flamme-, Un écho dans toutes les âmes, Et des ailes dans tous les vents !

Oh ! quand la France enfin, dans tous ses vœux trompée, Au sceptre des Bourbon- mesura son épée,

Et que, séchant ses yeux en pleurs, Elle eut vu dans Paris, sa sainte Babylone, L'étendard d'Austerlitz ouvrir sur la Colonne

L'arc-en-ciel de ses trois couleurs,

Vos cœurs en un sombre murmure Se répandirent à la fois ; Chacun de vous prit son armure ; Ce ne fut partout qu'une voix.

Pour s'affranchir d'un joug infâme, Tout s'arma, l'enfant et la femme, Tout ceignit le glaive puissant ; Car le fer seul rompt le servage, La poussière de l'esclavage Ne se lave que dans le sang.

Alors ce fut fini. Le volcan populaire De son lit bouillonnant sortit avec colère, Noir Vésuve aux bruits éclatants.

d'André van Hasselt 45

Tout le sol brûle encor sous ses vagues taries ; Et sa lave, épandue en ardentes scories, Restera chaude bien longtemps.

Cinq mois la tempête enflammée Dans vos plaines en feu gronda ; Cinq mois votre héroïque armée Sous les oppresseurs déborda.

Ce fut comme une grande houle Où tournait l'orageuse foule, Mer vivante aux courants confus, D'où ne sortait par intervalles, Que la voix rauque des cavales Ou des canons sur les affûts.

Pas un ne se sauva de ce naufrage immense. Le flot fut sans pitié, la foudre sans clémence.

Au râle sourd de vos tocsins, Lanciers et dragons bleus bondissant sur leur selle, Hussards et cuirassiers dont le buste étincelle,

Et cavaliers et fantassins,

Tout péri. — Vers la gémonie L'étranger a vu ses guerriers Marcher par cinq mois d'agonie, Et voile de deuil ses lauriers.

Aussi vos lames étaient sûres ; De vos fers aux larges morsures Nul coup en vain ne fut porté.

Chaque soldat eut son Calvaire ; Tout fut broyé comme du verre Au pilon de la liberté.

Aussi l'Europe vous contemple, Frères ! vous dont le souvenir En Lettres d'or luit dans le templt , Dans le temple de l'avenir ; Vous dont le passé se relevé, Et qui, du bout de votre glaive, Montrez à toute nation Le but qui toujours nous échappe , Mais où vous mené, à double étape, La sainte Révolution !

Laissons les rois souffler aux voiles du navire, Eoles impuissants, et crier : « Il chavire,

Le vaisseau de la liberté ! »

Il restera debout. Sa nef impérissable Suit sa route, bravant écueils et bancs de sable,

Et tout l'Océan ameuté.

Les mâts plus fiers dans la tempête Se redressent, laissant aux vents, Comme les cheveux de leur tète, Flotter les cordages mouvants. Sur la vague aux bruyants murmures Sa carène aux fortes armures Navigue, et tonne des deux bords ; Et, que l'orage dorme ou gronde, Elle fera le tour du monde Pour jeter l'ancre en tous les ports.

Avril 183 1.

d' André van Hassclt 47

A mes Amis.

'Wie rollen fluchtig, Die Jahr' hinunter !

J. H. Voss.

Rien ne peut arrêter la fuite des années,

Oui vont et vont toujours Au rapide courant du grand fleuve entraînées, Par la joie ou le deuil l'une à l'autre enchaînées,

Flots à flots, jours à jours.

Vers le repos des morts, amis, chaque seconde

Nous avance d'un pas, Et leur sommeil est long sous la pierre inféconde : De leur morne prison les trésors de Golconde

Ne les rachètent pas.

Le printemps est pour eux sans couronne embaumée, L'amour sans doux accueil ;

Point de baiser pour eux sur une lèvre aimée ;

Point de molle chanson sous la verte rainée Dans la nuit du cercueil.

Oh ! — tandis que pour nous n'est pas encor venue

L'heure du grand départ, L'heure où la tombe s'ouvre en immense avenue, Où se creuse à nos pieds cette route inconnue

Que prend l'âme qui part, —

Comme, aux rayons de mai, l'abeille qui butine,

Jouissons du printemps ; Ravissons le baiser sur la bouche mutine,

Et cueillons de nos doigts l'odorante églantitie A ses i ameaux flottants.

Que d'autres, sans nourrir, en cette vie aride,

L'espoir d'un lendemain, Voyageurs haletants, par le sable torride, Océan du désert que le vent fouette et ride,

Poursuivent leur chemin ;

Et, — si quelque oasis charmante et solitaire

Eclôt devant leurs pas, Quelque asile enchanté d'amour et de mystère, Comme une île du ciel qui fleurit sur la terre, —

Ne s'y reposent pas !

Nous, amis, respirons, sur les fraîches collines,

Le doux parfum des fleurs, Au bruit harmonieux des molles mandolines Et des feuilles berçant les gouttes cristallines De la rosée en pleurs.

Les fleurs ont peu de jours ; le souffle de l'automne

En fane les couleurs. — Que le simoun autour de nous s'élève et tonne, Amis, enivrons-nous, à son bruit monotone,,

Du doux parfum des fleurs !

Juillet 1831.

d'André van Hassclt 49

A l'Ombre de Napoléon.

Deraufdem Altardes Siegs Funhen und Flaramen geweet.

Kôrxer.

Non, je ne t'ai pas vu de ton magique drame Dérouler fil à fil la merveilleuse trame, Acteur géant jouer tes rôles surhumains, Roscius couronné ravir la foule avide ; J'étais encore enfant, que la scène était vide Et qu'on ne battait plus des mains.

Pourtant, lorsque, fermant ta poétique histoire, On proclama ta mort plus haut qu'une victoire, J'allai te lapidant de malédictions, Parce que, vingt-cinq ans, ta formidable épée Dépeça, dans les flots de tant de sang trempée, La liberté des nations.

Car les rois nous disaient : « L'univers sera libre ! » La balance à la fin reprendra l'équilibre : » Le trône a ses devoirs, et le peuple a ses droits. » La justice par nous régnera sur la terre. » Et je posais le pied sur ton nom militaire, Crédule aux promesses des rois.

Mais, tyran pour tyran, tu valais mieux, grand homme, Oui ne vis qu'un hochet pour un enfant dans Rome, Et, mesurant le monde au pas de tes guerriers, Bâtis avec l'airain des canons ta mémoire ; — Car nos chaînes, du moins, tu les dorais de gloire, Et couvrais nos fers de lauriers.

Décembre 182g.

L'Empereur.

Oui conturbavit terram. qui concussit

régna, qui posuit orbera desertum.

Isaïe. Ch. xiv, xv. xvi et xvii.

Fragments d'une Ode restée inachevée.

A mon ami le peintre Antoine Wiertz.

Mort puissant, animant et le marbre et la toile, Sur l'horizon des arts, il luit comme une étoile. Tous les échos du monde ont retenu sa voix. — Et nos songes, la nuit, comme une de ces ombres Ou'Ossian évoquait du sein des brouillards sombres, Parfois nous le rendent, parfois,

Comme un de ces héros d'Homère ou de Virgile, Ajax aux bras de fer, ou l'indomptable Achille Dont le grand bouclier aux orbes éclatants, D'un homme de dix pieds couvrant toute la taille, Ainsi qu'un astre d'or brillait dans la bataille, Ou mieux comme un de ces Titans.

Leur orgueil se croyait à l'étroit sur la terre...

Et leurs puissantes mains entassent dans les nues, Séculaires granits, pics aux crêtes chenues, Rochers où l'on entend l'avalanche crier ; D'Ossa sur Pélion, ils exhaussent la cime, Et placent pour finir leur voyage sublime, Cent collines en escalier ;

d'André van H assoit 51

Et, s'élevant plus haut, en leur ardeur frivole, Que le soleil ne brûle et que l'aigle ne vole, Franchissent Orion au regard fauve et clair ; Et, monstres lumineux, la comète effrayante Sous eux passe, agitant son aile flamboyante Dont chaque plume est un éclair.

Mais du chemin géant près d'atteindre le faîte, Quand bondissent leurs cœurs en joyeux chants de fête, Voilà qu'au devant d'eux la foudre accourt et luit ; Et sur leur groupe noir la lune rouge éclate D'en bas, comme une bombe au reflet écarlate Teint les nuages de la nuit.

De rochers en rochers le torrent d'hommes roule A grands flots, entraînant chaque débris qui croule ; L'écume sur la bouche et les regards ardents, Leur visage se creuse en convulsives rides, Et leur dernier cri meurt sur leurs lèvres arides Avec des grincements de dents.

Tels nos pères l'ont vu s'élever et descendre. Loin du monde, les rois ont exilé sa cendre ; Et, pour qu'il ne revienne, un jour de son écueil

De nouveau conquérir la terre, Ils ont donné, brisant son trône militaire, L'Océan tout entier pour garde à son cercueil.

La mer fait sentinelle autour de Sainte-Hélène. Du bruit de ses exploits l'Europe était trop pleine ; Et tous ces nains qu'hier foulait son pied fatal, Thersites qu'abritait l'ombre de sa bannière,

Insultent le tombeau d'Achille ; pierre à pierre II- voudraient démolir l'homme monumental.

Ils ont beau fatiguer sur lui leur main débile, L'Europe gardera sa trace indélébile.

Dans l'histoire à jamais règne son souvenir.

De sa gloire pyramidale Les siècles ne pourront remuer une dalle : Son nom est un défi qu'il laisse à l'avenir !

Ainsi, dans les jardins des hautes Tuileries, Sous les frais marronniers aux coupoles fleuries. Ami, je te disais par un jour de printemps. Paris, au loin mêlait soupirs et bruits de fêtes, Et, dans l'air pur et bleu déployé sur nos.têtes, Un nuage passait aux reflets éclatants.

Et nos yeux regardaient, par le soleil dorée, La masse vaporeuse, en sa route azurée, Marcher, laissant aller au vent ses larges plis, Et, comme une immense couronne, S'arrêter un moment sur l'ardente Colonne Par où montent au ciel les héros d'Austerlitz.

Janvier iSji.

L'Ile de Sainte=Hélène.

Island of glory resplendent.

Lord Bvrox.

O mariniers ! respect à sa tombe et silence ! Pour couronne, un rameau de saule s'y balance,

l!' A mire van Hasselt 53

Et la mer y murmure et l'écume s'élance Jusqu'au chevet du mort.

Pour le grand Empereur, amis, une prière ! Mais prions bas, de peur qu'il ne nous crie : « Arrière ! » Et ne lève le marbre avec sa main guerrière Que le ver ronge et mord.

Car il règne toujours dans nos cœurs où tout change, Son bras fort a porté le glaive de l'archange, Et tous nos rois si fiers ont rampé dans la fange Sous son pied de géant.

Pourtant, chargé des noms de César, d'Alexandre, Du trône universel nous l'avons vu descendre, Et l'Europe a donné pour geôlier à sa cendre Tout l'immense Océan.

Mais gloire à File sainte où son ombre chagrine Habite, et, les deux bras croisés sur sa poitrine, Rêve à ses vieux soldats, quand sur l'onde marine L'éclair du nord a lui ;

Et sourit, en voyant de l'horizon en foule Accourir les flots noirs que soulève la houle, Comme la Grande Armée en marche qui déroule Ses ailes devant lui !

Janvier 1832.

Aux Français.

Es it Kreuzzug 's'ist eini heil gerkrieg.

KÔRNEK.

Nous disions : « — Ils n'ont plus de cœur dans la poitrine, Plus d'orgueil généreux qui gonfle leur narine

Et plus de force aux bras.

Trois jours ont essoufflé leur belliqueuse envie ; Ils laissent sous leurs yeux égorger Varsovie,

Ces héros d'opéras.

» Pourtant qu'hier la France était sublime et belle, Quand, brisant sous les coups de sa hache rebelle

Le joug de l'étranger, L'œil en flamme et la bouche écumant de colère, Hurlante, elle sonnait au beffroi populaire

Le tocsin du danger ;

» Quand, éveillant d'un cri l'Europe qui bouillonne, Elle allait bondissant, ainsi qu'une lionne

Avec ses crins aux vents, Et, de ses noirs canons rallumant la tempête, Prenait les rois au col et leur broyait la tête

Sur les pavés mouvants !

» Mais déjà, juillet cache en une brume immonde Son soleil qui devait illuminer le monde

Une deuxième fois :

Et le coq, plus honteux que l'aigle fraternelle, Las du premier combat, laisse pendre son aile,

Sans haleine et sans voix.

d'André van H assoit 55

» La Grande Nation tremble devant son œuvre; Elle, qu'on vit rouler, gigantesque manœuvre,

Ossa sur Pélion, D'un siècle décrépit rajeunir la vieillesse Et mener vingt-cinq ans, l'univers à la lesse

Devant Napoléon.

Tour à tour, Metternich ou Palmerston la joue; Et chaque fois qu'un d'eux lui soufflette la joue,

Elle incline plus bas Sa nuque dans la poudre en mâchant sa colère. Le Vésuve se change en fosse tumulaire ;

Il n'éclatera pas ! » —

Et voici qu'il éclate et rompt sa chaîne esclave ! Et sa gueule de feu jette, comme une lave,

Ses tambours, ses canons, Ses drapeaux que portaient vos princes feudataires, Et ses jeunes soldats, et ses vieux militâmes

Dont nous savons les noms.

Ah ! c'est la France enfin dont les guerriers fidèles Renversent, en passant, villes et citadelles

Et remparts flamboyants, Les forts croulent au bruit de vos pas dans la plaine, Vous éteignez avec votre puissante haleine

Les mortiers foudroyants.

Le volcan s'est enfin réveillé sous la braise !

Et maintenant allez, comme en quatre-vingt-treize,

Vos pères sans effroi Couraient sur l'étranger avec des cris de fête,

Et pour premier boulet lui lançaient une tète, Une tête de roi !

Allez ! Leur gloire brille au front des Pyramides ; Des forêts d'Irmensul aux steppes des Numides,

Leur glaive a tout soumis.

Et toujours, de vos bras dénouant les entra\ es, La victoire a donné pour linceul à vos braves

Le^ drapeaux ennemis !

Allez ! L'Europe s'ouvre à vos pas et L'Afrique. Ajoutez une scène à ce drame historique

Qu'ils vous ont fait si beau.

Dans les brumes du Nord, sous les feux des tropiques, Vous savez où flotta sur leurs carrés épiques

Leur bannière en lambeau.

Allez ressusciter tous ces champs de bataille Qu'arpentaient de leurs pieds, ces géants dont la taille

Dépasserait nos fronts.

L'antique royauté chante ses funérailles ; Et de sa Jéricho tomberont les murailles

Au son de vos clairons.

Vous n'avez pas pour chef, comme eux, l'homme-pres-

[tige Qui d'un regard donnait au monde le vertige,

L'Empereur Souverain Oui bâtit, pour mieux voir du Tibre à la Tamise, Comme un phare, au plus haut de l'Europe soumise,

Sa Colonne d'airain.

d'André van Hassclt 57

lais c'est la Liberté qui vous guide et vous mène, tendez aux vieux autels de la vierge romaine

Leur vieux culte proscrit.

rersez l'eau du baptême aux peuples qui sont vôtres. )e l'Evangile saint vous êtes les apôtres,

Gérard (1) en est le Christ.

a France rouvre au vent ses ailes colossales. Ulez émanciper les nations vassales Qui vous tendent les mains.

\.\x cri de votre coq, la nuit au jour fait place. )écembre sur le Rhin vous jette un pont de glace, Pour marcher aux Germains.

Ulez ! Afin qu'on dise un jour, quand l'épopée ^.ura gravé vos noms, du bout de votre épée, Dans la postérité :

Héros, vous effacez ceux d'Athène et de Rome. /os pères remuaient la terre pour un homme, Vous pour la liberté ! »

Décembre 1832.

Pompeïa.

Ecrit sur l'album du peintre F. Marinus.

Et sub\ertit... omnem regionem universos habitatores, et cuncta terra virentia.

Gexèse VII. 23.

ille était là, riante avec ses yeux en pleurs,

(1) Le maréchal Gérard, le vainqueur d'Anvers, que Ion voyait déjà à la tOte l'une armée française, en route pour aller délivrer la Pologne, et, du même coup, enger Moscou et 1812 ! G. B.

c;8 Poésies choisies

La belle Pompeïa sur sa couche de- fleurs,, Comme une enfant qui rêve et joue avec ses rêves. Elle écoutait la voix des oiseaux s'assoupir, Et, du golfe endormi, dont mourait le soupir, Le flot tiède et lascif baiser les vertes grèves.

Puis, elle regardait l'azur de son beau ciel. La brise lui portait son haleine de miel

Et le parfum des églantines.

Et la trirème au loin passait, faisant sur l'eau Courir, comme des pieds, ses rames de bouleau,

La trirème aux voiles latines.

Au souffle frais des mers qui venait du Levant, Son sein pur frémissait, comme frémit au vent Le luth éolien qui pleure sous les branches. Le chant du rossignol s'élevait par moment ; Les étoiles brillaient, et le bleu firmament Semblait un archipel tout semé d'îles blanches.

Ce n'étaient que parfums et musiques dans l'air. Mais tout à coup voilà que jaillit un éclair

Dans l'espace morne et livide.

La nuit enveloppa l'horizon ténébreux Dans un orage immense ; et le sol, tout fiévreux,

Résonna comme un tonneau vide..

Naple en bondit au fond de son golfe effrayé. Le ciel sombre rougit, de traits de feu rayé ; Et Pompeïa, sortant de sa molle paresse, Vit ses maisons crouler, comme un oiseau son nid, Et chanceler ses tours sur leurs pieds de granit Tellement qu'on eût dit des géants pris d'ivresse.

d'André van Hassclt 59

Le volcan ! C'était lui qui guettait le sommeil Et descendait, le front radieux et vermeil,

Au lit de la ville en détresse, Et se ruait sur elle, et dans ses bras ardents La serrait, la brûlait de ses baisers mordants

Ainsi qu'un amant sa maîtresse.

Embrassement fatal ! Pompeïa ! Pompeïa ! Dans son cœur qui râlait le râle en vain cria. Une nuit tout entière, insensée et béante, Elle se débattit sous le Vésuve en rut, Et se tordit le corps, puis blêmit et mourut, Couvrant tout de son long sa couche flamboyante.

Et Vésuve, au matin sur le cadavre aimé Jeta, comme les plis d'un linceul enflammé,

Sa lave rouge, ardent suaire ; Et, penché sur le sein de la morte, baisa Une dernière fois son front, et la posa

Au fond de son noir ossuaire.

Près de la fosse où dort la belle Pompeïa, Dix siècles le volcan, triste et jaloux, veilla. Mais lui-même, depuis, a clos sa solfatare, Et laisse profaner la morte en son tombeau, Et déchire les plis de sa robe en lambeau ; Et le pâtre à côté chante avec sa guitare.

Oh ! ne la troublez pas dans son repos profond, Soupirs harmonieux qu'en passant les flots font, Brises qui venez d'Ionie,

Go Poésies choisies d'André van Hussclt

Chansons des matelots dont les échos lointains Apportent de Capri les airs napolitains Sur Ils ailes de L'harmonie.

Oh ! laissez-la dormir. Oh ! laisse/ l'homme seul De la morte en sa tombe outrager le linceul,

Et dans son sépulcre descendre, Et fouiller son cercueil, avec impiété, Pour voir ce que le temps, de toute un cité,

Hélas ! a pu faire de cendre.

Car le Volcan est là qui pourrait bien un jour, (Fatigué de nous voir, au lit de son amour, Troubler dans son sommeil la pâle trépassée), Se réveiller au fond de son antre enfumé Et nous crier, terrible et de sa foudre armé : « Voulez-vous bien laisser en paix ma fiancée ! »

Décembre iSjj.

Page 1