‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 13 sur 78 · SECOND DIALOGUE · texte numérisé non relu

SECOND DIALOGUE

,AZOR ET ÉMA.

AZOR

VIENS, ma colombe fidèle, C'est ton époux enchanté Dont l'ardeur se renouvelle; C'est ton amant qui t'appelle Au sein de la volupté.

G colombe fortunée, Idole de mes désirs.

Viens, tu seras couronnée Par l'amour et les plaisirs.

Qu'elle est belle, mon épouse !

Qu'elle a de charmes, grands dieux !

Malgré l'obstacle envieux De cette écharpe jalouse Qui nuit encore à mes yeux.

Qu'elle est belle, mon épouse !

Dialogues orientaux, 123

Attends, ne m'obéis pas; Des jardins de la nature Cueillons les fleurs pas à pas; Que ta dernière parure S'abaisse et tombe à mesure ; Je veux compter tes appas.

Des trésors dont je dispose Je veux lentement jouir, Et voir le cœur de ma rose Par degré s'épanouir.

Qu'il se plut à son modèle, L'auteur divin qui forma Ces beaux yeux, qu'il anima De sa plus vive étincelle î Lorsqu'il peignit ces couleurs, Sa main juste et libérale Choisit la pourpre des fleurs Dans leur fraîcheur matinale.

Sous ces lèvres de corail Il fit éclater l'émail De la perle orientale.

Il dit au jour d'éclairer Cette blancheur vive et pure, A la nuit de te parer Des nœuds de sa chevelure.

Au monde de fadorer.

Cest la suprême science Qui mesura la distance De ces contours arrondis

Stir ja. paracrre âe lia;.

El ce 3ccncî ijunksic^ Ce srcTTe te rt

Qac ca bea=:è œ pent-eCe CrXAire ainsi qïie moo amoar!

Je te pLiirai chiqse jour Pir quelque griot nooreDe.

O dieux, qu'Ema seroit belle !

M2ÛS dans tes yeux pleins d'ardeur

Je lis ton impatience ; '

Jp vois ta main qui s'ofiense

Du retard de son bonheur.

Ce bonheur, pourquoi l'attendre?

L'attente est une douleur.

Hélas ! loin de se défendre, 1

L'oiseau, pressé de se rendre,

Tombe au sein de l'oiseleur.

AZOR. i

Viens, pour y chercher la vie, I

Captive digne d'envie ; |

Éma, tombe, ne crains rien : 1

Dialogues orientaux. 125

Pose ta tête inclinée; Ce bras sera ton soutien ; De cet autre environnée, Et de plus près enchaînée, Mets ton cœur contre le mien.

ÉMA.

O la chaîne fortunée I

Entre Famante et l'amant

Uamour a détruit l'espace;

Et la vigne s'entrelace,

S'unit moins étroitement

Au jeune ormeau qu'elle embrasse.

Volupté de l'union,

Des voluptés la première !

Eternelle passion.

Qui meut la nature entière !

O suprême volupté !

Rends-nous plus heureux encore.

Éma, son feu me dévore ;

Et ton amant agité

Sent la soif immodérée

De la moisson altérée.

Sous le signe de l'été.

ÉMA.

Et moi, j'attends la rosée

Qui doit tomber dans mon sein :

126 Poésies de Gentil»Bernard,

Comme la terre embrasée, Pour être fertilisée.

Attend celle du matin.

AZOR

Sœur-épouse que j'implore.

Donne un baiser à l'époux; Donne au frère qui t'adore.

Donne à l'amant, donne encore : Nos baisers seront si doux.

Que les tendres tourterelles Viendront apprendre de nous Les jeux que nous tenons d'elles.

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